‹ Histoire du diocèse de Troyes pendant la RévolutionChapitre 132 sur 201 · DISCOURS DE CAMUSAT · texte numérisé non relu

DISCOURS DE CAMUSAT

Je crois que je verrai les biens du Seigaeur dans la terre des vivants. Ces paroles sont tirées du psaume q6, verset 8 (i).

« Messieurs,

« Je n ai pas plus tôt vu luire sur nos têtes les premiers rayons de la liberté reconquise, que je me suis empressé d'en manifester ma joie et d'unir ma voix à celle de mes concitoyens, pour remercier l'Être suprême de cette insigne faveur. Je croirais manquer aujourd'hui à l'obligation la plus rigoureuse que m'imposent les décrets de nos plus illustres législateurs, si je ne renouvelais en ce moment le serment que j'ai déjà prêté plusieurs fois en votre présence, sur l'autel de la patrie, de remplir avec exactitude les fonctions de ma place, de rester à jamais fidèle h la nation, à la loi et au roi, et de maintenir de tout mon pouvoir la Constitution décrétée par l'Assemblée nationale et acceptée par le roi. Oui, Messieurs, je le renouvelle, ce serment auguste, avec toute la sincérité qu'il exige, à la face des autels d'une paroisse sur laquelle je suis né et dont le pasteur vigilant, aux soins duquel elle est confiée, vient d'exprimer, il n'y a que quelques instants, les mêmes sentiments patriotiques qui m'animent et que je confirme, à son exemple, en présence du conseil général de la commune dont j'ai l'honneur d'être un des membres, et d'une garde nationale, qui ne cessent de donner mutuellement les preuves de rattachement le plus inviolable aux principes d'une Constitution qui vient de régénérer le royaume, et qui doit fixer invariablement l'époque de la félicité de TEmpire français et le triomphe de la religion. Gravez dans nos cœurs, ô mon Dieu, les lois de cette Constitution qui doit immortaliser à jamais le monarque vertueux à qui ce bienfait a mérité à juste titre le nom de restaurateur de la liberté et de roi des Français ! Accordez-lui des jours assez longs et assez tran-

(i) Le texte est fautif ; il faut lire : verset 19*

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quilles pour la perfectionner, et h nous assez de courage et de persévérance pour déjouer les projets insensés des ennemis du bien public, qui cherchent continuellement à en anéantir les heureux efTets par des écrits incendiaires répandus avec profusion. Faites, 6 mon Dieu, qu*après nous avoir aidés à combattre efficacement pour soutenir dans cette terre d*exil cette liberté encore chancelante, nous puissions espérer de jouir dans le ciel de la véritable, de celle qui est pure et sans tache, et qui ne se trouve que dans vous et avec vous (i). »

Ce langage, ce serment, ne nous surprend pas de Camusat : il nous explique suffisamment pourquoi nous n'avons pas vu sa signature sous la généreuse protestation des chanoines de Saint-Pierre contre la suppression de leur Chapitre.

Comme les curés et les vicaires, les professeurs des collèges étaient tenus de faire acte de soumission à la Constitution civile du clergé. Les Oratoriens qui, depuis i63o, dirigeaient celui de Troyes, s'étaient toujours fait remarquer par leurs tendances jansénistes : c'est dire combien les idées nouvelles cadraient avec leur propre manière de voir. Depuis que la Révolution avait éclaté, ils n'avaient manqué aucune occasion de faire montre de leurs sentiments. L'usage était chez eux de donner devant le public des exercices périodiques pour produire leurs meilleurs élèves. Ils convertirent, en 1790, ces exercices en scènes où figuraient la liberté et l'égalité régénérant la société Le 10 février, ils firent jouer un drame : Le Cré' dale. Le i^"^ mars, le professeur de rhétorique, Michel Bouille, prononça une harangue en public sur ce sujet : Quel est le prix de la liberté et quelles sont ses bornes ? Le 16 août, à loccasion de la distribution des prix, en présence des trois corps administratifs, les Oratoriens firent représenter par les élèves une pièce tragique inti-

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talée : La liberté conquise^ et une pièce comique nommée : La Cocarde nationale oeng-ée, où la prise delà Bastille, le massacre de Foulon, de Berlhier et de Lauuey étaient mis en scène. Ces actes de cruauté, interprétés par des jeunes gens, causèrent un véritable scandale : a Bel exemple, dit à ce propos la comtesse de Paillot, pour des entants, que de leur faire introduire sur la scène les malheureuses victimes de notre Révolution. Cela ne peut que monter les mauvaises têtes. » Les Oratoriens donnèrent un plus mauvais exemple encore en prêtant serment à la Constitution civile, le 3i janvier, dans la chapelle du coUèjge, devant tous leurs élèves. Aucun des douze Pères, depuis le supérieur jusqu'au dermier préfet de pension, n'eut le courage de se refuser à ce scandale.

Tout autre fut la conduite des directeurs des deux séminaires. Les Lazaristes dirigeaient depuis sa fondation le grand séminaire. Ils étaient, en 1790, au nombre de quatre : Augustin Huidecoq, né au diocèse d'Arras, le jer avril 1737, d'abord professeur de philosophie et de théologie, puis curé et supérieur dans les séminaires de Saint-Malo, de Vannes, de Saint-Lazare, de Saint-Firmin, de Soissons et de Toul, enlin supérieur du grand sémi: naire de Troyes depuis l'année 1786 ; Antoine-Dominique Hesnard, né dans le diocèse d'Amiens, le 4 avril 1751, procureur depuis le mois de mai 1789. Les professeurs de théologie étaient : l'un, François Janet, du diocèse de Périgueux, où il naquit le a8 novembre 1768; l'autre, Nicolas Ferron, né à Vaucouleurs en 1764 ; ils ne résidaient à la maison de Troyes que depuis le mois d'octobre

Deux frères convers de la Mission remplissaient l'un, l'office de portier : c'était Jean-Louis Billiotte, né à Rethel le i**" septembre 1785 ; l'autre, l'oilice de cuisinier ; c'était Jean-Marie Alexandre Dumont, originaire du diocèse de Rouen où il naquit le 27 février 1745 (i).

(1) Arch., L. V., 1690..

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Tous se souyinrent de la fermeté de saint Vincent de Paul, leur illustre fondateur, contre les erreurs de son temps ; comme lui, ils restèrent inébranlablement attachés à la doctrine de TEglise et observèrent les instructions que le supérieur général de la congrégation, Cayla de la Garde, leur envoya sur la ligne de conduite à tenir à Tégard des exigences du pouvoir civil : « Quels que soient les événements, leur avait-il écrit le i*' janvier 1791, je prie nos confrères de demeurer dans leurs maisons jusqu'à ce qu*on leur ait assigné un traitement et de ne pas quitter leur poste sans s*6tre concertés avec moi (i). »

Les prêtres séculiers qui dirigeaient le petit séminaire donnèrent aussi au diocèse et h leurs élèves Texemple d'une filiale obéissance à l'Eglise. Le supérieur était Jacques Jégot, chanoine de Saint-Etienne, le véritable inventeur de la lampe à laquelle Quinquet donna son nom. Nicolas Lallouette, chanoine de Saint-Pierre, remplissait les fonctions d'administrateur. Le préfet était Louis Foumerot, de Pont-Sainte-Marie, et l'économe Louis-Marie Fleury, de Sézanne, l'un et l'autre chapelains de la collégiale de Saint- Etienne. Nicolas-Martin Maire et Nicolas Botaux, tous deux clercs tonsurés de Troyes, exerçaient les fonctions de surveillants.

Il y avait à Troyes une maison de Frères des écoles chrétiennes qui tenaient huit classes. Aucun des disciples de saint Jean-Baptiste de la Salle ne se soumit à la («onstttution civile.

Les Minimes qui dirigeaient l'école militaire de Briennele-Château se partagèrent, les uns pour, les autres contre le serment. Il n'y avait que quinze ans que l'école militaire avait remplacé l'ancien collège et la prospérité de l'établissement confié aux disciples de saint François de Paule par l'influent ministre de Louis XVI, le fameux Loménie, ne laissait pas trop à désirer. Le plus illustre guerrier des

(i) Circulaireê des Supérieurs de la Mission, t. II, p. a34.

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