CHAPITRE XVIII
Calais reprins sur les Anglois. Miracle (Tune chemise de Notre-'Dame de Chartres. Entrée de 3f" Charles Guillard, évesque de Chartres, en son église. Hérétique condamné de faire amende honorable dans ladite église. Guerre dans r Artois. Prières à Chartres pour la paix avec le roi d^ Espagne. Hérésie pullule dans le diocèse. Mort du roi Henri II. François, son fils, roi d^ Ecosse, lui succède. Changemens en Cour. Poursuite d*hérétiques. Mort du Pape. Madame Elisabeth de France conduitte en Espagne.
JE ne parlerois point du recouvrement de Calais sur le roi d'Angleterre , pour que cela est hors de notre diocèse de Chartres, n'étoit à cause d'un miracle qui s'y fit en ce tems là d'une chemise de Notre-Dame qu'un capitaine avoit
vêtue sur lui. Néamoins, pour être instruit de l'affaire, je dirai An. 1558. qu'Edouard, roi d'Angleterre, aianl enlevé Calais, port de mer, sur les François, dès Tan 1347, les Anglois s'y seroient maintenus jusques à ceste année, sans que les François y eussent pu rentrer. Le duc de Guise, estant de retour d'Italie, trouva que le Roi avoit fait venir quatorze mille Suisses et quantité d'Allemans, auxquels joignant les trouppes qu il avoit ramenées, en fit un juste corps d'armée. Sans découvrir davantage son dessain , il s'en alla à Calais qu il assiégea et print en moins de huit jours le 7 de janvier avec Guines et toute la comté d'Oye, sans que les Anglois et les Espagnols pussent la secourir. Or , en ceste conjoncture, il se trouva un certain gentilhomme, duquel j'ai oublié le nom, qui avoit une chemise de Notre-Dame de Chartres, qu'on appeloit la sainte châsse, vêtue entre son pourpoint et sa chemise. Il arriva qu'il fut frappé d'un coup de mousquet, la balle duquel traversa le poiu*point, mais s'arrêta et s'applatit contre la chemise de Notre-Dame, comme s'il y eût eu un plastron de fer qui l'eût empêché de passer plus outre. Ce qui fut attesté par celui même qui receut le coup, lequel vint à Chartres rendre action à Dieu et à la Vierge de sa préservation et en fit dresser un acte par devant Langlois , notaire et secrétaire du Chapitre dudit lieu.
Cependant les Anglois, extrêmement outrés de la perte de Calais qui leur fermoit l'entrée de la France de laquelle ils disoient qu'ils portoient les clefs à leur ceinture, rôdoient à l'enlour de la Normandie, pour tâcher de faire quelque coup pour réparer leur perte. Ce que ne leur aiant réussi, ils furent contrains de se renfermer dans leur isle.
Dès le 4 du mois de juin, Charles Guillard, évêque de Chartres, écrivit au Chapitre dudit lieu qu'il désiroit faire son entrée le dimanche dans l'octave du Saint-Sacrement, qui tomboit le 12* dudit mois, priant le Chapitre de le dispenser des cérémonies qui ont accoutumé être observées en ceste occasion, lui permettre de porter la barbe longue, pour quoi le Roi même leur en écrivit, comme fit aussi messire Guillard, son oncle et résignant, et de lui faire l'honneur d'assister en corps au banquet qu'il avoit résolu de leur faire cedit jour de son entrée.
Pour le premier , Chapitre lui déclara que la cérémonie qui se praliquoit par les évêques de Chartres en leur nouvelle
An. 1558. entrée en leur église, aiant été observée de toute ancienneté par ses prédécesseurs, ils ne pouvoient y toucher, le priant de s*y conformer le plus qu'il pourroit et de ne rien innover, M. de Ghalon aiant même jugé qu'il y avoit quelque chose de majestueux en icelles qui portoit le peuple à révérer les prélats, Tohmission ou négligence desquelles pourroit être préjudiciable à ses successeurs et à la dignité épiscopale, qu'ils avoient intérest de conserver pour l'honneur de leur évêque et de leur église.
Pour le second, obéissant aux lettres de Sa Majesté çt désirant gratifier ledit sieur de Chalon, ils remettoient à sa discrétion de porter la barbe longue ou raze; quand au troisième chef, qu'ils ne manqueroient point de se trouver au disner auquel il les in\'itoit pour honorer son entrée et joyeux avènement.
On conunit là-dessus les chanceliers Boufineau, Meyné et Sabellat pour veoir la forme qu'on avoit tenue en la réception dudit sieur de Ghalon, Louis Guillard, son oncle et prédécesseur immédiat, lorsqu'il print possession de l'évêché de Chartres et d'autres ses devanciers, les actes de laquelle réception et autres au précédent aiant été rapportés. Le 6 juin, le Chapitre commit ledit Meyne avec maistre François Fidefame, chanoine, pour aller trouver ledit seigneur, pour lui faire veoir lesdits actes et faire sur iceux les remontrances nécessaires. Messire Jean le Maréchal , Tim de ses grands- vicaires , recommanda qu'il fût permis audit seigneur de faire dès le samedi au soir le serment accoutumé à Saint-Martin -au- Val, af&n d'être plus libre le lendemain d*officier à la grande messe. Ce que le Chapitre lui refusa, ne voulant séparer ce serment de celui de son entrée.
Le vendredi précédent ladite entrée, Charles Breton, convaincu d'hérésie, fut renvoie par la cour pour faire amende honorable dans l'église de Chartres, assister à la messe et au sermon que seroit fait sur le sujet de ladite messe, contre laquelle il avoit proféré de mauvaises parolles. Ce qui fut exécuté ledit jour, mais pour ce que c'étoit durant l'octave du Saint-Sacrement, que l'Eucharistie étoit à découvert sur le grand autel en ladite église, on en dressa un dans la nef, sur laquelle la messe fut célébrée du jour , et après le sermon fait par maistre Louis Charpentier, chanoine théologal, en présence dudit hérétique.
Le samedi, 11« duditmois de juin, ou chanta en l'église de An. 1558. Chartres matines dès le soir, et le lendemain de grand matin, maistres Nicolas Thiersaut, chantre, Jacques de Mouthelon, grand archidiacre ; Louis Boucher, soub-chantre ; Jean Forget, archidiacre de Pinserais; Jean Lefèvre, dit Fabri; Charles Bouffineau; Mathurin Forget et Jean Duhamel, chanoines et dignités, députés pour recevoir le serment dudit sieur Prélat, se transportèrent au prieuré de Saint-Martin-au- Val , où ils le trouvèrent revêtu de son rochet et camail, Tétole pendante sur le col, et lui aiant présenté le livre des évangiles et Taulre des serments, il fit le serment accoutumé, aiant une main sur lesdits évangiles et Tautre sur le pis : lesdits commis s'étant retirés, ledit sieur fut conduit parle prieur de Saint- Martin et ses religieux processionnellement jusques à la porte de Saint-Michel, où il fut receu par le clergé de la ville et banlieue qui Tattendoit en chappes de soie à Feutrée de la ville, qui, après qu il se fut revêtu de ses ornemens pontificaux , raccompagnèrent jusques dans la Tour du Roy ou palais du duc de Chartres, où il prêta un autre serment audit seigneur, et de là fut mené jusques devant la principale entrée de l'église cathédrale qui étoit fermée, où aiant réitéré le même serment qu'il avoit fait à Saint-Martin, les portes furent ouvertes et lui receu par le Chapitre et habitués , tous revêtus de chappes de soie, qui le menèrent dans le chœur de ladite cathédrale en chantant le Te DeuTHy où, aiant, selon la coutume, pris possession dans les trois chaires et donné la bénédiction sur le peuple, il se fut reveslir pour dire la grande messe , à la fin de laquelle il fut suivi de tous les dignités et chanoines, ausquels il donna à disner dans sa grande sale.
n se passa durant ce tems-là quelques prises de villes au pais d'Artois, mesmes de messire Jean d'Etouteville, seigneur de Villebon et Senarpont, du maréchal de Termes, de quelques autres seigneurs de condition qui furent pris par le comte d'Egmont. Et bien que le vidame de Chartres eût fait une entreprinse dans le mois de septembre sur Saint-Omer, pour divertir les armes de l'ennemi, il n'en put avoir le contentement, sa menée aiant été découverte.
Vers la my-octobre, le Roi écrivit à Chartres qu'on eût à faire processions et prières fort solennelles pour disposer les
An. 1559. esprits des princes à la paix, qu'il ne put faire pour lors avec TEspagnol quoique leurs députés se fussent assemblés dans Tabbaie de Cercamp sur les frontières d'Artois et de Picardie, à cause du décès de l'Empereur et de la Reine d'Angleterre. Elle étoit pourtant fort avancée, mais la conclusion en fut remise à l'année suivante, et toutes les armées se retirèrent. Elle fut conclue le 3 d'avril au Cateau-Cambrésis, fort au désavantage du Roi, quoiqu'il fût le plus fort. Il fut fort blâmé d'avoir quitté à l'Espagnol deux cens villes et forteresses qu'il avoit conquises durant huit ans avec beaucoup de dépense et de sang de ses sujets. Geste paix fut scellée des mariages de Dom Philippes, roi des Espagnes, veuf de Marie , reine d'Angleterre, avec Madame Elisabeth de France, fille ainée du Roi, qui avoit été promise à Edouard, roi d'Angleterre, du duc de Savoie avec Madame Marguerite, seur du Roi, et de Charles, duc de Lorraine, avec Madame Claude de France, seconde fille de Sa Majesté.
La paix aiant été publiée, chacun espéroit jouir du fruit d'icelle , qui est le repos , mais l'hérésie aiant eu loisir de se glisser dans toutes les provinces du roiaume , durant les désordres delà guerre, privoit de ce bénéfice ceux qui le tenoient tout asseuré , par le moien des divisions qu'elle mit de tous côtés. Comme l'esprit de l'homme se porte à embrasser les nouveautés et ce qui contente plus le sens que l'esprit, plusieurs seigneurs qui ne croioient que ce qui leurplaisoit, se rangèrent facilement du côté de l'hérésie, qu'ils faisoient prêcher hautement soubz prétexte de réformer l'égUse et les supposts d'icelle, en la vie et déportement desquels il se trouvoit véritablement quelque chose à redire.
Les plus simples se laissèrent emporter par l'exemple de ceux qu'ils croioient avoir plus de capacité, et comme parmi le commun peux)le il s'en trouve plus d'ignorants que de bien instruits et qui n'ont de religion que par coutume et allant à TégHse pour ce que les autres y vont, mais sans en sçavoir la raison, plusieurs voiant que des huppés s'étoient rangés sous la secte de Calvin firent de même et délaissèrent la vraie religion de leurs ancêtres, receue dès le tems des Apôtres en l'église catholique, scellée et confirmée par l'effusion de leur sang, pour vivre avec toute la licence et libertinage que permet l'hérésie.
Le Roi faisoil tout ce qu'il pouvoit pour, par le fer et le feu, An. 1559» prévenir ceste gangrène, qui gaignoil les parties nobles du roiaume. Il fit prendre par la Bourdaisière , Dandelot, de la maison de Châtillon, qu'il laissa incontinent aller à la prière du connétable, son oncle. Il écrivit au roi de Navarre qui faisoit prêcher publiquement les ministres en Béarn que , s'il ne vouloit les empêcher , il iroit lui-même avec ime armée pour les faire cesser.
Dans ce diocèse, l'hérésie s'étoit fort avancée dans le Blésois, Vendômois, Dunois et Drouais. Deux malheureux curés la semèrent en leurs paroisses, qui ont été comme la pépinière d'où ceste perverse doctrine a été entée dans la Beausse et dans le Drouais. Ce fut à Varize et Mézières près de Dreux où, grâce à Dieu, elle a été arrachée du premier, et pour l'autre ils se sont maintenus en petit nombre dans le hameau de Marsausseux.
Charles Guillard fut soubçonné de suivre ceste nouvelle doctrine, connue firent Antoine Carraccioli, évêque de Troies, qui mourut ministre à Châteauneuf dans le diocèse d'Orléans; Girard Rouxel, évêque d'Oléron et abbé deQairac, appelé le temporiseur par Calvin, qui avoit été son valet; Jean de Murviel, évêque de Montauban, qui hvra la ville aux Huguenots et s'en alla à Genève où il épouza la dame de BasiUac et se faisoit appeler le baron d'Arblonne; Jacques Spifame, autrefois chanoine de Chartres et depuis évêque de Nevers, lequel devint, comme Ton dit, d'^vêque munier, s'étant retiré à Genève où il print les moulins à farine et y mourut malheureusement, Calvin lui aiant fait coupper la tête sur la pierre de l'autel de la cathédrale, de laquelle ils se servoient avec ignominie, au lieu d'échafaut, pour exécuter les prévenus de crimes, qu'il fit étrêner par cet apostat. Il y en eut encores d'autres qui se peuvent veoir dans les écrivains du tems. Mais je ne peux obmettre Pierre de Brizai, abbé de Saint-Père-en-Vallée de Chartres, lequel quitta son abbaie pour se marier. Beaucoup de bénéficiers firent le semblable, pour épouzer ceste fausse doctrine avec fenune.
Le Roi fit faire une mercuriale où il se trouva quelques conseillers du Parlement qui en étoient imbus. Il les fit saisir par son connétable et les envoia prisonniers en divers endroits et
An. 1559. leur nomma des juges. Tandis qu'on procédoit à l'instruction du procès, arriva le funeste accident de la mort du roi Henri II. Dès le 22 de juin, il avoit marié sa fille aisnée au roi d'Espagne que le duc d'Alve avoit épouzée, comme son procureur, auquel voulant faire passer le tems et aux seigneurs qui l'avoient accompagné, il publia un tournoi, où il étoit un des tenants avec François de Lorraine, duc de Guise, et Hercule d'Est, duc de Chartres. La seconde journée de l'ouverture de ce tournoi qui fut un dernier jour de juin, le Koi s'étant présenté sur les rangs, il envoia une lance au jeune Mongommeri , fils du duc de Lorges, Tun des juges du camp, lui mandant qu'il eût à rompre son bois avec lui. Le Roi, après plusieurs excuses que lui fit ce jeune seigneur, lui manda qu'il vouloit absolumejit qu'il lui obéist. Ce fut bien à la malheur de Sa Majesté, veu que leurs bois s'étant rompus au rencontre contre leurs cuirasses, un éclat de la lance de Mongommeri étant volé par dans la visière de l'armet du Roi, il lui entra par l'œil dans le cerveau si avant qu'il en fut fêlé.
Les nouvelles de sa blessure étant venues à Chartres, on fit processions et prières publiques pour le recouvrement de la santé de Sa Majesté. Mais ce fut trop tard, étant décédé le 10 du mois de juillet, en sa maison des Tournelles à Paris. Son cœur fut porté aux Célestins dans la chapelle d'Orléans et son corps le 12 d'aoust à Saint-Denis en France où il fut inhumé.
Sitôt que le Roi fut blessé , le connétable dépécha un exprès vers le Roi de Navarre qui étoit en Béarn. 11 se rendit incontinent à Vendôme et de là à Chartres, où il arriva le 14 dudit mois et y passa la fête de l'Assomption de Notre-Dame. Etant ce jour-là à la grande messe de la cathédrale, il fut présenté par Jean d'Anger, écuier, procureur de messire Jacques d'Angennes, chevalier, seigneur de Maintenon à cause de dame Isabeau Cottereau, son épouze, un épervier à l'offrande, duquel le Chapitre fit présent au roi de Navarre qui le receut avec beaucoup de témoignages d'en être fort content.
Rouillard, en sa Parthénie, allégorize sur ceste offrande et en dit par où il en sçait. Mais ceste redevance annuelle se fait à tel jour en l'église de Chartres, non pour les raisons qu'il allègue, mais plus véritablement à cause de certain pré assis dans la prébende de Bouglainval , lequel a été baillé autrefois aux
anciens seigneurs de Maintenon en fief aborné à un épervier An. 1559. sain, entier, bien réclamé et prenant proie, que le possesseur dudit pré est tenu présenter ce jour-là à Toffrande, au profit du chanoine prébende régent de ladite prébende de Bouglainval.
Le 19 du même mois, les lices qui sont au marché aux chevaux n'étant que de bois et rompues, le Chapitre de Chartres les fit refaire de pierre, comme elles sont à présent, qui est l'endroit seul de la ville avec le grand four, où ils puissent dresser fourches patibulaires pour Texécution des criminels. Le pape Paul IV étoit décédé à Rome, le jour précédent, et par sa mort le siège vaqua quatre mois.
En ce tems-là, messire Jean des Ursins, évêque de Triguier, demeuroit en son doienné de Saint-Denis de Nogent-le-Rotrou ; messire Charles Guillard qui ne se plaisoit guères en son métier, le pria de tenir les ordres en Téglise de Saint-Laurent dudit bourg, ou en telle autre qu'il lui plairoit, comme il fit les 22 et 23 aoust, et lui donna permission de bénir croix, autels, omemens et faire toutes les autres fonctions épiscopales audit heu.
Le 15 dudit mois, François II, fils aîné du roi Henri II, appelé le roi Daufin , à cause qu'il étoit déjà roi d'Escosse de par sa femme, fut sacré à Reims par Charles, cardinal de Guise, archevêque du lieu. Plusieurs seigneurs ne voulurent assister à ceste cérémonie, témoignant par là leur mécontentement; et ceux qui s'y trouvèrent y complotèrent les dessains qu'ils firent éclater par après. Le sujet du mécontentement venoit de ce que quelques-uns qui se croioient bien près du Roi en furent reculés et ceux de Guise approchés, qui, par ce moien, le possédoient comme le mari de leur nièce, et ne se gouvemoit que par leur conseil. Comme ils étoient grands catholiques, ils ne laissoient approcher de Sa Majesté ceux qui sentoient mal de la religion ou étoient soubçonnés d'hérésie.
Le prince de Condé s'étoit jeté dans le parti des protestants avec plusieurs seigneurs. Antoine de Bourbon, son frère, roi de Navarre, gaigné par les belles paroUes de sa femme, qui faisoit profession ouverte du calvinisme, branloit dans le manche et faisoit espérer aux malcontens qu'il se déclareroit pour eux : n*aiant, à son arrivée de Béarn, étéreceu à Saint-Germain comme il espéroil, mais assés froidement, il crut que, tant que
An. 1559. ces MM. de Guise seroient proches du Roi, il n'y avoit pas grand chose à faire en cour pour lui; après que ses pensions et états lui furent confirmés, il auroit reprins le chemin de Béarn, où il communia et fit la cène avec les hérétiques de Pau , le jour de Pâques, de la main de frère Amaud-Guilhem Barbaste, Carme apostat, qui pour décevoir plus facilement les moins ruzés avoit prêché le Carême audit Pau avec l'habit de cet ordre.
Déplus, le 18 du mois d'aoust précédent, le Roi avoit fait publier im édit par lequel il révoquoit tous les dons, cessions, transports, aliénations et constitutions faites par ses prédécesseurs rois, des membres, portions et revenus du domaine de la couronne, et les incorporoit inséparablement audit domaine, sauf qu ils eussent été faits pour le dot des roines ou des filles de France, pour Tapennage de MM. les enfans du Roi, excepté la duché de Berri avec la seigneurie de Remorantin données à Madame de Savoie, les duché de Chartres, comté de Gisors et seigneurie de Montargis baillés en mariage à Madame Renée de France, duchesse de Ferrare, et autres ; et encores les venditions, aUénations et engagemens à prix d'argent faites par les rois, ses prédécesseurs, pour subvenir à leurs urgentes affaires pour la défense du roiaume.
Cet édit en avoit offensé plusieurs, se voiant obligés, parla teneur et publication dlcelui , de quitter ce qu'ils avoient de ceste nature, et mesmes étant poursuivis dans la rigueur pour le déguerpissement ou restitution par des commissaires qui avoient été choisis et ordonnés pour cet effet. Lesdits commissaires qui étendent volontiers leur commission plus qu'ils ne devroient, voulurent envelopper le Chapitre de Chartres dans ceste déclaration du Roi et firent saisir tout ce qu'il possède à Dreux comme étant autrefois sorti du domaine roial. Mais aiant veu les lettres de finance , qu'il en avoit baillées au comte de Vaudemont, et la main-levée qu'ils en avoient obtenue autrefois, on la leur donna encores ceste-ci. Beaucoup aiant receu pareille grâce, se retirèrent du service du Roi, qui, après son sacre, s'en étoit allé à Blois, où aiant été deuement informé que les hérétiques faisoient leurs conventicules et assemblées de nuit, semoient des cartels et publioient des placards injurieux contre l'honneur de Dieu et des libelles diffamatoires contre celui de Sa Majesté, princes et seigneurs dp sa suite, il fit un édit très-
figoureux par lequel il fut enjoint à tous ceux qui sçauroient An. 1559. les lieux où se feroient telles assemblées, fût de jour fût de nuit, qu'ils eussent à le révéler à justice, à peine d'être punis de la même punition que ceux qui avoient été convaincus d'hérésie.
Il y eut quérémonies à cet effet publiées dans le diocèse de Chartres, dans tout le mois d'octobre, pour avoir révélation contre ceux qui lisoient, chantoient publiquement ettenoient chez eux et portoient à l'église au lieu d'Heures les pseaulmes de David traduits en rithme par Marot et Bèze, censurés par la Faculté de théologie de Paris , et autres formes de prières sans approbation des docteurs ; qui faisoient des assemblées publiques ou secrettes ésquelles on faisoit des leçons de l'Ecriture contre le sens receu en l'église catholique et en langue vulgaire et des disputes de la foi , qui ne doit être qu'une entre des artisans et femmelettes qui, n'aiant aucune science, en détorquoient la vraie intelligence en autre sens que le véritable et les interprétoient ainsi que bon leur sembloit; contre ceux qui enseignoient à leurs escholiers de perverses doctrines , enjoignant à tous dans huit jours après la publication desdites quérémonies de venir à sa satisfaction et de déférer tous ceux qu'ils sçauroient tremper en tels crimes, à peine d'excommunication.
Tant s'en faut que ce procédé apportât quelque lénitif à ce mal présent qu'au contraire il irrita davantage les esprits et porta la plupart du roiaume dans une sédition qui dura longtems.
Ceux qui vouloient brouiller les cartes, encores qu'ils n'eussent épouzé le parti hérétique, si est-ce que poussés de leurs seuls intérêts et de la haine qu'ils portoient à ceux qui gouvemoient l'État, sollicitoient les principaux de ceste secte de mesler les affaires, leur promettant toute assistance de leur part.
La prêche se faisoit aux faubourgs de Chartres , où toutes sortes de personnes se trouvoient indifTéremment et impunément, y aiant des ecclésiastiques tant séculiers que réguliers qui y assistèrent et se déclarèrent de ceste secte.
Le pape Paul IV estant décédé, comme nous l'avons dit cidessus, dès le 18 d'aoust précédent, il y avoit plusieurs conten-
An. 1560. dans à ceste suprême dignité. Raoul-Pie de Carpes , cardinal de Porto et abbé de Coulombs dans ce diocèse; Jacques du Pui de Nice, cardinal-prêtre de Sainte-Marie in via ; Hercules de Gonzagues, cardinal de Mantoue, du titre deSainte-Marie-la-Neuve; Hippolite d'Est, cardinal de Sainte-Marie inAquinOy archevêque de Lion et frère de notre duc, y avoient de grandes prétentions. Pas im ne l'obtint, ains Jean TAnge de Médicis, Milanois, cardinal de Saint-Prisce, frère du marquis de Marignan, qui fut élu le lendemain de Noël, nonuné Pie IV, et couronné le jour des Rois de l'an suivant 1559.
Le Roi étoit à Chambort au Blésois lors de son élection, où il en receut les nouvelles. Philippes, roi d'Espagne, s'en étoit retourné en son roiaume dès le mois d'aoust. Sur la fin de ceste année, le Roi lui envoia Madame Elisabeth, sa seur, son épouze, par le roi de Navarre , le cardinal de Bourbon , son frère, et le prince de la Roche-sur- Yon. Le roi de Navarre et le cardinal la conduisirent jusques à Roncevaux et la livrèrent au cardinal de Burgos et au duc de l' Infantasque ; et pour le prince de la Roche-sur- Yon, il alla avec elle jusques en Castille, où tous les princes d'Italie l'envoièrent complimenter par lettres, desquelles j'ai les originaux.