CANTON D*ERVY
<x En elTct, ouvroof la sainte Ecriture, nous y verrons que partout 1 obéissance à Tautorité temporelle est expressément recommandée. Jésus-Christ lui-même en donna l'exemple ; il a rendu à Dieu son père ce qui lui était dû ; mais aussi, il a rendu à César son prince ce qui lui était dû. Saint Paul nous dit qu'il faut prier pour la patrie et pour son roi ; et saint Pierre : Deuni timete, regem hono^ rijicate.,. Vous voyez, par toutes ces autorités et ces raisons, que l'Eglise toute sainte a toujours recommandé aux fidèles l'obéissance aux lois, à la nation et au roi ; elle a toujours regardé l'autorité temporelle, nécessaire à la tranquillité de la religion ; et c'est en conséquence, qu'elle a toujours regardé comme mauvais chrétiens et comme indignes de ce nom, tous ceux qui ne voudraient pas obéir à l'autorité temporelle pour ce qui regarde le civil. Oui, je vais vous la répéter encore une fois. Etre bon chrétien, c'est, par là même, être bon citoyen ; c'est être prêt à verser son sang pour défendre sa religion, sa patrie, son roi ; c'est toujours être disposé à obéir aux lois ; et c'est pour vous donner une preuve de cette obéissance qui fut toujours chère à mon cœur, que je vais jurer et que je jure efTectivement d'être fidèle à la nation, au roi et à la loi, et de maintenir, de tout mon pouvoir, la Constitution purement civile du royaume, décrétée par l'Assemblée nationale et sanctionnée par le roi ; je jure de la faire respecter et de l'enseigner aux fidèles que l'Eglise voudra bien ine confier un jour. Voilà ma profession de citoyen ; mais, comme je suis chrétien, et qu'un bon chrétien doit faire plusieurs fois dans sa vie sa profession de foi, principalement à la mort et dans les choses importantes de la vie, regardant celle-ci comme très importante, surtout pour un ministre qui doit l'exemple, je jure en conséquence devant mon Dieu que je veux vivre et mourir dans la foi de l'Eglise catholique, apostolique et romaine, dans laquelle je suis né et pour laquelle je verserais mon sang, plutôt que de lui être infidèle, voulant
ne jamais me séparer de la commuDiôn et de Tantorité de mes supérieurs légitimes, principalement du chef visible de TEglise ; voilà mou serment, je vous prie de rinscrire sur vos registres , il est chrétien, il est citoyen : je ne puis y ajouter, ni y rien diminuer. »
Beaucoup plus tardive fut la rétractation du vicaire d*Ervy ; elle est, en effet, datée du 27 mai 179a, et formulée en termes aussi énergiques que possible :
« La répugnance que j*ai marquée lors de la prestation du fameux serment exigé par TAssemblée soi-disant nationale ; le refus d'assister à vos fêtes fédératives, marqué par des maladies imaginaires : la douleur tant de fois peinte sur mon visage, en entendant les discours populaciers d'un curé régicide, nobilicide; la conduite aristocratique que j'ai toujours tenue ; les leçons que je donnais au peuple touchant la destruction de ses véritables pasteurs ; la ruine de la religion ; le massacre futur de son roi ; la perte de sa patrie, doivent vous faire connaître ccuubien peu j'adhérais intérieurement à toutes ces abominations. J'ai donc, par mon serment, péché contre le ciel et contre la terre. J'ai donc entraîné dans mon impiété les âmes qui m'étaient confiées ; oui, si ma chute a été honteuse, ma pénitence ne sera que plus éclatante. Je proteste donc contre la démarche que j'ai faite et, pour réparation de tant d'outrages faits à Dieu et à la religion, je jure de mourir dans la foi de l'Eglise catholique, apostolique et romaine que je défendrai, moyennant la grâce de Dieu, au péril de ma vie. Daignez, Messieurs, donner à ma lettre toute la publicité possible, afin que, partout où l'on a su mou péché, partout on sache ma pénitence et mou heureux retour. »
Disons tout de suite qu'à la lecture de cette courageuse rétractation, le procureur du déparlement entra dans une violente colère. A sa réquisition, il fut décidé de dénoncer à l'accusateur public l'auteur de cette lettre, où Pinchon manifeste, dit le réquisitoire, les sentiments les plus