‹ Histoire du diocèse de Troyes pendant la RévolutionChapitre 144 sur 201 · CANTON DE MÉRY · texte numérisé non relu

CANTON DE MÉRY

« Finissant par ces paroles de TApôtre, si propres aux cirooQstanccs dans lesquelles nous nous trouvons: je vous conjure, avant toute chose, de vous unir pour faire des supplications, des prières, des demandes, des actions de grâces pour tous les hommes, pour les rois et pour tous ceux qui sont élevés en dignité, afin que nous menions une vie tranquille dans toute sorte de piété et d'honnêteté, car cela, est agréable à Dieu, qui veut que tous les hommes soient sauvés et qu*ils arrivent à la connaissance de la vérité. Amen. »

Antoine Bonfils, curé de Droupt- Sainte-Marie, ^vait juré avec restriction le i3 février. Le 5 mars, il écrivit ce qui suit : « Je soussigné, curé de Droupt-Sainte-Marie, craignant qu'on ne donne au préambule du serment que j'ai prêté le i3 février dernier des interprétations étrangères à mon intention, j'ai cru devoir m'ex()liquer moimême avec toute clarté possible. Bien convaincu de rétendue de Tobéissance que tout chrétien, et surtout tont ministre de TËvangile, doit aux puissances établies de Dieu, j*ai promis fidélité à la nation, à la loi et au roi, dans tout ce qui concerne le gouvernement des choses temporelles ; je n'ai reconnu d'autres bornes que celles qu'y met la nature des choses. La foi, la lUMPaie, la discipline, la juridiction spirituelle des pasteurs et du Sonverain-Pon|.ife de TEglise, sont des objets indépendants des puissances de la terre, uni({uement soumis à l'autorité spiritii ;Ue de l'Eglise catholique, apostolique et romaine, à laquelle je dois et veux rester aussi fidèle qu'à la puissance temporelle ; car, s'il faut rendre h César ce qui est à César, il faut aussi rendre à Dieu ce qui est à Dieu. C'est uniquement dans ce sens que j'ai prêté mon serment je présume qu'en cela je me conforme aux vues de l'Assemblée nationale, dont les décrets sur des objets qu'elle convient être hors de son domaine ne peuvent avoir aucune force, ni être admis par des catholiques ; je prie messieurs les maire et officiers municipaux, à qui j'ai

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rhonneur de notifier la présente explication, d*en faire parvenir copie à measieurs les administrateurs du district d*Arcis. »

Marc Pronce, curé de Salon, prononça le 3i janvier, puis le i6 février, la formule suivante : € Je déclare et jure qu*étant né dans la religion catholique, apostolique et romaine, dans icelle je veux vivre et mourir» moyennant la grâce de Dieu ; que je l'enseignerai aux peuples qui sont confiés à mes soins ; que je veillerai aussi avec soin sur les fidèles de ma paroisse qui me sont confiés ; que je serai fidèle à la nation, à la loi et au roi, et que je maintiendrai de tout mon pouvoir la Constitution décrétée par r Assemblée nationale et acceptée par le roi, en tout ce qui concerne Tordre civil, ne voulant en rien déroger à la profession de foi que je viens de prononcer.»

Le serment du curé de Méry, Antoine-Denis Munier, otTrait-il quelque équivoque ? Nous ne savons ; mais le prêtre fidèle crut devoir, le 7 mai, déclarer qu*en le prêtant, il avait « toujours eu l'intention d'excepter tout ce qui appartient essentiellement à l'autorité spirituelle, voulant que son serment, dans la forme où il est rédigé, ne soit regardé comme le serment pur et simple. »

Jean-François Navel, curé de Châtres, s'exprima ainsi : « Comme TAsseuiblée nationale a déclaré qu'étant pénétrée de respect pour la religion catholique, apostolique et romaine, elle n'avait pas intention de toucher à son spirituel, qu'elle prescrit même ou approuve dans ses fonctionnaires la profession de foi de cette sainte religion, c'est conformément à ces sentiments selon Dieu et en continuant de professer la soumission à l'Eglise de Jésus- Christ que je jure, moi, Jean-François Navel, curé de Châtres, de veiller avec soin sur les fidèles de la paroisse qui m'a été confiée, d'être fidèle à la nation, à la loi et au roi, et de maintcuir de tout mon pouvoir la Constitution décrétée par TAssemblée nationale et sanctionnée par le roi. x>

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Non moins explicite, non moins restrictif est le serment prêté par Charles-Nicolas Porentru, curé de Droupt- Saint-Basle : « Je jure de veiller avec soin sur le peuple qui m'a été confié, de lexhorter à la paix, à se bien comporter, à suivre toujours notre sainte religion, d*étre fidèle à la nation, à la loi et au roi, et de maintenir de tout mon pouvoir, en tout ce qui est de Tordre civil et politique, la Constitution décrétée par l'Assemblée nationale et sanctionnée par le roi, exceptant formellement les objets qui regardent le dogme et Tautorité spirituelle attachés à ces principes, c'est dans cette vue que j*ai prononcé ce serment. »

Canton de Ramerupt.

Presque tous les prêtres du canton de Ramerupt acceptèrent purement et simplement le décret du 37 novembre. Seul, le curé de Nogent-sur-Aube, Charles-Ferréol Chabrière de Curmond, refusa toute espèce de serment. Les noms des jureurs sont : Jean-Baptiste Clément, à Avant ; Pierre Mony, à Chaudrey ; Jean-François Huot, à Coclois ; Louis-Bernardin Laurent, à Dampierre ; Joseph-Pierre Deconti, à Dosnon ; François Richomme, à Grandville ; François-André Martin, à Lhultre ; Jean Henrion, à Longsols ; Charles Billout, à Poivre ; Paul-François Bramand, à Pougy. et son vicaire, Claude-Grégoire Drouot ; Louis-David Corrard, à Ramerupt ; Nicolas Guénard, à Saint-Nabord ; Pierre Bézanger, à Trouan-le- Grand ; Nicolas Jacquinet, à Trouan-le-Petit ; Pierre- André Philippe, à Vaucogne, et Nicolas-Claude CoUard, à Vanpoissons.

Jean Toussaint, curé de Viuets, déclara qu'il acceptait les décrets sanctionnés par le roi dans tout ce qui concernait l'ordre politique et les affaires temporelles, exceptant formellement les objets qui dépendent de la foi et de la juridiction spirituelle que l'Eglise tient immédiatement de Jésus-Christ. Mais le 38 avril, il donna sa démission de

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curé « poar sa santé et des considérations particulières étrangères aux affaires présentes. » L*année suivante, Jean Toussaint remplissait les fonctions de vicaire de l'évoque de la Côte-d'Or.

Comme lui, les curés de Dosnon et de Grandville avaient juré avec réserve, et cela, dès le q8 novembre, mais le i8 mars ils retirèrent cette restriction, « persuadés, dirent-ils, que TAssemblée nationale, comme elle s'est exprimée plusieurs fois, ne veut toucher en rien au régime spirituel de TEglise, et qu elle respectera toujours la religion catholique, apostolique et romaine. »

Avant de prêter serment, le curé de Pougy fit un discours sur la pureté de la foi de l'Eglise ; il se dit convaincu que TAssemblée, comme elle Ta déclaré plusieurs fois, n'entendait point toucher à l'autorité spirituelle, et il ajouta qu'il s'en rapportait à la sagesse de ses décrets et à son attachement à l'Eglise catholique, apostolique et romaine.

Un résumé fait par l'administration nous apprend qu'il y eut, dans le district d'Arcis, trente-neuf curés constitutionnels. Mais ce document n'étant pas daté, et plusieurs jureurs s'étant rétractés, nous ne pouvons, sans témérité, nous en rapporter à ce chilTre. Nous devons nous mettre d'autant plus sur nos gardes, que le relevé fait par l'administration est quelquefois en contradiction formelle avec des documents d'une origine non suspecte. Ainsi le curé de Trouan-le-Grand, porté comme jureur, a-t-il réellement prêté le serment pur et simple ? Il y a lieu d^en douter. En effet, étant venu voir ses parents à Troyes quelque temps après la prestation de son serment, il s'abstint de rendre visite au curé de Saint-Aventin qui avait, lui. refusé de jurer et, sans balancer, avait reproché au curé de Trouan sa soumission au décret du 37 novembre. Or, ce dernier écrivit le 19 février, à son ami Prignot, vicaire de Saint-Parres-aux-Tertres, qu'il n'était pas allé voir le curé, Pcrrard, « pour éviter, dit-il, de seconds

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