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VENTE DE MEUBLES

« Le public est averti qu*à la requête du procureur-syndic et en présence de MM. les administrateurs du directoire du district de Troyes, il sera procédé, le mercredi 6 avril prochain au matin, et jours suivants, à la vente par adjudication de meubles meublants, efTets mobiliers, maitre-autel, stalles, boiseries d*église et d*appartement, alcôves, table de marbre, commodes, pressoir, cuves, ustensilt^s de boulan)çerie,charrettes,tombereau. grande quantité de plomb, 1.900 volumes de tous formats et autres effets en la maison conventuelle de Montiérame y

La vente se fera argent comptant ». Arcb., iQ. 333'.

VSNTB DU MOBILIKR 323

nous savons quelle en est la source. Gomme nous Tayons dit plus haut, ils avaient déposé dans une maison du Cheminot une partie très peu considérable de ce que leur église avait de plus précieux en ornements. Informés du fait, les députés composant la commission provinciale de Champagne en référèrent au bureau intermédiaire de Troyes le 17 décembre 1789. «.. .11 nous a paru que les troubles du mois d*août dernier avaient pu déterminer les religieux de cette abbaye à mettre en sûreté une partie de leur argenterie et ornements» mais quUls ont aussi tardé à les retirer, et que le mystère qui a accompagné ce dépôt donne lieu à des soupçons de distraction que les circonstances actuelles font accréditer.... ».

Le prieur et le procureur du couvent se justifièrent facilement : « Nouvellement arrivés dans Tabbaye en qualité de prieur et procureur, efi*rayés par la dévastation et le pillage de la maison de Saint-Urbaiu (i),même ordre et même congrégation, par les mouvements fréquents et séditieux de la ville de Troyes, par le bruit des brigands répandu universellement, croyant de notre prudence de ne point laisser exposer au pillage les effets les plus précieux de la maison, nous avons pris le parti d*en faire le dépôt dans différents endroits.... M. Tabbé de Barrai, vicaire général du diocèse, en partant pour Grenoble, avait laissé dans notre maison son cocher et ses chevaux pour y prendre le vert (sic), et, au défaut de uos chevaux, nous nous en sommes servis pour conduire au Cheminot la balle d'osier (a) ».

Cette explication ne parait pas avoir été admise par une administration des plus mal disposées envers les religieux. Comme pour les punir de ce détourneinent, le directoire décida, le 7 janvier 179a, de les priver de leur pension. On

(i) Saint-Urbain^ Haute-Marne, arrond. de Wassy, cant. de Oou laincourt, ancien diocèse de Gliâlons.

(a) Arch.,iQ334i.

voulut même leur faire payer la valeur de ce qu*ils avaient emporté ; mais ils réclamèrent énergiquement contre une pareille prétention et on cessa de les molester. La vente de leur mobilier produisit ^'-^ÎJ iivres, le i3 avril 179a.

L*abbaye de Scellières fut vendue le 3 mai et son mobilier le 20. Cette vente monta à 2,o36 livres 16 sous (i). On ne laissa aux deux religieux présents qu'une paire de draps sans une seule serviette ni aucun autre linge.

Le mobilier du Chapitre de Trainel fut adjugé pour 326 livres 16 sous 6 deniers.

L'inventaire des Capucins de Croncels avait été dressé, le i5 mai 1790, en vue de la vente du mobilier ; mais la nouvelle destination du couvent obligea à surseoir à cette vente, qui n'eut lieu que le 3 octobre 1792. Elle produisit 1.739 livres i5 sous ; la maison que les religieux possédaient à Bar- sur-Seine ne fut pas oubliée; on l'estima 3.000 livres. Le mobilier des Capucins de Nogent fut adjugé pour 4^1 livres 4 sous. Quant aux bâtiments, on les affecta d'abord aux services de la justice. La prison y fut transférée ; la gendarmerie et le tribunal civil trouvèrent bientôt place à leur tour dans les dépendances. Cet état de choses dura jusqu'en i8i4 année où un incendie, allumé par les soldats étrangers, détruisit la presque totalité du couvent (ii).

Après la vente des meubles et effets des Capucins de Bar-sur- Aube, le 18 avril 1791, la ville réclama l'emplacement (lu couvent pour y installer les services municipaux.

Le mobilier des Chartreux fut mis aux enchères le 6 octobre 179a pour le prix de 7.039 livres 16 sous. Le frère Pcllcrin et deux de ses confrères durent réclamer, comme leur appartenant en propre, leur petit couvert d'argent, ainsi que quatre chandeliers de cuivre argenté qui

(i)Arch.,L. D. O/i.

(a) Aufauvre, Histoire de Nogûnt-sur-Seine^ p. 169.

VBNTB UU MOBILIER 325

ornaient Tautel de la chapelle de la porte et qui n*avaient rien coûté à la communauté. Pour obtenir plus sûi-ement gain de cause, Pellerin rappela au directoire qu*il n*avait pas fait de vœux solennels et qu'il y avait près de quarante ans qu'il portait Thabit de son ordre (i).

Le département avait tout d'abord décidé de transférer dans le couvent des fils de saint Bruno le service des hospices. L'architecte Milony et ses aides passèrent même quarante-cinq jours à lever les plans du terrain. Mais ce projet n'eut pas de suite et en 179^, au mois d'octobre* on installa aux Chartreux le service de la subsistance des armées fa). Quant à l'église, elle fut acquise pour 128.600 livres par un troyen, M. de Ligaières, qui employa les matériaux à la construction d'une maison sise rue du Bourgneuf (rue actuelle du Palais de-Justice). Mais le nouvel édifice s'écroula le 16 février 1796 : on dit que ce fut un châtimeot de la Providence.

Dans l'inventaire des Dominicains dressé les la, ]3 et 14 mai 1790 par Augustin Paupe, nous voyons figurer deux calices dorés et un en argent, un ostensoir en argent, une croix en vermeil contenant de la vraie croix, un encensoir et sa navette en argent, un vase pour l'huile sainte, une paire de burettes avec un plateau ainsi qu'un ciboire en argent. Le commissaire ne laissa aux religieux que ce qui leur était nécessaire pour dire une messe basse. Les meubles furent adjugés le i5 juin 1 791 pour 1.019 livres. La fabrique de Téglise de Dienville acquit l'orgue pour 600 livres ; mais comme il était en mauvais état, elle le remplaça bientôt par l'orgue des Dames bernardines de Saint-Jacques de Vitry-le-Brûlé (3).

(i)Arch ,iQ. 3a8.

(a) Arch., K. i et B. H., l. 11, p. SS-Sg.

(3) Caulin, Quelques seigneuries au Vallage et, en Champagne propre, p. i55 . ...

3S6 SPOUATION ET VENTE DES MOlf.lSTimBS

Le mobilier des Cordeliers de Troyes. ioTentorié l^ la mai 1790, fut vendu le a8 mars 17911,3.126 livres 8 sous^ Le couvent des Cordeliers d^Arcis servit,le 5 juillet 1790, à la première assemblée du district. I^ !i3 décembre suivant, le directoire décida d'établir son tribnnaldans la chapelle. Les vases sacrés et Targenterie furent transportés chez le secrétaire de Tadministration qui s*en débarrassa en les envoyant à lliôtel de la Monnaie, ainsi que ceux du couvent de la Piété. La vente de la basse-cour de ce dernier monastère avait eu lieu le 6 décembre. Les meubles furent vendus le i^ et le 4 avril suivant, avec le mobilier des Cordeliers (i). Pesmequi faisait pai*tie du directoire visita la bibliothèque de la Piété ; il estima que la place des volumes serait mieux à Arcis et il les y ût transporter, ainsi que les linges et les ornements de la sacristie qu*on avait décidé, le 14 janvier 1791, <le déposer dans Téglise de Uamerupt. Ceux-ci furent vendus quelques mois plus tard à vil prix.

Le directoire s'empara des bâtiments des Gordelier» pour y installer la maison d'arrôt du district et la prison. En 179G on y établit un dépôt de grains(!2).A Bar-snr-Aube, ce fut un cimetière que la ville se fit autoriser,le 4 mars 1793, à établir dans remplacement de la maison des Cordeliers.

La vente du mobilier de Saint-Martin-ès-Aires, inventorié le i'2 mai 1790, n*eut lieu que le 11 janvier suivant ; elle produisit 2.744 livres 17 sous. Trois mois après, on adjugea les meubles de Saint-Loup 'j.1241 livres 16 sous ; la maison abbatiale était encore habitée par Tabbé de Rouault ; il demanda, le 16 mai, ;\ eu conserver la jouissance ; mais le ministre eonsulté ne put que rappeler la loi ordonnant laliénation de tous les monastères.

Le mobilier de la Trinité, vendu le 16 juin 1791, ne

(i) Arch., L. D. J/S et i Q. 334».

(a) Arch.,L. D. 9/3.

TRANSPKRT DBS RELIQUES 327

i^pporta que 8a8 livres 7 sous. Celui de la Maison-Dieu ^0 fiar-sur-Seine avait été adjugé pour 1.264 livres a sous le ^j mai précédeat* et les bâtinieats trouvèrent acquérear pour 600 livres 18 sous le 7 février 1794 (i).

lié maison de la Gloire-Dieu avait été aliénée, dès novembre 1791, avant même que ses deux cloches ne bossent enlevées.

Ijes reliques, renfermées dans les châsses plus ou moins

pp<écieu8es des églises supprimées, n'avaient aucune

VAl«ar vénale ; la Révolution ne songea donc pas,

toi:i.t d*abord, h s'en emparer ; aussi, lorsqu'elles furent

Pécslamées par les municipalités ou les fabriques, leur

fc»<^Qt.elles cédées volontiers par Tadministration qui ne

Topait pas combien il était inconséquent de respecter le

coirps de ceux qu'elle appelait de grands bienfaiteurs et de

d^^raire les œuvres mêmes fondées par eux. Cette incon-

*^<iuence, il eût d'ailleurs été ditllcile de la justifier, aussi

'^ rapporteur du comité eut-il besoin de toute son imagi-

^^^ion et de toute sa faconde pour amener ses collègues

^•^ département h décider la conservation des reliques.

'^^^ici comment il s'exprimait dans la séance du i3 dé-

^^«labre 1790.

«f... Votre comité aurait dû peut-être fixer votre atten-

^*^>ii sur un autre objet plus cher encore à la piété des

*^^^les : les reliques des saints personnages dont l'Église a

^^^^misé la mémoire. L'iofidélité pourra sourire à un

P^^eil soin ; mais rien n'est à dédaigner de ce qui tient à

^ croyance des peuples. Et depuis quand ne serait-il plus

ï^^^mis d'honorer les restes des hommes vertueux et

^ ^^doucir le chagrin de leur perte par un culte fondé sur le

^c^Vivenir de leurs bienfaits ? La plupart de ceux dont la

^lledeTroyes honore les reliques sont en eÉTet des bienfai-

^^rs publics, des hommes que l'histoire nous peint comme

^B sauveurs de la patrie en danger, comme de grands

0)Arch.,iQ33i2.

328 SPOLIATION BT VKNTB DES MONASTÈRES

modèles de civisme et de vertu, ce serait méconnaître le prix des moralités qne d*étoufIer dans Tesprit des peuples le sentiment précieux de la reconnaissance ; et, quand la philosophie jette à pleines mains le ridicule sur ce culte consacré par le temps, elle devrait au moins être conséquente et ne pas se prosterner devant les fables ou les crimes heureux de Tantiquité. Laissons au peuple tout ce qui le rappelle à la vertu ; gardons-nous de briser ces relations de confiance qui l'attachent encore aux hommes qui en ont été des modèles , essayons au contraire de conserver cette impulsion du sentiment, à côté de la raison publique qui doit Téclairer; votre comité croirait donc qu'il serait à propos d'arrêter que les reliques qui se conservaient dans les églises et les monastères supprimés seraient transférées avec tous les signes extérieurs du respect qui leur est dû dans l'église principale du département ».

Les châsses contenant des reliques ne subirent donc pas le sort malheureux du reste du mobilier des églises. Le clergé, d ailleurs, veillait à ce qu'il ne se commit aucune profanation, et l'administration laissait entourer les reliquaires des soins pieux des fidMes. A Vallant-Saint- Georges, avant môme que les bûtimcnts du prieuré fussent mis en vente, le curé fit la translation des reliques et des statues dans l'église paroissialejuste au moment où le clergé de Fontaine-les-Grès venait pour les prendre, et les déposer dans la sienne (i). Les reliquaires de Montiéramey furent transportés dans Téglise de la paroisse (a). Quant aux châsses des Bénédictins de Villenauxe, les habitants de ce bourg eurent à cœur de los conserver dans leur église ; le curé les y déposa le 8 mai 1791.

Le bruit avait couru que le directoire voulait s*emparer de ces châsses pour les transporter à Nogent. L*adminis-

(1) ChoulUer, Notice sur Vallantt p. yy. (a) Dielle, Saint-Victor, p. 44-

TRANSFfillT DBS RBLrQinB& 389

tration forma-t-elle ce projet ? Nous Tignorons ; mais beaucoup de paroissieas, des femmes surtout, l'eurent à peine appris qu'ib se rassemblèrent pour protester et pour réclamer avec force le dépôt qu'ils voulaient à tout prix conserver. Le directoire attribua à sa propre sagesse le rétablissement du calme (i).

Les reliquaires des Capucius de Nogent furent transférés dans l'église de la paroisse, le 39 mai après les vêpres.

L'administration du môme district autorisa, le ao mai, la municipalité de Romilly à prendre les deux châsses de saint Edme qui appartenaient à Tabbaye de Scellières (a) pour les déposer dans Téglise de la paroisse.

Il arriva que ces cérémonies ne se firent pa^ toujours avec respect, la faiblesse du clergé constitutionnel le ren-. dant incapable d'inspirer des sentiments que lui-même ne professait pas toujours. On le vit à Texhumation du corps de saint Vincent dans Téglise de Saint-Aventin. Sibille était présent ; on exposa les ossements devant le public, qui en déroba une partie, le reste fut seul emporté à la cathédrale à la hâte et d'une façon indécente (3).

La translation des reliques du prieuré de Villacerf dans 1 église de la paroisse eut lieu, dès le i3 mars, avant la grand'messe, en présence de deux chanoines de Saint- Pierre, Fardeau et GafTié.

La municipalité de Saint-André obtint le a4 ^^^^ comme une faveur la conservation des onze reliquaires de Monticr-la-Celle, dont les bâtiments allaient être démolis, mais ce ne fut pas sans une vive opposition du religieux, gardien du monastère. Il fallut requérir des sapeurs pour ouvrir les portes. On ne put avoir les clés que par la violence ; on faillit massacrer le moine, qui ne voulait pas fournir les échelles nécessaires pour renlèvement d'une

(i)Arch.,L. D. 6/1.

(a) Arch., 9H. i.

(3) Biblioth. de Troyes, Mss. a.870, p. a^.

330 SPOLIATION BT VKNTB DBS MONASTiRBS

des châsses, et on laissa des laïcs fouiller à lear aise daos celle-ci et emporter une partie des saints ossements (i).

La translation dans Téglise paroissiale eut lien le dimanche 1 1 septembre, à cinq heures du soir Les administrateurs du district remirent les reliquaires aux officiers municipaux de Saint-André, EcheniUy et Rosières» réunis avec le curé et les roarguilliers. L'évéque présida la cérémonie. Il était assisté de dom Faivre, gardien des scellés posés à Tabbaye. La garde nationale faisait la haie et rendait les honneurs militaires au cortège. Le lendemain, révoque, accompagné d*un nombreux clergé, fit k Téglise Touverture des reliquaires et reconnut l'authenticité des reliques. C'était, en particulier, des reliques de saint Frobert, le fondateur, de saint Mélan, cinquième évoque de Troyes, dont le corps, enseveli au monastère dlsle- Aumont^avait été transféré à Montier-ia-Ceile au ix< siècle; de saint Bobin, vingt-huitième évéque de Troyes, ancien religieux du monastère ; de saint Ursion, de saint Maurèle et de saint Phal, abbés du monastère dlsle-Aumont, dont les reliques avaient été déposées à Montier la-CSellc en même temps que celles de saint Mélan ; de sainte Savine. dont le corps avait été demandé à Tévéque de Troyes par saint Frobert pour le monastère qu'il venait de fonder ; de sainte Ëxupérance, morte à Isle-Aumont, dont le corps avait aussi été transféré à Montier-la-Celle ; une partie des reliques de saint Gond, fondateur de Tabbaye de Saint-Pierre en Oye, à quelques lieues de Sézanne, et dont le monastère, devenu simple prieuré, fut, au xivo siècle, rattaché h Montier-la-Celle.

Les paroissiens de Sainte-Savine obtinrent.eux aussi, le reliquaire renfermant les restes de leur patronne vénérée. Il leur fut remis par Truelle-Chambouzon, et Sibille en fit la translation solennelle selon le cérémonial en usage.

(i) Biblioth. de Troyes» Mss. sSjo, p.a5.

SPOLIATION DBS LIVRES 331

Les habitants de Riily-Sainte-Syre reçurent la châsse de leur céleste patronne, qui, depuis la vente de la chapelle, avait été déposée dans Téglise cathédrale, et le reliquaire de Saint-Loup fut accordé aux marguilliers de Saint- Pierre, le joor même où Téglise de Troyes célèbre la fête da plus illustre de ses pontifes.

Saint-Martin-ès-Aires possédait un assez grand nombre de reliqoes. Après la suppression de Tantique monastère, elles avaient été déposées dans la cathédrale comme la plupart des reliques des églises supprimées. Bramand demanda à Tévêque, pour Téglise de Pougy dont il avait été curé vingt-huit ans, quelques-uns de ces précieux restes. Les reliques qui lui furent cédées, après vérification des authentiques, étaient celles de saint Vorles, un os de sainte Exupérance vierge troyenne, quelques fragments d*ossements de saint Loup, une dent de saint Vinebaud, on petit os de saint Pierre et d'autres reliques de Saints inconnus.

Le département fit exhumer les ossements des tombeaux de Tabbayede Clairvaux, puis il vendit les marbres et les pierres provenant de leur démolition (i) ; rien de ce qui avait quelque valeur vénale ne lui échappait. La bibliothèque du célèbre monastère était surtout avidement convoitée.» Quelques abbayes voisines de la ville de Troyes, disait le rapporteur du comité du bien public au directoire, présentent des collections plus ou moins précieuses, mais il n'en est point qui ne le cède, il n'en est même point qui souffre la comparaison avec la bibliothèque dont l'abbaye de Clairvaux a fait récemment 1 acquisition. Cette maison, riche dès le douzième siècle, avait enfin songé à la fin du xviii«à se procurer des livres ; mais il faut lui pardonner ce retard en faveur de Texcellent choix qu'elle a fait de la bibliothèque de MM. Bouhier. L'Europe savante connaît cette collection qui réunit par le luxe typogra-

(OAtcIimL. m. 4f. 357.

338 SPOLIATION 8T VBNTK DS8 MONASTiRBS

phiqneja rareté et le bon choix des liyres,tout ce qui peut flatter riiomnie de goût, Tartiste et le savant. On sait qu'elle est le fruit des recherches de trois générations dans une famille où Tamour des lettres était héréditaire, et où le père léguait avec confiance à ses fils une classe de livres à compléter, une édition rare à se procurer. La collection doit former près de 40.000 volumes ».

On décida de les transférer à Troyes avec les livres les plus rares répandus dans les autres bibliothèques des monastères supprimés (i). Mais ce ne fut que le 9 septembre 1793 que le département prescrivit la suppression de deux étages de cellules qui occupaient la partie supérieure de Tabbayo de Saint-Loup, choisie pour dépôt. Cette suppression permit de réunir dans une salle immense de 160 pieds de longueur, les soixante mille volumes qui firent de la bibliothèque de Troyes une des plus belles, dés plus riches et des plus curieuses de France (2).

La plupart des collections dont elle se compose avaient d*abord été déposées provisoirement,» comme des tas de pierres qu'on mesure au pied-cube », dans des chambres étroites des bâtiments de Notre-Dame-aux- Nonnaios. Pour faire place aux suspects détenus, on déménagea précipitamment la bibliothèque du grand séminaire converti en maii«ou de réclusion. Elle était composée en partie de celle du chanoine Vinot et contenait des éditions très recherchées an milieu d'un amas considérable de livres religieux. Les 2.200 ouvrages qu'elle comptait, y compris les 206 appartenant à Tun des professeurs, Jean Ferron, furent pour la plupart jetés par les fenêtres et « tombèrent dans les ordures les plus infectes. » Bramand qui était chargé de leur classenient fut occupé pendant plus de dix jours à réparer le tlégàt. Il procéda à l'inventaire dans le grenier de Saint-Loup, qualifié par lui de

(i) Arch., L. C. »/4 et i Q. 334.

(a) Arch., L.D. i/ai.

. SPOLIATION DES UVRK9 dSQ

repaire à raU, où, exposé à toutes les intempérie^) il fat obligé d'interrompre son travail pour laisser aux couvreurs le temps de réparer la toiture.

Le nombre des livres provenant des communautés religieuses et des émigrés fut évalué par Bramand à 35.753. D'après, les inventaires, la Visitation avait une bibliothèque composée de 4io volumes, non compris l'Histoire de V Ancien Testament par Sacy en ai volumes et V Histoire ecclésiastique de Fleury, en 34 volumes. On trouva chez les Minimes de Brienne 3^83 volumes, chez les Capucins de Bar-sur>Aube 690 volumes, chez les Bénédictins de Montiéramey 1.934 volumes et aa manuscrits, chez les Chartreux !2.85o volumes, chez les Prémontrés de Beaulieu a. 000 volumes, chez les Dominicains 600 volumes, chez les Capucins de Troyes, 2.800 volumes, chez les chanoines de Saint-Loup a. 366 volumes (i). Rien n'indique que tous ces volumes aient été déposés à Troyes, pour y être classés. Les Cordeliers, dont la bibliothèque avait été enrichie de celle de Jacques HennequiQ,le savant théologien troyen, y figurent pour ^.5o'j volumes. Jusqu'alors c'était toute la bibliothèque de la ville. Le 7 novembre 1789, levêque d'Autun ayant proposé à l'Assemblée nationale de faire dresser un inventaire exact de tout le mobilier des maisons religieuses et des Fabriques paroissiales, de mettre tous les titres de propriétés sous les scellés, adn que rieii ue s'égare, le docteur Gillet avait écrit à Troyes le jour môme : « Je pense que cette motion vous aura été adressée, car il m*a paru qu'on Tavait accueillie avec transport. Dans ce cas, la ville ne feraitelle pas bien de prendre des précautions relativement à la bibliothèque des Cordeliers ; et pour que la nation ne s'en empare pas et que nous n'en soyons pas prives, ne trouveriez-vous pas expédient d'eu faire la réclamation sur-le-

<i) Arch. N., F. 19, 598, Aucan çtabiissemeat religieux ne paraît avoir eu de collection de médailles.

334 SPOLIATION BT VBNTB DXS MONASTERES

ohamp ? Voyes entre vous, consultes, je Q*ose riea décider par-moi-méme (i). »

La recommandation do dévoué docteur Gillet ne servit à rien et la biblioUièque des Gordeliers eut le sort des autres. ^Avec elle nous voyons fipirer celle de Saint- Loup, celles du collège et de l'Oratoire du Saint- Esprit pour 3.000 volumes chacune, celle de Montier-la- Celle pour 1.956. La théologie y dominait inévitablement. Aussi Bramand, tout en reconnaissant que ces collections étaient « lardées de quelques bons livres », en parlait avec un étrange dédain et dans un style inexcusable. « Voilà, citoyens administrateurs, écrivait-il au directoire du district lea3 mai 1794» Tétat actuel de vos bibliothèques qui, piléestoutesdansle mortier du sens commun, ne produiraient qu'un virus iucrassant et une humeur assez fétide et au moins soporative et très peu d*élixir vivifiant et tel qu'il le faudrait en abondance pour détruire la gangrène et régénérer Tesprit de ce siècle abâtardi et presque paralysé ».

Les membres du département pensaient de même et ne voyaient dans ces collections de livres que « des monceaux de fatras, aliments de Terreur et du fanatisme que de pieux fainéants ne semblaient conserver que pour insulter à la raison ». lis appréciaient davantage la bibliothèque de Clairvaux et ils en pressaient le transfert, « afin, disaientils, qu elle pût servir à Tinstruction des sans-culottes ». Cette collection, comprenant exactement 3i.65a volumes et 1.074 manuscrits, et acquise^ en 1781, pour le prix de i35.ooo livres, était, eu 1790, entassée dans deux salles. Tune située sous le cloître, lautre dans le bâtiment des fours. En 1796, lesadjudiealairesde Tabbaye demandèrent « qu ou les eu débarrassât ». Ce fut le représentant Dupuis, fauteur de V Origine de tous les cultes^ qui, se trouvant à

(1) Lettre de Gillet. Cf. An. A.^ 1895, a* partie, p. 3?. Sur ce Gillet. voir B. H., t. II, p. 910.

SPOLIATION DBS LIVRBS 335

Troyes poar réorganiser rinstraciion publique, pressa le département de hâter le transport de la bibliothèque de Ciairvaux. Il chargea, le!i4 ^vrii 1796 (5 floréal an m), les administrateurs de se faire rendre compte dans le plus bref délai des inventaires qui avaient dû être faits de tous les livres et manuscrits composant les bibliothèques des ci-devant corps et communautés ecclésiastiques, des établissements dlnstruction publique et des émigrés, spécialement de la bibliothèque de Ciairvaux, ensemble des objets d*hisloire naturelle, des instruments de physique, de mécanique, des antiques, médailles, pierres gravées, estampes qui leur appartenaient. Il les autorisa à se faire remettre ces objets et à les faire transporter à Troyes, autant qull serait jugé nécessaire à la formation de la bibliothèque, et des cabinets de physique et d'histoire naturelle qui devaient être attachés à Técoie centrale, en vertu de la loi du a5 février précédent (7 ventôse an m). Il constate, à propos de la bibliothèque de Ciairvaux, «que le travail ordonné par les précédentes lois est fini, que les préposés nommés à Tarrangement de cette bibliothèque sont en état de rendre compte de leurs opérations (i), que depuis longtemps les propriétaires des bâtiments de Clairvaux pressent et sollicitent Tenlèvement de cette bibliothèque qui les empêche de jouir des choses à eux vendues, et qu'il est temps de faire cesser leurs justes réclamations». Il ne s^agissait donc plus que d amener et de placer à Troyes cette bibliothèque ; c est pourquoi il soumet au département un arrêté dont voici les principales dispositions. Des ouvriers disposeront des tablettes ou rayons pour recevoir les livres et les manuscrits. L'un de ces ouvriers se transportera à Ciairvaux pour visiter les rayons et voir s'ils peuvent servir. Dans Taflirmative,

(i) Ils avalent comme Qcé leur travail le ai janvier i^i. (Arch., I Q. a35).

386 SPOLIATION ET VXNTB DBS IIPNASTÈRSS

ces rayons seront démontés et ramenés à X^oyes. L*aii des préposés, Peuchot, prêtre de Doulevant-le-ChAteau, veillera au placement des livres à Troyes, tandis que Tautre, Hérardin, ancien moine de Tabbaye, restera à Clairvaux pour en surveiller l'envoi.

Le 1 3 juin (26 prairial au m), le département chargea Tun de ses membres, Gonthier, de se transporter à Clairvaux pour voir où en était le travail du classement delà bibliothèque ; et le 37, il fit savoir à ses collègues « qu*après avoir pris communication du travail des citoyens Peuchot et Hérardin,préposés à cette bibliothèque, il s'est convaincu que ce travail, tait avec soin, présente Tensemblc d'une bibliothèque dautant plus précieuse pour Técole centrale du département qu elle provient d'un jurisconsulte dont la mémoire est chère à la république des lettres, que de ce travail et des renseignements déjà donnés à l'administration par les préposés^ il résulte qu'ai époque de la Révolution, la masse entière des livres de Clairvaux se trouvait composée tant de la bibliothèque abbatiale et claustrale que de celle provenant du célèbre président Bouhier, qu'outre un nombreux assemblage de livres rares et d'ouvrages choisis en tout genre, outre les manuscrits originaux de plusieurs ouvrages du savant Bouhier et de sa correspondance littéraire avec tous les savants de son temps, sa bibliothèque renferme une autre richesse, qui consiste en notes manuscrites écrites de sa main, notes de critique sur le fonds ou la forme de chaque ouvrage, sur la traduction, sur les conuneutaircs, sur l'édition, sur l'ûge, notes de renvoi d'un ouvrage à un autre, notes additionnelles ou supplémentaires, notes relatives à tous les genres, histoire, jurisprudence, philosophie, littérature, antiquités, partcmt sa main se trouve empreinte, partout son jugement ou son savoir s'exercent et se signalent ; nombre d'ouvrages soit anonymes, soit pseudonymes, retrouvent et reprennent sous sa plume le vrai nom supprimé ou déguisé de leur

SPOLIATION DES UVRB8 337

aateur ; aux manuscrits il rend leur titre et leur date, à d'autres des pages entières ou tronquées ou perdues, à celui-ci il restitue une préface intéressante, il ajoute une table méthodique et précise, à celui-là d'autres compléments ou suppléments manuscrits ou imprimés. Ici c'est un ouvrage entier, un corps de droit civil, moitié pages blanches, où ses annotations manuscrites figurent et rivalisent partout avec les notes imprimées de Godefroy (i) ; là c'est un dictionnaire universel grec et latin, semé d'additions et de corrections savantes échappées à Timmense érudition d'un Henry ou d'un Robert Ëstienne ; ailleurs, c'est un recueil de pièces fugitives de diflérentes époques, rassemblées avec ordre pour servir à l'histoire générale et particulière de France. Parmi les ouvrages les plus distingués et les manuscrits les plus précieux de cet homme célèbre, on doit compter le catalogue de sa bibliothèque dressé par lui-môme et entrepris sous les yeux de son père dès l'âge d'environ quinze ans, où il dit lui-môme qu'il apprit à connaître presque tous les auteurs et les livres dont il devait ôtre l'heureux héritier. Ce catalogue, très méthodiquement rédigé et précédé d'un précis historique sur sa bibliothèque, suilirait seul pour donner la plus haute et la plus juste idée de la critique judicieuse, du goût éclairé et du rare savoir de son auteur dont il n'est cependant qu'une production partielle et peu considérable, en comparaison des autres fruits nombreux de sa plume disséminés dans toutes les parties de sa bibliothèque. Outre les nombreux ouvrages enrichis de ses notes ou de celles de ses aïeux, lu môme bibliothèque en offre encore d^autres tirés de divers cabinets et pareillement enrichis par plusieurs hommes de lettres distingués, tels qu'un

(i) Denis Godefroy, jurisconsulte, né à Paris en i549, mort en i6ad, a laissé une excellente édition avec notes du Corpus jaris civilis, qui a fait époque.

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Gruter (i), un Saumaise (2), un Balaie (3), ao Pontns de Thiar«i(f), un Lefebvre (5), etc. : que Ion ajoute encore d'autreH ouvrage:» donnés au président Boalûer comme autant de tributs littéraires par divers savants ses contemporains et souscrits de la main de lenrs anlenrs ; que Ton joigne à toutes ces richesses celle qui provient do choix, du nombre et de la variété des éditions et celle qui résulte du somptueux accord de monnments cnrienx en tout genre et en toute langue, on aura quelque idée de cette richesse littéraire.

« La bibliothèque abbatiale et claustrale on Tancienne bibliothèque de Clairvaux, quoique intérieure à la nonveile,8oit pour la quantité, soit pour la qualité des ouvrages qui La composent, ne laisse pas d*en offrir encore on grand nombre tant imprimés que manuscrits plus ou moins intéressants, soit par le mérite de Touvrage, soit par la beauté et La rareté de rédition contemporaine ou voisine de la pre* niière époque de la librairie. Parmi les manuscrits an nombre d*cnviron i.5oo, près de moitié se font remarquer par la <!orrectLon de L'écriture, par la fraîcheur du caractère et du véLin égaLement bien conservés, quelques-uns par Leur anli<]iiLté, plusieurs par l'éclat et la délicatesse des vignettes et autres accessoires qui les embellissent.

(i) JcanCii'ulrr, laborieux pliilolojfuc, né à Anvers en i56o, mort en ir>i-, auteur »li' nombreuses éditions d'écrivains anciens et d'un Corjt us inscription arn .

(a) (Claude Saumaise, savant commentateur, né en i588, mort en lOôS.a laissé de nond)reux ouvrajços cjue déparent le mauvais goût et les opinions hasardées de leur auteur.

O) Ktienne Ualuze, savant historiographe, né en i63o, mort en

(4) Pontus de Thiard, surnomme l'Anacréon français, né vers i5ai, mort en i6o5, cvêquede CbAlon-sur-Saône de 1678 à 1694.

(ô) Lefebvre, célèbre érudit, né à Caen en i6i5. mort i Saumur en 167a.

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