CAISSE DE SECOURS
chiffres romains donné à chacun des ecclésiastiques sur une colonne et vis-à-vis dans une autre colonne la mention des sommes déléguées à chacun, avec la date du mandat.
Enfin une balance de la somme des besoins avec celle des distributions. »
Telle est la Proclamation des citoyens du diocèse de Troues, En en adressant un exemplaire à un de ses anciens diocésains, Mi' de Barrai lui disait avec à propos :
« Vous remarquerez comme moi la délicatesse avec laquelle on y cherche à déguiser aux yeux de ces prêtres victimes d*une pauvreté volontaire la nature des secours . qu*on se propose de leur accorder... Pourquoi dissimuler aax prêtres vénérables qui ont tout immolé à leur conscience que c*est raumônc et la charité publique qu'on sollicite en leur Taveur ? Ooit-on qu'eux et moi nous ayons la faiblesse de rougir d'une vertueuse et noble indigence ? Loin, ah ! loin de nous toute fausse honte. Ce n'est pas à nous à rougir de la dureté de nos oppresseurs, ni de la détresse que nous eussions si facilement évitée par un parjure: la postérité, quand elle apprendra l'histoire d*une aussi épouvantable spoliation, honorera bien davantage l'époque de nos malheurs (jue le temps de notre prospérité ; telle est ma confiance, et je crois que l'innocence trahie par l'injustice des hommes peut concevoir et nourrir ce légitime espoir, sans déroger à la modestie et à l'humilité du vrai chrétien.
« Je ne pense pas môme, Monsieur, que nous soyons réduits à invoquer le jugement tardif de la postérité ; il reste encore parmi nos contemporains quelque étincelle du feu sacré de la religion, de l'honneur et de la sensibilité ; j'irai, s'il le faut, implorer pour mes coopérateurs non seulement le suffrage, mais les aumônes et la charité des étrangers, et peut-être verra-t-on de nos jours les ministres de l'Eglise catholique recevoir leur subsistance de la gêné-
680 TRAITEMENT DU CLEROâ CONSTITUTIONNEL
reuse pitié des Dations que leurs erreurs oot séparées dt cette inênie Eglise.
« Mais une telle ressource doit être la dernière qne tentera un évoque qui chérit Thonneur de sa patrie, lors môme qu*elic le dépouille et le persécute injustement. Essayons plutôt de réaliser parmi nous le touchant spec* tacie qu*oirrit la primitive Eglise. Saint Paul avait établi parmi les fidèles de Corinthe une collecte en faveur de ceux qui leur annonçaient TEvangile A son exemple, la proclamation des citoyens du diocèse de Troycs invite ceux qui jouissent des dons de la fortune à en verser uoe partie sur les ministres de TEvangile qui, pour avoir refusé de se parjurer, sont réduits à Tindigence. J*apprends par des avis particuliers que c*est moi seul, légitime évéque de Troyes, que Ton a voulu désigner comme le chef et le centre de toute Topération ; pourrais-je ne pas accepter cette honorable qualité si analogue à mou ministère, si propre à resserrer les liens indestructibles qui m*unisseat au clergé de mon diocèse ! Je vous prie, Mousieur, de faire connaître de la manière que vous jugerez la plus convenable mon acceptation, ainsi que les dispositions sai« vantes dont je suis résolu à ne pas in*écarter.
a J'aurai soin de me conformer aux règles de prudence qui sont indiquées dans la proclamation. jVn sens la néces- Nité : mais pour le dire en passant, quel jugement porter d'ïine épo(|ue où la prudence oblige à couvrir d'un voile impénétrable ceux qui pratiquent la bienfaisance et la charité ? Par quelle étrange contradiction ose t-on encore prononcer parmi nous le mot de liberté ?
« Citoyens, auteurs de la Proclamation, vous dépositaires des pieuses largesses, vous [)rOtres dont le dépouillement et les agonies pèsent si douloureusement sur mon cœur, oui je serai le seulinterméiliaire entre Dieu et vous. Que ne puis-je moi-même subvenir à tous les besoins ! Mais on m'a tout ôté comme à mes coopérateurs. J*ai le regret de ne pouvoir consacrer à leur soidagement que