‹ Histoire du diocèse de Coutances et AvranchesChapitre 51 sur 191 · CHAPITRE XXTm. STATISTIQUE ET RÉSUMÉ · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXTm. STATISTIQUE ET RÉSUMÉ

Madeleine Pontfour gouvernait la communauté à titre de prieure. La Blanche» avec un revenu plus élevé en apparence, avait plus de charges et était obérée; depuis quelques années, ce n'était plus une abbesse, mais une économe séculière qui la régissait par ordre de l'Etat.

Les religieuses de Saint-Louis-de-Gonzague, venues de Thospice Saint-^ Louis, de Caen, qui desservaient Thôtel-Dieu, furent dépouillées de l'habit religieux le 4 mars 1793, puis chassées quelques semaines plus tard. Deux d'entre elles prêtèrent le serment et reprirent leur place auprès des malades sous l'habit séculier au mois de janvier suivant ; plusieurs furent incarcérées. La supérieure se nommait Marie-Barbe du Coudray.

Ainsi répondirent de toute part ces pieuses filles aux calomnies répandues par les philosophes, qu'elles étaient des victimes dévouées à contre-cœur par la volonté tyrannique de leurs parents à l'emprisonnement et au célibat, et qu'il suffirait d'ouvrir les monastères, pour les voir sortir avec empressement et convoler aux plaisirs du siècle. Il y en avait peut-être quelques-unes, appartenant à des familles nobiliaires, qui n'avaient pas eu toute la liberté désirable dans le choix de leur vocation; mais toutes il fallut les chasser de leurs maisons , et après la sortie , bien peu manquèrent à leurs engagements ; elles portèrent dans le monde l'exemple de la résignation et de

la piété.

Les Capucins d'Avranches, devenus moins nombreux, se livraient avec une grande ferveur à la prédication et aux qiissions. Adversaires par vocation des erreurs et des maximes du siècle , ils faisaient une bonne guerre à la philosophie et à l'impiété du temps ; mais ils ne pouvaient à eux seuls faire rebrousser le torrent. Après avoir été chassés de leur maison, ils restèrent dans le pays, affrontèrent les dangers de la terreur, et furent une précieuse ressource pour les populations demeurées chrétiennes.

Mais les abbayes I oh I les abbayes , il était temps qile sonnftt leur dernière heure. « La plupart des religieux du diocèse d'Avranches menaient une vie qui était loin de répondre à la sainteté de leur état. Ils avaient besoin d'une réforme, que la sagesse des évêques et celle du roi martyr n'eussent pas manqué, sans doute, d'introduire parmi eux. Dieu, lassé de les attendre.

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mit le sceau de la mort aux portes des lieux qu'ils habitaient, et les ferma pour toujours ^*\ »

Les reUgieux du Mont-Saint-Michel s'associèrent à l'enthousiasme qu'excitaient les réformes entreprises par TAssemblée nationale, et crurent devoir donner une preu¥e de leur dévouement patriotique, en offrant à la nation les richesses de leur trésor, qui se montaient à plus de cent cinquante marcs d'orfèvrerie. Mais en recevant les lois des 18, 19 et 20 février 4790, qui supprimaient les vœux et les ordres monastiques, ils durent regretter l'offre que leur prieur conventuel, dom François Maurice, était venu en faire au conseil national d'Avranches.

Ils n'avaient pas alors d'abbé : le cardinal de Montmorency, évéque de Metz et grand aumônier de France, nommé en 1787, et qui avait pris possession par procureur le 2 mai 1 788, donna sa démission au bout de quelques mois et ne fut point remplacé.

Les chaînes annuelles de la communauté étaient de douze mille huit cent soixante-dix livres dix-neuf sous dix deniers, et son revenu net de trentetrois mille quatre cent cinquante-cinq livres dix-huit sous dix deniers. Les religieux devaient une somme de trente mille livres d'argent empruntée à un sieur Joseph Henry, l'un des échevins d'Avranches, qui ne fut point remboursée , les biens de la communauté ayant été déclarés propriété nationale et ensuite vendus révolutionnairement,

L'abbaye avait perdu une partie de sa fortune dans le laps des siècles^ tant par le fait des guerres et les usurpations des puissants du siècle, que par le schisme d'Angleterre et les aliénations qu'il avait fallu opérer pour la reconstruction d'édifices si souvent détruits par l'incendie. II lui restait encore :

4® A Ardevon, le manoir, les fermes de la Rencontre et de la Bidonnîère, le fief d'Acigné, et les dîmes à l'onzième des blés, du sarrasin et des pois ;

2^ A Beauvoir, le manoir, le moulin de Carcanne, la moitié des dîmes, des rentes seigneuriales et des droits de treizième ;

(1) L'abbë DeSroches, Histoire du Mont-Saint-Michel, tome H, à la fin.

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