‹ Histoire du diocèse et de la ville de Chartres (volume 2)Chapitre 1 sur 67 · Histoire du diocèse et de la ville de Chartres · texte numérisé non relu

Histoire du diocèse et de la ville de Chartres

Luthériens brûlés à Chartres. Louis Guillard résigne son évêché à Charles Guillard y son neveu. Divers succès des armes du Roi; vient à Chartres. Décès du Pape.

N poursuivoit chaudement ceux qui faisoient An. 1553. profession de la nouvelle religion de Luther et d'autres hérétiques. Le mardi 2* jour de mars 1552, mais, plus véritablement 1553, la demoiselle de Chalet, des plus zélées de ceste secte, fut brûlée toute vive au marché des pourceaux hors de la porte des Espars de Chartres; et le samedi

An. 1553. 15 d'avril suivant, un nommé Dinocheau, avec le tabellion de Saint-Georges- sur-Eure, qui estoient de lamesme profession, furent réduits en cendres au mesme endroit.

Dès le mardi 13 du mois précédent, maistre Miles d'Illiers, évesque de Luçon et doien de Chartres , passa de ce monde en l'autre, en sa maison canonicale audit Chartres. Les chanoines, s'estant assemblés dès le mesme jour après compiles en leur Chambre des Comptes , arrêtèrent le dimanche 19 dudit mois pour procéder à l'élection d'un autre en son lieu , auquel jour ils ordonnèrent que tous les chanoines, tant présens qu'absens, seroient cités pour s'y trouver. Ledit jour arrivé, toutes les citations furent rapportées, et sur ce qu il s'en trouva plusieurs de manque , l'élection fut continuée au vendredi 24 du mesme mois à cause que le jeudi, qui estoit jour capilulaire en ce tems, se de voit faire l'inhumation dudit seigneur de Luçon.

Ledit jour de jeudi, le corps dudit seigneur fut porté dans le chœur de la cathédrale , où lui aiant été fait le service ordinaire des trépassés, il fut conduit en l'église des Jacobins de Chartres, en laquelle il avoit élu sa sépulture. Messire Louis Guillard, assisté de messires d'Evreux et de Séez, qui, selon l'ancienne coutume, s'étoient rendus à Chartres pour assister aux obsèques dudit prélat, avec les abbés de Clairefontaine et de Saint-Vincentdes-Bois, tous deux de l'ordre de Saint- Augustin dans ce diocèse, aveccelui.de l'Etrée, ordre de Citeaux , qui avoit accompagné Tévêque d'Evreux dans le diocèse duquel est son monastère, notre prélat, dis-je, célébra pontiflcalement la grande messe, qui fut chantée par les chantres et musiciens de la grande église, et fit la cérémonie de l'inhumation. Tout le Chapitre y assista en corps et tous les religieux de la ville assistèrent à son convoi avec leurs croix élevées, ensemble tous les curés delà ville avec leurs habitués, les Jacobms et Cordeliers. .

Le lendemain, les chanoines s' étant assemblés en leur lieu capitulaire, arrêtèrent de procéder à l'élection d'un doien par voie de scrutin, et choisirent messire Louis Boucher, chantre, Jean Forget, soudoien, et Noël Tison, chanoine, pour recueillir les voix d'un chacun. Ils prestèrent le serment de bien et fidèlement s'en acquitter. Les notaires et secrétaires du Chapitre firent le même de garder le secret et de ne révéler aucune chose de ce qui se seroit passé en ce rencontre. Les chanoines jurèrent

semblablement d'élire en leurs consciences celui qu'ils recon- An. 1553. gnoitroient le plus propre d'entre eux pour tenir ceste dignité, la première de leur compagnie. Cela fait, les scrutateurs donnèrent les premiers leurs voix, chacun en particulier, et consécutivement les dignités et chanoines selon leur rang, que les scrutateurs firent rédiger par écrit par lesdits notaires. Tous aiant donné leurs suffrages, ils furent publiés par lesdits sieurs, du mandement du Chapitre, et fut trouvé que messire Pierre d'Hommes, neveu du deffunt, flJs de Marguerite d'IUiers, sa sœur, avoit le plus de voix et demeura élu. Il fut confirmé sur le champ par ledit Chapitre, auquel la confirmation en appartient, et fut installé dans le chœur en la place et stal décanal par les commis du Chapitre.

Au mois d'avril, quelques hérétiques aiant ignominieusement traité et brisé une image de Notre-Dame qui étoit dans une niche en une muraille de Vau-Raoul, vis-à-vis de Lèves, il fut fait une procession générale en l'église des Jacobins de Chartres, pour détourner l'ire de Dieu, prier pour la personne du Roi, pour la paix et la conservation des biens de la terre.

Le Chapitre de Noion aiant entièrement été ruiné et les ornemens de l'église entièrement volés et pillés l'année précédente par le comte de Reuz, impérial, ils prièrent le Chapitre de Chartres de leur donner de quoi faire des chappes. Le Chapitre leur fit présent de vingt aunes de damas rouge, ainsi qu'il se veoit par les lettres de remerciement qu'ils en firent audit chapitre, le 27 d'avril audit an 1553.

Le 14 de juin, fut faite à Chartres procession générale par conunandement du Roi, par le haut de la ville, et y fut porté le Saint-Sacrement , comme à la Fête-Dieu. Au retour , il fut déposé sur un reposoir, qui étoit au miUeu de la nef, devant l'image de la Viei^e , où quatre enfants de chœur à genoux , tenant chacun un cierge blanc, chantèrent le trait Domine, non secundum, etc., à la fin duquel la messe du Saint-Sacrement fut célébrée dans le chœur.

Le 14 juillet. Sa Majesté voulut encore qu'on fît procession générale en l'église de Saint-Pierre-en- Vallée, et fut ordonné par le Chapitre qu'on en feroittous les mercredis et vendredis autour de la grande église. Le Pape envoya aussi un jubilé pour la paix qui fut publiée au diocèse de Chartres sur la fin de juillet : le

Ao. 1553. dernier jour duquel, le Roi manda à Févêque et chapitre de Chartres, par ses lettres données à Compiègne, qu ils eussent à bailler chacun cinquante livres aux chanoines de Térouanne , que les Espagnols et AUemans avoient entièrement ruinés et du diocèse duquel le pape Paul IX en fit trois en 1559, sçavoir à Ipre et Saint-Omer pour la Flandre, et Bolongne pour la France.

Le 25 de septembre, fut fait en Téglise de Saint-Georges de Vendôme, par maistreGuillai*d, notre prélat, assisté de Tévêque d* Angers et des abbés de Waast et de Lespau , diocèse -du Mans, le service solemnel de l'inhumation de dame Françoise d'Alençon, femme de Charles, duc dudit Vendôme, laquelle fut en-, terrée au milieu du chœur, devant le grand-autel de ladite égUse.

Au mois d'octobre, les éviers qui avoient leur confrairie aux cryptes de la cathédrale, à l'autel de Saint-Savinian , en furent congédiés, avec les orfèvres qui avoient la leur en la chapelle de la Véronique, où est à présent la sacristie deTéglise souterraine, à cause d'une lampe 'qui brûloit devant le Saint-Sacrement^ qui se trouva à dire, le jour dudit saint Savinian.

Dès le 5 janvier 1552, ledit sieur Guillard avoit résigné son bénéfice de Chartres, soubz le bon plaisir du Roi et à sa nomination, à Charles Guillard, son neveu, fils du sieur du Mortier, son frère, sieur de TEpichelière, au pais du Maine, qui avoit été depuis peu ambassadeur de Venize, et lequel Charles étoit chanoine et prévôt d' Anvers en l'église de Chartres. Par ladite résignation, ledit sieur Guillard oncle s'y étoit réservé la nomination des bénéficQ? et le déport sur iceux, le revenu des fermes de Fresnai-l'Evêque, Pontgoën, Berchèreset Bailleau-l'Evêque, avec tous les droits de fief de l'évêché, justice, circonstances et dépendances d'iceux. Il en fut pourveu par le pape Jules III , le 7 des ides de mars, combien qu'il n'eût que vingt-quatre ans; ce qui Tempécha de prendi'e plutôt possession, qu'il print seulement par procureur, le 18 du mois de décembre suivant 1553 : les 12 et 13 duquel mois, le roi Henri II addressa commission aux maistres des requestes de son hôtel , conseillers du grand Conseil, cour de Parlement à Paris et au bailli de Chartres de mettre à exécution les bulles obtenues par ledit Charles Guillard, qu'il qualifftson conseiller et aCumosnier, nonobstant les réservations y contenues en icelles, et obtint mainlevée du revenu de son

temporel de la Chambre des Comptes , du 18 du même mois> An. 1554. pourveu qu'il baillast par déclaration sondit temporel à ladite Chambre , ce que n'aiant fait sitost , la Régale demeura ouverte au diocèse.

Cependant ledit GuiUard, oncle, fut pourveu de Tévêché de Chalon-sur-Saône , après Antoine de Vienne , décédé d Apoplexie. Robert dit qu*il en fut pourveu le 20 de décembre 1553, mais il faut qu'il en eût été pourveu dès auparavant , veu que , dès le mois de novemt^re, il prenoit la qualité d'évêque de Châlon. Il fut aussi pourv^eu de la prévosté d' Anvers, qu'il tint avec mi canonicat ad effectum^ dont il print possession par procureur dans le mois de décembre susdit, voire il se fit pourveoir de bénéfices de moindre conséquence comme du prieuré-cure de Pontgoèn, qu'il permuta avec maistre Noël Tison, chanoine de Chartres, pour celui de Morancès. Ces Messieurs là ne trouvoient rien trop chaud ni trop froid ; pourveu qu'ils eussent du revenu, ils ne se soucioient pas d'où il vint.

Le Roi demanda dans le mesme mois un don charitatif au clergé du diocèse de Chartres, jusques à concurrence de quatre décimes, paiables aux premiers jours de febvrier et de mai ; ce qui lui fut accordé en prolongeant le terme. Les guerres qui y avoient çà et là l'obligeoient de faire ces levées. Il avoit prins sur l'Empereur Mariembourg, une des plus fortes villes de Flandres, Bovines, Dinan et plusieurs autres, soubz la conduite du duc de Vendôme et du maréchal de Saint- André delà maison d'Albon, en partie desquelles le roi mit garnizon, et pour les autres il les ruina, fors Rocroi, qu'il fit fortifier.

Au mois d'avril, la compagnie du Daufin étant venue à Charlies, les fourriers, qui sont d'ordinaire insolens etassés mal gracieux, la logèrent dans le cloistre de l'église chez les particu^ liers chanoines. Le Chapitre ne voulant souffrir qu'on fist ceste brèche à ses privilèges députa vers Sa Majesté, pour lui en rendre plainte, laquelle, dès aussitôt, leur fit commander de sortir et de se retirer non-seulement desdites maisons , mais encore des autres qui leur appartenoient, attendu leurs privilèges de ne loger gens de gjierre.

Le Roi étant à Chartres en novembre et sur la fin de décembre, maistre Gervais Wain, abbé commendataire de Josaphatlès-Chailres, décéda. Les chanoines qui se trouvèrent à son

An. 1555. enterrement furent excusés à Téglise, à cause que les abbés dudit monastère sont conservateurs des privilèges du Chapitre , ce que je remarque pour l'avenir afiBn que, s il arrivoit pareille chose, on sceut ce qu'on devroit faire, n'y aiant peut-être personne qui sache que l'abbé de Josaphat soit conservateur des privilèges dudit Chapitre de Chartres.

Au commencement de 1555, le Roi manda à TEvêque et Chapitre dudit Chartres qu'ils eussent à faire processions et prières pour la paix, non-seulement en leur église et en celles de la ville , mais encores par toutes celles du diocèse. Ce qu'il enjoignit encore faire la semaine sainte et de procéder extraordinairement contre ceux qui sentoient mal de la foi catholique, conune aussi contre ceux qui avoient souillé d'ordures les affiches des indulgences qui étoient attachées aux portes de l'église cathédrale.

Dès le 23 de mars de ceste année , le pape Jules étoit décédé. Trente-sept cardinaux qui faisoient lors la cour de Rome entrèrent le 3 du mois d'avril au conclave et élurent le !!• du même mois Marcel Cervin , cardinal de Sainte-Croix eu Hiérusalem, qui voulut être couronné sans pompe, dès le lendemain, et estre fait prestre, à cause que la feste de Pasques approchoit. Il ne voulut aussi changer son nom comme les autres font et se fit appeler Marcel II. La mort ne put souffrir ce personnage, duquel on espérait une grande réformation en l'église, s'il eût vécu longtems sur la chaire de Saint-Pierre, lui aiant couppé le filet de sa vie, vingt-sept jours après, sçavoir le dernier jour d'avril. Jean-Pierre Caraffe, fils duducdeMatelone auroiaume de Naples, instituteur des Théatins, qui étoit évesque d'Ostie et de Vélitres, doien des cardinaux, fut eslu en son lieu et print le nom de Paul IV, et fut couronné le 27 mai, mais il y avoit bien à dire d'humeur entre son prédécesseur et lui.

Durant ce tems, le duc deyendôme hérita du roiaume de Navarre par le décès d'Henri d'Albret, son beau-père, arrivé en Béarn le 25 du même mois à Hagetnau, d'où il fut porté inhumer à Lescar, autres disent à Casteljeloux dans la Gascongne. Quoique c'en soit, ce Duc, aiant été obligé d'aller prendre possession de ce roiaume plus en imagination qu'en effet, le Roi substitua en son gouvernement de Picardie l'ad-

Bûral de Châtillou qui retint les armes espagnoUes et empescha An. 1556, qu'elles n'avançassent davantage dans le roiaume, si bien que les ennemis, voiant Thiver approcher, quittèrent nos frontières et se retirèrent chez eux.

Charles-Quint qui s*étoit démis .de ses états à Philippe son fils, auquel il avoit fait épouzer Marie, héritière d'Angleterre, ne voulut se retirer en Espagne qu'il n'eût fait une trêve de cinq ans avec le roi de France , qui avoit passé la fête de Notre-Dame de la Conception de Notre-Dame à Chartres. Il fit tant qu'il obtint au mois de février, qu'elle fût jurée à Blois par Charles , comte de Lalain , et à Bruxelles par Gaspard de CoUigni, dit Tadmkal de Châtillon, et publiée à Paris le 16 du même mois.

Le Pape, aiant en aversion l'Empereur pour les afTronts qu'il en avoit receus et les injures qu'avoient soufiert ceux de sa famille et autres de ses appartenances, amis et alliés dans le roiaume de Naples , trouva moien de les rompre. Ce ne fut néamoins sitôt, veu que le Roi, écrivant à l'évêque de Chartres du dernier avril audit an, lui mandoit que Notre Saint-Père le Pape, estimant que la trêve et suspension d'armes publiée pour cinq ans entre l'empereur et le roi d'Angleterre et lui estoit un vrai moien et commencement de parvenir à une paix universelle en la chrétienté, comme bon père et pasteur conunun, auroit octroie un jubilé de plénière rémission à un chacun bon fidèle chrétien qui se voudroit mettre en état pour faire prières aggréables à Dieu pour ladite paix universelle, selon qu'il estoit contenu par le transumpt de la bulle, qu'il lui envoioit imprimé pour le faire publier par tous les Ueux de son diocèse afin qu'aucun n'en prétendît cause d'ignorance.

Il est vrai néamoins que le Pape, averti qu'il se faisoit quelques assemblées secrètes dans Rome es maisons de Marc- Antoine Colonne et du cardinal de Saint-Fleur, ennemi du roi de France, fit arrêter prisonnier ledit cardinal, Camille Colonne, Julian Césarin, l'ambassadeur d'Espagne et quelques autres et adjoumer personnellement Marc-Antoine Colonne et poursuivre contre eux extraordinairement. Ce dernier étant retiré vers l'Empereur, il conunanda au duc d'Alve et à celui de Florence de les protéger et de les remettre en leurs possessions, desquelles le Pape les avoit privés, même d'entrer dans les teyes

An. J556. de l'église, pour mettre ce Souverain-Pontife à la raison. Ce que le duc aiant fait, le Pape dépêcha vers le Roi de France le cardinA Charles Caraffe, son neveu, naguères chevalier de Malthe, qu il avoit créé son légat, pour le prier de l'assister contre les vexations de l'Empereur et de PhiHppes son fils, et, pour l'y obliger davantage, il lui envoia un chapeau tel que le portoient les anciens sénateurs de Rome, avec une épée bénite, la nuit de Noël , comme à celui auquel la défense du Saint-Siège appartenoit.

Ce légat étant arrivé au moisdejum, le Roi lui accorda sa demande et rompit lesUrèves avec l'Empereur, et en même tems il envoia le maréchal Strossi avec maistre Biaise de Montluc pour rembarrer les Espagnols qui ravageoient tout à Tentour de Rome.

Le 6^dudit mois de juin, on déroba en l'église de Saint- Maurice-lèz-Chartres le ciboire avec les hosties qui étoient sur l'autel. Il y avoit quantité d'hérétiques dans le diocèse, contre lesquels le Roi commanda de faire informer de ce sacrilège et de faire des processions pour l'extirpation de Thérésie tant dans la ville de Chartres que par tout le diocèse.

Encores que maistre Louis Guillard eût quitté le titre d'évêque de Chartres pour celui de Châlon, si est-ce qu aiant encore bénéfice dans notre église et y demeurant ordinairement, je dirai que le 5« jour de juillet il sacra dans l'église des Blancs- Marrteaux de Paiis maistre Hiérôme Burgensis, évéque de Chaslons-sur-Marne, assisté de maistre Antoine Olivier, évéque de Lombes, et Jean de Luxembourg, évéque de Pamiers.

Le jour de la Magdelaine 22 de juillet, il fut fait procession générale par le haut de la ville, où la sainte châsse fut portée, pour obtenir de l'eau, n'aiant plu qu'une seule fois depuis Pâques.

Le 4 d'octobre suivant, ledit sieur Guillard sacra en l'église du Temple à Paris maistre François de Bancaire, quia écrit l'histoire de son temps, évéque de Metz, assisté de maistre Nicolas de Pélicé , évéque d'Amiens, et de Philippes, évéque de Philadelphe.

Le 14 de novembre, il sacra pareillement dans la chapelle de l'infirmerie de Saint-Martin-des-Chams audit Paris messire Pierre Danez, premier professeur du Roi en la langue grecque

en runiversilé dudit Paris et précepteur de M' le Daufln, An. 1557. évêque de Lavaur,parle décès de messire Georges de Selva, naguères chanoine de Chartres ; à quoi il fut assisté de R R. P P. en Dieu messires Claude Dodun , évêque de Renés , et François de Faucon, évêque de Carcassonne, chanoine et archidiacre de Blois en Téglise de Chartres.

Je ne peux oublier ici l'honneur de nos chartraine. André des Freux, issu d'une honomble famille de Chartres, lequel étant curé de Tiverval eu ce diocèse et en Tarchidiaconé de Pinserais, sejettadans Tordre des Jésuites, qui étoit encores en son commencement, l'an 1541. Il étoit fort excellent en toutes sciences, grand théologien, subtil philosophe, jurisconsulte résolu, médecin judicieux, mathématicien profond, musicien très-parfait, orateur éloquent, très- versé aux langues et aiant une telle veine et propension pour la poésie qu'il faisoit des vers sur le champ plus que le plus subtil écrivain en eût pu rédiger par écrit, qui montroit la bonté de son esprit. Il décéda ceste année 1556 à Rome, où il avoit presque toujours enseigné, depuis qu'il fut entré dans ceste compagnie.

Au mois de décembre, le Roi déclara Hercule d'Est, duc de Ferrare et de Chartres, son lieutenant-général en ItaUe, où il envoia le duc de Guise et le vidame de Chartres pour l'épauler «UT le commencement de l'année 1557.

Le 27 de niai, Charles Guillard qui avoit été pourveu de Tévêché de Chartres , dès il y avoit bien cinq ans , receut en vertu d'une bulle du pape Jules donnée à Rome à Saint-Pierre , le 7 des calendes de novembre 1553, les quatre ordres mineurs et les trois sacrés le jour de l'Ascension de Notre-Seigueur dans la chapelle du château de Pontgoën par les mains de son oncle le 25 de juillet; il fut par le même sacré évêque de Chartres dans l'église du Temple à Paris, assisté de messire Guillaume Pélicier, évêque de Montpellier, et Antoine Olivier, évêque de Lombes.

L'Empereur étant entré dans les terres du Roi, du costé de Picardie, le prince de Piémont assiégea Guise, dans lequel étoit le sieur de Vassé, prit Saint-Quentin, blessa et prit le connétable, tua Jean de Bourbon, duc d'Anghien, prit prisonnier le sieur d'Angennes, seigneur de Rambouillet, et quantité d'autres seigneurs de marque. L'Espagnol glorieux de ceste victoire,

An. 1557. arrivée le jour de Saint-Laurent, lO* d'aoust, fit pour mémoire d'icelle une église en Thonneur de ce saint en son château de Lescurial près Madrid en Espagne, où il se retira du depuis et y finit ses jours. Ses gens, poursuivirent leur chance, recouvrèrent le Catelet et Ham et prindrent sur nous Noyon et Chauni.

Le Roi étant venu à Paris pour asseurer les habitans sur le bruit de la prinse de ces villes, il écrivit à Chartres, pour faire prières et processions pour la prospérité de ses armes. Dès le 5 de septembre, on y fit procession générale fort solennelle, en laquelle le Saint-Sacrement fut porté par le haut de la ville j la sainte châsse et autres reliques, et au retour la messe fut chantée dudit Sacrement. Tous les religieux exempts ou non exempts s y trouvèrent en chappe de soie, et toutes les plus belles reliques qu'ils eussent en leurs églises y furent portées.

Le 14 du même mois, le Pape renonça à l'alliance françoise et le signifia à Sa Majesté: aussi, comment un sujet du roi d'Espagne, qui avoit ses parens, ses amis, son bien dans les terres de ce prince, eût été un bon françois? Il faisoit fort Tempêché à vouloir faire la paix entre ses deux souverains, le Roi très -chrétien et le Roi cathoUque : mais il ne lui étoit si facile d'étaindre le feu que de l'allumer, ni de réconciUer les esprits de ces deux grands princes , que son inconstance avoit irrités et piqués Tun contre l'autre. Il sied fort mal à une personne , qui n'a jamais hanté que les cloistres et vécu que dans la douceur d'une vie régulière, de vouloir faire le capitaine et le soldat, et la guerre sans argent. Qui donna sujet à un certain d'exercer sa veine contre lui par ces vers exposés au Pasquin de Rome :

Cum tibi non œtas habilis sity Carafa, bello

Et castris habeas œgnita claustra magis; Cum desit miles y bellique pecunia nervuSy

Quis te prsecipitem cogit ad arma furor ? Infirmis hum^ris damnata quid irhduis arma y

Qu3B tibif cum libeat, ponere non liceat? Cur respiram,tem et cura/ntem vulnera mundum

Concutis et Martem solits ad arma cies ? Da 7niseris requiem et spatium concède malarum ,

Si nobis pater es y si tua cura sumus.

Conde, senex, gladium, et Christi reminiscere verbi, An. 1&57.

Quod diœit Petro, dixit et ille tibi (1).

A quoi un autre faisant allusion aux clefs de Pierre et à Tépée de saint Paul, du dernier desquels ce Pape avoit prins le nom , répondit par les suivants qu'on voudroit faire croire avoir été composés par le même pontife.

Quod Petro dixit Christus, nolim esse puletis

Dictum (Pontificum pace Petrique) mihi, Nam neque successor sum Pétri, nec quoque talem

Agnoscit bona pars Christicolarum hodiè.

Pauli ego (successu cœptis meliore deinceps

Dit favecmt !) sv/inpsi nomen et arma, sedem Et verbi Christi memor, intrepidusque ministei'

Non veni pacem mittere, sed gladium.

Il se trouve que le même jour 14 de septembre, frère Jean Lunel, abbé du monastère de Saint-Sébastian hors les murs de Rome, de Tordre de Citeaux, vint trouver Charles Guillard, sacré, comme dit est, évêque de Chartres, auquel il présenta des buUes données par le pape Paul IV à Saint-Pierre-de-Rome le 4 des calendes de mars 1556 qui revient au 26 febvrier 1557, par lesquelles il étoit pourveu de Tévêché de Sébaste et créé suffragant de Chartres. Il le receut, et suivant les bulles, il lui donna permission de tenir les ordres en Téglise de Saint-Pierre de Dreux, consacrer des autels, dédier des égUses et bénir des cimetières, croix, calices et ornements ecclésiastiques. Il commança dès le vendredi 17 dudit mois à donner des tonsures en ladite église de Dreux et fit du depuis toutes fonctions épiscopales, particulièrement par la dédicace des églises, qu'il fit en grande quantité.

L'on fit vendanges dans ce mois où il y eut une telle abondance de vin que Ton recueillit jusques à onze poinsons au quartier. Sur la fin du même mois de septembre, il courut une certaine maladie à Chartres qu'on appeloit la coqueluche, lait) « Mille gladium luum in vaginam. » Jean, xxvm.

An. 1557. quelle étoit contagieuse et se prenoitde l'un à Vautre, dont plusieurs moururent.

Ce fut en ceste année que maistre Boyer, évêque de Saint- Malo et prévôt de Normandie en Véglise de Chartres, fit présent de ce beau tableau de broderie où est la représentation d'un crucifiement de Notre-Seigneur sur le calvaire qui est sur la porte de l'entrée du chœur du côté du resvestiaire ; et que les hospitaux ou Hotels-Dieu de Saint-Michel et de Saint- Aignan de Chartres furent baillés à trois vies cinquante-neuf ans à M. Pierre le Noir, grefiier en l'élection dudit Chartres, et à Isabeau Meyne, veuve de Jean le Fachû, marchand bourgeois de Chartres.

Le Roi demanda dix mille livres à la ville dudit Chartres, du paiement de partie de laquelle le clergé fut déclaré exempt.

Page 1