PRÊTRES FIDÈLES ET JURBURS
temps modernes y avait fait ses premières études ; un tel élève dit assez la science et la capacité des maîtres qui instruisirent et formèrent sa jeunesse. A la date fixée pour la prestation du serment constitutionnel, plusieurs religieux Minimes avaient quitté la communauté. Parmi ceux qui restaient, Michel Châtaux, né à Vitry-le-François le «17 décembre 1768, Jean Leroy, né à Floing le 3i mars 1758, Sébastien Kehel. né à Molsheim le ao janvier 1751 et Edme-Jacques Hanriot, né à Dierrey-Saint- Julien, le q4 octobre 1754, se soumirent au décret du Q7 novembre, ce qui valut à plusieurs, un peu plus tard, la faveur, si faveur il y avait, d'être élus curés constitutionnels. Quant è leurs confrères indécis, ils attendirent les événements pour s'orienter et purent continuer, provisoirement du moins, leurs fonctions sans être inquiétés.
Il nous faut aborder maintenant la question des curés de campagne. Ce n'est pas une affaire facile, certes, d'établir la vérité sur les faits qui les concernent et de juger tant d'hommes qui éprouvèrent pour la plupart les plus douloureuses incertitudes sur la légitimité de leur conduite à l'égard d une loi sans précédent dans les annales de l'Eglise de France. Nous dirons cependant franchement quelle a été leur attitude, digne ou indigne; mais comment nous prononcer sur les motifs qui la leur ont dictée ? Nous mettrons notre plus grand soin à rechercher les raisons qu'ils ont eues de se soumettre à la Constitution et peutêtre que plusieurs, beaucoup même qui, à première vue, paraissent très coupables d'avoir cédé à la loi, nous laisseront deviner quelque excuse capable d'expliquer, sinon de justifier des actes en eux-mêmes condamnables.
Ne pouvons nous pas admettre que parmi les prêtres, les uns imbus des idées jansénistes se croyaient heureusement ramenés aux temps de la primitive Eglise? Du moins ne cessait-on de le leur dire. Les autres, même parmi ceux qui ne manquaient pas d'instruction, étaient surtout des prêtres timides, ne jugeant pas bon de se séparer de leur
troupeau pour une question qui leur paraissait secondaire, sinon accessoire. La faiblesse fut certainement la faute du grand nombre, et il ne faudra parfois qu*un bon conseil et une pressante exhortation pour amener la rétractation d*un serment prononcé du bout des lèvres seulement, et non du fond du cœur. Ainsi plusieurs jureurs purent pallier leur conduite, du moins jusqu'à ce que le Souverain Pontife se fût prononcé. Après son jugement il y eut bien des rétractations ; seuls les ambitieux et les mal intentionnés persévérèrent dans Terreur.
Quand le serment fut demandé au clergé, les anciens doyennés avaient disparu pour faire place aux districts et aux cantons : cette substitution était déjà à elle seule une perturbation : c'est cependant de celte nouvelle division du diocèse que nous allons nous servir : elle sera le meilleur moyen de passer en revue tout le clergé sans omettre aucune paroisse.