‹ Histoire du diocèse de Troyes pendant la RévolutionChapitre 143 sur 201 · CANTON DE MÉRY · texte numérisé non relu

CANTON DE MÉRY

nne fois de plus cette loi qui leur faisait payer si cher le peu de temps qui leur restait à passer sur la terre. Qu'ils sont autrement coupables leurs vicaires, jeunes prêtres dans la force de Tâge, capables, eux, de soutenir la lutte, s'ils eussent écouté la voix de leur conscience, s'ils eussent conservé un écho de la voix An pontife* qui, au jour récent de leur ordination, leur avait dit : Accipe Spiritum sanctum ad robar. Recevez le Saint-Esprit, qui sera votre force !

Canton de Méry.

Plus consolant est le spectacle que nous offre le canton de Méry- sur-Seine. Il est vrai que quinze prêtres y acceptèrent la Constitution civile : Claude-Auguste Didier, curé de l'Abbaye-sous-Planey ; Pierre-Louis Corrard, curé de Bessy : François Roger Berthe, curé de Boulages; Edme- Pierre Bochot, curé de Charny ; Jacques Prieur, curé de Chauchigny ; Jean-Baptiste-Isidore Petit, curé d*Etrelles ; Charles-Amable Houzelot, curé de Plancy ; Jean Delaniare, curé de Rhèges ; Guillaume-Isidore Pelcerf, curé de Rilly-Sainte-Syre ; Joseph Parison, curé de Saint-Mesmin ; Louis-Marie- Antoine Marelle, curé de Saint-Oulph ; Jean Baptiste-Laurent CoUin, curé de Vallant ; Jacques-François Barbât, curé de Viàpres-le-Petit ; Jean-Baptiste-Aveatin Souillard, vicaire de Méry, et Jacques Guilieniot,chapelain de THùtel-Dieu de Méry.

A la formule ordinaire le curé de l'Abbaye avait cru devoir ajouter ces paroles parfaitement inutiles : « Je jure d'observer tous les décrets de l'Assemblée nationale, notamment ceux qui coucernent le nouveau régime du clergé. » Ce qui, heureusement, n'empêchera pas Didier de se rétracter au mois de septembre 1^93, comme l'avait fait deux ans plus tôt le curé de Viàpres-le- Petit.

Le curé des Petites-Chapelles, Léger Piat, déclara qa*il ue pouvait prêter le serment requis, que néanmoins

il voulait être fidèle à la nation, à la loi et au roi, veiller avec soin sur les fidèles de la paroisse qui lui était confiée, mais que maintenir la Constitution, serait contre sa conscience.

Le curé des Grandes-Chapelles, Pierre Massez et celui de Premierfait, Charles Recordain, jurèrent, mais à l'exception des objets spirituels. Celui de Savières, Alexis-Elisabeth Hug^ienot-Gailot, déclara jurer « autant que la conscience et la religion peuvent le permettre. »

Le curé de Viâpres-le-Grand. Pierre-Claude Boudier de Feranville, prononça un long discours pour expliquer son refus de serment :

« Nous vous avons souvent entretenus, nos très chers frères, soit publiquement dans cette chaire de vérité, soit dans le particulier, de cette vérité essentielle à la vie chrétienne et civile, qu'il est de notre devoir d'obéir aux puissances que Dieu a établies sur nos têtes, quelles que soient les voies qu'il ait employées comme suprême arbitre des empires pour leur remettre en main la souveraine puissauce. Dans la révolution actuelle que Dieu ou opère dans sa miséricorde ou permet dans sa justice «il n'est plus permis de laisser aucun nuage sur le grand principe de religion et de politique, et il est nécessaire de lui rendre l'hommage le plus notoire. Nous en sommes requis par les puissances mêmes, et nous nous montrons d'autant plus fidèles à le faire qu'en cela nous ne faisons qu'exprimer les vrais sentiments dont notre cœur a toujours été pénétré. En conséquence, puisque le roi lui-même, guidé par son amour tendre pour ses peuples et sensiblement touché du triste état où les réduisait un désordre universel dans toutes les parties de la monarchie, a bien voulu déposer son autorité entre les mains de la nation elle-même pour fonder des lois qui ramenassent un nouvel ordre des choses par lequel, les abus précédents étant réformés le bonheur de ses peuples fût établi sur des fondements inébranlables, nous devons par conscience nous soumettre à cet ordre public comme

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à celai de Dieu même et à toutes les lois qui en émanent, pourvu toutefois, ce qu'à Dieu ne plaise, que ces lois ne soient pas en opposition avec les lois divines. Car, qui doute que dans cette concurrence ce ne fût un crime de balancer entre Dieu et les hommes ? Nous devons donc unanimement employer tout notre pouvoir pour maintenir ces lois, et dans la crise actuelle où nous nous trouvons, c'est la raison du plus grand bien de la société et la crainte des plus grands maux, autant que la religion, qui nous prescrivent ce devoir. Nous devons donc concourir le plus efEcacement que nous pourrons à ramener par une douce persuasion ceux qui s'égareraient jusqu'à vouloir follement à des lois salutaires opposer leurs vains e(roi*ts. Nous devons n'avoir entre nous qu'un cœur et qu'une âme pour entretenir au milieu de nous, par une soumission sincère aux puissances dans l'ordre civil, le plus cher des biens, la paix qui, grâce à Dieu, a régné jusqu'ici. Nous ne cesserons donc de vous y exhorter par l'intérêt sensible que nous prenons à ce nouvel ordre de choses dans tout ce qui tend surtout à tirer le peuple des entraves et de l'oppression sous laquelle il gémissait depuis des siècles, et à renverser les barrières si honteuses à l'humanité qui séparaient les hommes d'avec les hommes, comme s'ils eussent été d'une nature diflërente, et à remettre l'homme en général dans tous les droits que lui donne sa qualité d'homme ne dépendant que de lois sages et de la raison qui doit le guider.

« Et puisque les puissances exigent aujourd'hui que nous manifestions publiquement nos dispositions à cet égard par un serment solennel prononcé à la face des autels, le roi lui-même y ayant acquiescé autant qu'il était en lui par le même serment, notre devoir est de nous y soumettre de bouche comme nous le faisons de cœur. Après avoir donc conjuré le Dieu de vérité, Jésus-Christ, qui lui a rendu un si excellent témoignage, d'être luimême notre guide dans un acte aussi redoutable où lui-

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même est pris à témoiQ et qui nous sera représenté à son jugement terrible où les justices mêmes seront jugées, je jure que je veillerai avec soin sur les fidèles de la paroisHC qui m'est confiée, serment que j'ai fait implicitement an moment que Dieu m'ayant établi votre pasteur, j*ai accepté la charge qui m'était imposée ; me confiant en la grâce de Dieu, je jure que je serai fidèle à la nation, à la loi, au roi ; serment cfue je ne fais aussi que renouveler, tout citoyen étant censé le prêter au sortir du sein de sa mère, en entrant dans le monde et par conséquent dans la société, vivant sous Tempire des lois et des puissances législative et executive.

a Je jure que je maintiendrai de tout mon pouvoir la Constitution décrétée par TAssemblée nationale et sanctionnée par le roi. Mais, comme il serait contraire au respect dû à une assemblée aussi éclairée et représentative d'un royaume très chrétien, comme aussi à celui dû an roi très chrétien qui a sanctionné ces lois, se confiant pleinement en leurs lumières et en leur religion, de soupçonner qu'elle eût formé quelque projet contre la religion ou contre l'Eglise, ainsi que le pensent quelques personnes dont la conscience est alarmée de certains décrets, nous, au contraire, pour écarter tout soupçon à cet égard et pour justifier la droiture des vues de l'Assemblée sur ces objets essentiels, nous ne craignons pas de faire ici notre profession de foi dans laquelle nous croyons devoir être assurés qu'elle retrouvera la sienne propre.

« 10 Nous déclarons que, comme prêtre et en cette qualité dépositaire et ministre de l'évangile, nous entendons exclure très expressément de notre serment tout ce qui pourrait donner la moindre atteinte à un seul côté de cette parole de la vie éternelle, et on ne peut douter raisonnablement que tous et un chacun des membres de r Assemblée n'acquiesce de cœur et d'esprit à cette conception ; il suffit pour cela d'être chrétien et de n'avoir pas renoncé à la foi ;

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« â"" L'Eglise étant le chef-d'œuvre du Fils de Dieu fait homme qui n'est descendu du ciel que pour la former de son propre sang, pour en faire son épouse, la chair de sa chair, Tos de ses os, et pour se glorifier éternellement en elle, il n'est pas de chrétien catholique vivant dans cette espérance qui, dans le cas qu'on entreprit de porter des coups mortels à cette mère commune et d'ébranler les fondements de ce tabernacle saint appelé dans les Ecritures la maison de Dieu, l'Eglise du Dieu vivant, la colonne et le soutien de la vérité, ne regardât pour la défendre comme le plus grand honneur de mêler son sang à celui d'un Dieu-homme qui a versé tout le sien pour la former.

« A Dieu ne plaise qu'une assemblée très chrétienne, à qui Dieu a mis la puissance en main bien plus pour protéger son Eglise que pour établir des lois civiles, puisse être suspectée de vouloir proscrire du milieu de nous cette œuvre, le terme des ouvrages visibles de Dieu, Tunique essentiel de l'homme, et la faire disparaître d'un royaume qui, depuis sa fondation, a fait sa plus grande gloire ! Nous donc, comme ministre de l'Eglise à qui ses intérêts sont confiés, nous pensons entrer pleinement dans les vues d'une assemblée très chrétienne en déclarant que nous eisclurons formellement de notre serment tout ce qui pourrait attaquer directement ou indirectement la constitution essentielle île TEglise, tout ce qui pourrait dénaturer le plan que le Fils de Dieu lui-même a formé pour la faire subsister jusqu'à la fîn des siècles; et comme Jésus-Christ, jaloux de son épouse, l'unique objet de ses complaisances, regarde comme fait à lui-même tout ce qui est fait à cette épouse, nous rejetons généralement toutce qui pourrait tendre à entamercette robede THomme- Dieu (laquelle doit demeurer éternellement sans couture), par des entreprises contraires aux saintes règles tracées par Jésus-Christ, ensuite par les apùtres, et suivies par des canons successifs qui attestent par une tradition constante et uniforme sa constitution primitive.

« En conséquence, nous ne comprenons pas dans cette exception de notre serment ni dans la constitution divine de rt]glise ces inventions humaines contraires à son esprit, qui la déparent au lieu de contribuer à sa gloire, telles que les prétentions ultramontaiues qui n'admettent d'institution canonique des évêques que par Tinvestitare des papes et qui dépouillent les évéques des privilèges attachés à la mission qu'ils reçoivent de Jésus-Christ par le ministère île TEglist?. et nous reconnaissons volontiers que la puissance temporelle, protectrice de l'Eglise ^.'t des saints* canons, a le droit de réprimer ces abus et d'autres si contraires à son institution divine et qui, depuis des siècles, ont apporté un si grand préjudice à l'Eglise. A Dieu ne plaise ijue par là nous prétendions nous départir du respect dû au Souverain Pontife comme premier vicaire de Jésus-Christ, à qui il a donné dans la personne de saiat Pierre droit d'inspection sur toutes les églises pour veiller sur tout ce qui pourrait leur être préjudiciable et conserver pures la toi, les mœurs et la discipline essentielle de l'Eglise et corriger les évéques qui s'en écarteraient, non par leur autorité propre, mais par l'assemblée des évêques provinciaux ou nationaux. Nous n'avons garde aussi de comprendre dans ce que nous appelons constitution essentielle de l'Eglise la propriété de ses biens^ rien n'étant plus éloigné de sa vraie constitution, et d'ailleurs le clergé y ayant renoncé ibrmellement.

« Nous n'y com prenons pas non plus l'abo. lon de l'état religieux, que nous ne voyons proscrit qu*avec un amer regret et une sincère douleur, ayant été un canal de grandes miséricordes de Dieu sur son Eglise, dans tous les temps, et malgré tous les abus ; mais cet état ne fait pas partie essentielle de T Eglise, qui peut subsister sans lui, encore qu'il soit recommandé expressément par son fondateur, non comme précepte, mais seulement comme conseil, ce qui est plus que suilisant pour mériter tous nos respects.

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