‹ Histoire du diocèse et de la ville de Chartres (volume 2)Chapitre 22 sur 67 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Continuation du siège de Chartres.

LE iundy 1" jour d'apvril, le guet commença à descouvrir de grand matin, pour ce qu'il faisoit un temps fort clanet descouvert, et recogneu que Tennemy avoit osté cinq des pièces du Marché-aux-Pourceaux, et oyoit des hamoys qui' charroyoient du costé des Filles-Dieu et de Luysant , lesquels néantmoings il ne pouvoit voir à cause des arbres qui les couvroient. Il voyoit aussy plusieurs compagnies, qui venoient du costé de Bonneval; qui l'obligea de descendre, pour en donner advis au gouverneur et autres, qui avoient la direction de la ville, n'ayant osé sonner la cloche du guet, pour ce qu'il luy avoit esté deffendu, dès l'arrivée du Roy au siège, de sonner plus de dix coups, quand il découvriroit quelque chose, sinon à Tassault qu'il debvoit user de plus grande sonnerie. Les ennemys faisoient courir le bruit qu'ils menoient ces pièces de batteries à Aulneau, pour empescher le secours qu'on espéroit de M' de Maienne, mais en effet ce n'étoit que pour amuzer. Aussy le sieur de Grammont , adverty du changement de leur canon, se résolut faire une sortie sur le reste. De faict, estant sorty par la porte de Saint- Michel, s'en alla le long du

fossé à la porte des Espars, assés près des ennemys, où estant An. 1591. 4escouvert par une sentinelle, qui cria : Alarme I fut contrainct faire sa retraitte, en laquelle il ne perdit aucun des siens. Il s'en estonnoit et ne pouvoit se tenir de dire qu'ils estoient de très-malhabiles gens de Tavoir laissé approcher si près d'eux, ^ans le frapper. Peu après, les ennemys picqués de cette bravade, essayèrent à prendre le ravelin de laditte porte des Espars, dont ils feurent vivement repoulsés, quoyqu'avec perte de quatre soldats de la ville, qui ne sont à rien compter au prix des ennemys.

La nuict suivante, on n'oyoit que bruict au camp et chari-oyes. L'obscurité de la nuict desroboit la veue de ce qui s'y passoit; mais le matin on apperceut que le Roy avoit faict trois batteries nouvelles en la vallée, l'une dans le jardin des Filles -Dieu, l'autre dans le clos des vignes de l'évesché de Chartres; la dernière dans les jardins proche du fossé, pour battre près de la herse, par laquelle la rivière sort de la ville, le long du Massacre. Ce qui les portoit à battre par cest endroict, estoit la commodité delà rivière, qui leur sembloit fort basse, mais ils ne pensoient pas que les mouUns qui estoient dans la ville arrestoient Teau, et qu'en levant les lançoirs, on pouvoit Taccroistre de moitié, connue on fit. L'ennemy fit une extrême diligence toutte la nuict, menant son artillerie par Luysant, le long de Pouavilé près de l'Abbaie-de- TEau, le pont de Muret contre le boys de Ver, et de là rebroussant par Morancès, le Couldray et les Chaizes, pour gagner le Petit-Beaulieu, et par derrière Saint-Barthélémy, la Croix-Thibaut, le clos de messire de Chartres et les Filles-Dieu. Arrivés que furent leurs canons, ils les placèrent sur la platte-forme qu'ils avoient faitte derrière les gabions ésdicts lieux, tellement qu'ils furent prests à battre, aussitôt qu'ils peurent mirer nos murailles. Ce fut un suject aux habitants et à la garnison de tourner leurs forces et leurs seings de ce costé-là, sans touttefois dégarnir la muraille, ny le ravelin de la porte des Espars, qui estoit à demy reprins et sappé, principalement pour ce qu'on se doubtoit d'une mine, qu'on craignoit qu'ils fissent jouer durant un assault et qu'ils assaillissent la ville par plusieurs endroicts. Le jom* venu, l'on fut bien estonné, quand on veid touttes ces pièces placées jusques sur la douve du fossé.

An. 1591. Ce jour, qui estoit un mardy 2* dapvril, Tenueini commença à battre la ville du grand matin avec douze ou treize pièces d*artillerie et continua jusques vers midy , qu'ayant faict brèche de quarante toises ou environ, où trente hommes pouvoient se présenter de front, ils cessèrent. Les capitaines disoient qu'ils n en avoient jamais veu de si grande. Au mesme tems que le canon cessa de jouer, soixante soldats ennemys , la rondelle au bras et Tespée à la main, se présentèrent pour recognoistre si la bresche étoit compétente. Us ne s'en retournèrent pas tous pour en dire des nouvelles, veu que le guet les ayant découverts, sonna fort rudement et fit courir un chacun où estoit le danger, d'ailleurs la scopétrie de ce quartier-là joua son jeu, et l'artillerie, qui estoit sur le cavallier de la Prescherie, tira sur eux, qui fit retirer les plus hardis ou moings malheureux et y tua les autres. Ceux qui peurent eschapper, ayant rapporté que la bresche n'estoit encores assés grande ny en estât, ne pouvant y monter sans eschelles et outre qu'il faUoit passer l'eau, l'ennemi recommança sa batterie, qui continua deux heures durant et jusques à ce qu'ils eussent applany ceste brèche et rendue facile à monter, ils la rendirent si basse qu'un homme de cheval y eust peu facilement aller.

Ce que voyant les ennemys, ils se présentèrent à l'assault sur les deux heures, lequel fut aussi furieux qu'il se pouvoit imaginer, et dura jusques à sept heures du soir. Durant l'assault, le Roy battoit la ville de toutte son artillerie, gros canons et scopetterie et les laschoit à rez des tranchées, où estoient les habitants et la garnizon, qui sortoient sur ceux qui se présentoient à la brèche et en faisoient un grand abbatis, puis se retiroient dans leurs retranchements. Cella leur estoit fort facile, estant à couvert du canon et de la scopetterie, qui ne leur faisoit tant de mal que les esclats des pierres et cailloux, que l'artillerie faisoit voler, desquels beaucoup furent blessés. Il y en eut aussy quelques-uns de tuez, mais non en si grand nombre que des ennemys, qui.se voyant vertement soutenus par les habitants à qui la principale gloire en est deue, la garnizon n'allant sur la muraille qu'à regret et par contraincte de leurs capitaines, furent contraints de cedder.

Après la rctraicte, on apperceul dedans vingt-cinq ou trente

corps que Teau n^avoit pu entraîner à cause de la pesanteur de An. 1591. leiu« armes et qui parroissoient être de quelques personnes de condition. Tous ceux qui se présentèrent ne s'en retournèrent pas, estant crevés de coups d'harquebuzes, ou traversés de picques et renversés morts dans le fossé. On ne donnoit loysir à beaucoup d'y parvenir et ceux qui se hazardoient de passer ce fossé estoient à demy-morts, devant que de s'y rendre. L'eau estoit plus haulte qu'ils ne pensoient, et au lieu qu'on leur avoit faict accroire qu'ils n'en auroient qu'à demy-jambes, ou aux genoux, ils en avoient jusques aux aisselles, ou à la ceinture, plus ou moings, suivant leur corpulence et en un temps extrêmement froid, de manière qu'estant venus jusques au pied de la muraille, ils demeuroient transis et n'y pouvoient monter. Plusieurs demeurèrent en cest estât entre les murailles et le fossé jusques au soir, tremblottants de froid et de frayeur, n'osant se remettre dedans l'eau pour se retirer, ny parroistre à cause de ceux de la ville, qui ne les eussent épargnés, non plus que leurs camarades, qui avoient esté estropiés, lesquels ils voyoient languir ou mourir devant leurs yeux : il en mourut plus de trois cens du costé de Tennemy, et y en eut de la ville une centaine ou environ, tant tuez que blessez, entr'autres un religieux de la Mercy, qui estoit principal du collège de cest ordre à Paris, qui avoict fait d'excellentes prédications à Chartres, confrérier de l'Hostel-Dieu; messire Isaac, chaplain de messire Claude Péan, chanoine; un autre prebstre, fils de Mauguin, marguillier de Sainte-Foy ; le sieur Desvaux; Lapierre, gentilhomme du pais du Mayne, parent de messire de Pescheray, lequel eut la teste emportée d'un coup de canon; messire René Bonshommes, dict Bonhomme, receveur du domaine, qui eut semblablement la teste emportée d'une volée de boulet sur le pont du Massacre; Estienne Cordier, dict Pot-de-Fer; Miles Richard, tabellion à Chartres, y fut blessé, dont il mourut; le fils du nottaire Chappet; Bretton, sellier; un cordier de la porte Guillaume et plusieurs serviteurs de chanoines, qui firent fort bien.

La principale force du Roy estoit en son artillerie, de laquelle il tira ce jour-là plus de mil quarante coups, que quelques-uns asseuroient avoir comptés; autres disoient plus de douze, voire plus de quinze cens. Le sieur de Grammont

An. 1591. avoit découvert que le Roy n'avoit que huict cens boulets et en attendoit encores autant, qui revenoient en tout à seize cens, d*où il est facile de sçavoir combien il en pouvoit rester, et combien il bnisla de pouldre, à raison de vingt livres pour chasser chaque boulet.

Le soir estant venu, et que les canoniers du Roy eurent perdu visée, ceux de la ville se bazardèrent au clair de la lune de desloger du pied de la muraille ceux du contraire party, qui s*y estoient tapis, n'ayant osé paroistre sur la brèche et ayant trouvé lieu propre pour les tirer, ils les contraignirent de repasser Teau, que peu, la pluspart ayant été tuez, blessés ou noyés. Entre autres en fut prins un natif de Périgeulx, lequel ayant esté entraisné dans la ville, ne voulut jamais ouyr parler de Dieu ny des sacremens, et estant mort en langueur, fut enterré, veu qu'il n'avoit voulu se convertir, dans les tranchées du Massacre. Le Roy y perdit quantité de bonshommes, outre le commun, ainsy qu'on le pouvoit recognoistre à leurs habits. Le sieur du Fay Bel-Esbat , le frère du sieur du Four, chancelier de Navarre, y furent tués, ce dernier près son frère, et plusieurs seigneurs de condition, desquels on n'a pu sçavoir les noms.

Pour les fortifications, qui estoient dans la ville, il est besoing de sçavoir que, sitost que le capitaine de la Croix veid que l'ennemy y menoit son canon vers les Filles-Dieu et autres Ueux prochains, il emploia force monde pour fortifier le dedans de la ville de ce costé-là. Ce qui fut assés aysé à faire, à cause que, dès le siège de 1568, il y avoit des tranchées conunancées et quantité de terre contre la muraille, pour la terrasser, ne restant tout au plus qu'à parfaire ce qui avoit été commancé. La muraille de soy estoit fort bonne , bien qu'elle n'eust que de six à sept pieds d'espoisseur, mais de bonne matière, comme est toutte Tancienne, et peult-on bien le croire, puisquelle soustint plus de huit cens coups de canon, auparavant que d'en faire la brèche. Il est vray que l'ennemy taschoit de la faire la plus large qu'il pouvoit, pour venir en plus grand nombre de front, mais la terrasse qui estoit derrière, d'espoisseur de quinze à seize pieds, la renforçoit beaucoup. On y fit deux tranchées, pour couvrir les soldats de l'artillerie ennemie qui tiroit sans cesse, et aux deux bouts y avoit deux espaules

ou terrasses qui commandoient par dessus la brèche et le fossé, An. 1591. et derrière ladite terrasse y avoit encores une tranchée beaucoup plus creuse que le fossé de dehors, dans laquelle Teau de la rivière regorgeoit, et estoit plus que de la hauteur d un homme , qu'on pouvoit encores rehaulsser en bouchant les herces, conmie Ton conmiançoit à faire. Car, dès devant Tassault, on avoit arresté Teauaux moulins de Saint-Père, pour la faire aller par devant le fossé de la ville, ainsy qu'il est fort facile en levant l'escluze, qui est près le Pont-qui-tremble , entre ce pont et la muraille, qui firent que les assiégeants trouvèrent l'eau beaucoup plus haulte qu'ils ne s'attendoient, quand ils vindrent à Tassault, de manière que, quand le Roy eust gagné la brèche, il n'eust rien fait par le moien de ceste tranchée qui Teust arresté. On en conunançoit encores ime pareille à la première, de vingt-cinq ou trente pieds de largeur, qui les eut bien empeschés. Ceux de la ville estoient dans la première tranchée, à la pointe d'icelle, et les soldats du sieur La Croix, avec quelques habitans, estoient dans la seconde. D'un costé, en Tune des espaules s' estoit logé le sieur de la Patrière et ses gens qui , au commancement, se vantoit que dix de ses soldats valoient mieux que quarante de la ville qui ne serviroient que de nombre. Ce qui cuida causer de la rumeur entre ceux delà ville, qui ne pouvoient supporter ce mépris, que ledict sieur de la Patrière répara après Tassault, disant aux habitans qu'il falloit qu'il leur accolast la cuisse et qu'il falloit qu'il confessast qu'ils valoient la moitié mieux qu'il ne pensoit. En l'autre espaule estoient les gens du sieur de Grammont et ceux du feu sieur de Pescheray avec ceux du sieur de la Bourdaizière, lesquels deux seigneurs estoient derrière, pour les conunander. Toutes ces compagnies firent si bien leur debvoir que la victoire leur demeura avec grand perte des ennemys.

Tandis que l'assault dura, on porta tant de vivres et à boire aux soldats, qui estoient en faction, pour les encourager et donner force à se deffendre, que le sieur de Grammont fut contrainct d'empescher qu'on n'y en portast davantage, pour ce qu^il y en avoit qui conmiançoient à se troubler à force de boire. Un capitaine, appelé le Laurier, ayant receu un pot de confitures de son hoste, en fit présent au sieiu* de Grammont,

An. 1591. lequel, ayant mangé ce qui estoit dedans, jetta le pot aux ennemys par bravade, pour se mocquer d'eux.

Aussy le Roy, recognoissant qu'il ne pouvoit avoir Chartres par famine, taschoitTavoir de force. Il faisoit à cet efifect battre la ville durant Fassault de la brèche, du costé de la porte des Espars contre le ravelin , qu'il désiroit emporter avec tant de passion. Il n'y gaigna non plus qu'à la brèche, y ayant du monde en iceluy, pour recevoir ceux qui s'y présenteroient, et d'autres pour les soustenir et rafraischir, s'il en estoit besoing. Il n'y avoit plus de gros canons de ce costé-là, qui rendoit les gens plus hardis pour tirer sur les ennemys et en venir aux prinses avec eux, desquels ils tuèrent dix ou douze. Les soldats se firent riches des despouilles des gens du Roy , et y en eut un entre autres, qui se vanta qu'ayant payé l'escot de ses compagnons, il lui restoit plus de huict cens escus, qu'il avoit trouvés en despouillant un de ce party, qui avoit été tué.

Le soir estant venu et l'emiemy s' estant retiré, les bourgeois portèrent à souper, chacun à son hoste, ou à ses gens, sur la muraille, où ils couchèrent. On fit commandement cependant de marcher aux remparts à tous ceux qui pouvoient travailler, pour réparer la brèche avec sacs et terrasses, pour estre à couvert du canon, à refaire les tranchées qui estoient derrière qu'on eust peu faire tout à loysir. Et combien que le sieur de Grammont y fust toujours présent, et feist tout debvoir de brave capitaine, il n'en peult estre le maistre. Le lendemain, on leur flst bien recognoistre la faulte qu'ils avoient faicte.

Dès le conunencement de l'assault, les sieurs deGrammont et de la Bourdaizière envoyèrent au Chapitre, curez et monastères, pour faire prières pour heureux succez de leurs armes et ceux de la ville. Ce qui fut exécuté par touttes les églises et particulièrement aux cryptes de la grande, où plusieurs furent jusques à minuict, d'autres jusques au jour. Ceux du camp du Roy passèrent ceste nuict avec im grand silence, et n'y eut que quelques canoniers, qui, oyant du bruict dans les fossés, où quelques soldats de la ville estoient descendus pour achever de tuer les blessés de l'ennemy et les dépouiller, tirèrent quelques coups perdus et sans efiect.

Le lendemain mercredy 3 d'apvril , auquel on ne tira point du tout, il se sauva un honune de Voves dans la ville,

qui donna advis, que le Roy vouloit encores l'attaquer par les An. 1591. herses de la Courtille. Ce qui servit à confirmer celuy qu'avoit donné Sotteau, quelques jours auparavant, et avoit esté cause qu'on y travailloit pour la fortifier contre la batterie du canon , et que ceste nuict on se tint sur ses gardes.

Le jeudy 4, le sieur de Chastillon se présenta à la brèche et demanda à parlementer. La première chose qu'il demanda fut la permission d'enlever leurs morts pour les faire enterrer. On ne voulut luy refuser ceste action d'humanité, mais on ne voulut que ceux du camp du Roy approchassent si près de la muraille, craignant que, soubz ce prétexte, ils ne vindrent recognoistre la brèche, pour venir plus hardiment à l'assaut. On leur bailla à cet effect des hommes de la ville, qui descendirent dans les fossés et leur en reportèrent quelque trente, en ayant laissé environ une vingtaine, pour estre lapasture des poissons. L'on en avoit despouillé quelques-uns, auxquels on avoit laissé de gros diamants et anneaux d'or aux doigts, lesquels néantmoings on ne peult recognoistre, à cause qu'ayant esté dans Teau, leurs visages s'estoient bouffis et enflés, de manière qu'on ne peult sçavoir qui ils estoient. Le Roy en fit rechercher qu'on n'a sceu ce qu'ils estoient devenus. Tandis que le sieur de Chastillon estoit occupé à la recherche de ces corps, le sieur de Longueville qui estoit sur la muraille de la bresche luy dict: « Ainsy vous vous esbattez, messire de Chastillon! » Auquel il répondit: « Ainsy vous vous mocqués, seigneur de » Longueville, mais, devant qu'il soit demain nuict, nous vous » donnerons un pareil esbat et vous mettrons en mesme peine. » A quoy Longueville luy répartit : a Ce sera beaucoup si le pouvez » faire. Vous n'y estes pas encore. » D'où Ton présumoit que ledict sieur de Chastillon n'estoit venu que pour recognoistre la largeur du fossé, qui estoit à demy-remply des matériaux de la bresche, qui estoient tombez dedans et Testât de laditte bresche, qui n'estoit à demy réparée, pour y donner un autre assault. Mais, à dire vray, l'ennemy estoit aussy las et recreu que les nostres, et ayant trouvé la résistance qu'il ne s'attendoit, estoit bien empesché de sa contenance. Le sieur de Chastillon s'estant enquis des sieurs de Granmiont et Longueville de ceux qui avoient soustenu l'assault» et luy ayant esté répondu que ç'avoit été les seuls habitants soustenus par la garnison^

An. 1591. qui n'y avoit rien faict, et que les femmes estoient si com^geuses qu'elles soustiendroient un autre assault, quand on le vouldroit donner, dist que les soldats du Roy n'estoient que des poltrons au prix des Chartrains, qui s'estoient montrés très- vaillants et gens de bien; que, si les leurs eussent eu autant de courage, ils feussent saultés, la teste baissée sur la brèche, et eussent bien empesché les assiégés. Et, comme on luy eust dict qu'il falloit chasser les soldats du Roy à Tassault à coups de baston : « Tant s'en fault (dit-il en riant) ; c'estoit » pour les retenir: Ils estoient si eschauffés que, si on n'eust » réprimé leur fougue, ils se fussent précipités malgré leurs » capitaines. » Au partir de ce parlement, le sieur de Chastillon dist aux capitaines : « Adieu, Messieurs I la fin couronne l'œuvre. » Le Roy a encores mille boulets à tirer, puis il en attendra » d'autres, » comme s'il eust voulu menacer d'un second assault.

Dès lors , à la solUcitation du capitaine les Monts, qui disoit qu'il n'eust pas donné un festu de ce qu'on avoit faict à la brèche, si le fossé n'estoit curé et la brèche mieux réparée, le sieur de Grammont y arrivant, le soir en garde, y arresta cent hommes de village, pour y faire travailler toutte nuict; ce qu'il fit au mieux qu'il peut, faisant curer le fossé et oster les descombres et réparer la brèche avec des sacs plains de terre, et qu'il la mist en estât de deffense contre les ennemys qui ne ' pouvoient plus venir à l'assault qu'avec escalade. Les capitaines et soldats disoient n'avoir jamais veu telle brèche et que ceux du Roy avoient perdu l'occasion de prendre la ville, qu'ils ne pouvoient recouvrer, veu qu'un soldat, comme l'on dict d'ordinaire, ne va jamais deux fois à l'assault, d'autant que, ou il y demeure, ou s'il en réchappe, la crainte des coups et du danger le retiennent d'y retourner. Les habitans forent aussy commandés de faire le mesme , dont ils s'acquittèrent fort mal. Il sembloit auparavant que la bresche eust esté faicte, qu'ils deussent couscher de leur reste pour la deffendre, comme ils le firent de faict, mais la voyant si grande, ces chaux bouillons commancèrent à se refroidir, et la crainte, ayant ravalléleur courage, les tenoit comme engourdis, et pour ne réparer ceste ruine, qui pouvoit estre cause de la leur, du sac et du pillage de leur ville. La perte que la plus part avoient faicte à l'assault

de leurs parents ou amys les avoient tellement consternés et An. 1591. abbattus qu'ils n'avoient plus que des larmes pour respendre pour eux, et plus d'armes pour la conservation du reste. Tout leur soing estoit employé à rendre les derniers debvoirs aux deffuncts, sans penser aux vivans. Ils voyoient Fennemy faire de nouvelles tranchées pour venir à couvert àl'assault, qui eust deub les exciter à faire le semblable , pour réparer la bresche et iuy oster le moyen et le courage de s'y présenter ; mais cest aiguillon n'estoit assés puissant pour les esmouvoir. D'un autre costé , la division s'estoit fourrée parmy les habitans. Ceux qui avoient quelque chose à perdre eussent bien voulu qu'on eust traitié avec le Roy, pour se mettre à couvert du pillage. Ceux qui n'en avoient pas tant conclurent à se défendre, et cependant rien ne s'advançoit. Il arriva encore par la malice de ceux qui avoient charge de lapouldre, que les soldats n'en pouvoient avoir, faisant courir le bruit qu'il n'y en avoit plus, pour obliger les habitans à se rendre , combien que , comme leur soutint Mitouard, greffier de Loên, il y en avoit encores plus de huict milliers, qui n'avoient veu lune ne soleil de longtemps. Ce qui se recongneut après la reddition de la ville, laquelle en fit présent de grande quantité à Sa Majesté.

Devers midy de ce jour, le guet descouvrit une grande cavallerie avec quelques troupes d'infanterie qui se rendoient à Saint-Cheron. Comme les Chartrains sont sujects à avoir des imaginations, ils se mirent en fantaisie que c'estoient des Reistres et Gascons, qu'on faisoit venir pour donner un second assault; d'autres pensoient que l'ennemy eust levé quelquesunes de ses pièces pour conduire à Aulneau, qu'ils asseuroient ouïr battre, encores qu'il n'y en eust rien. Ces troupes estoient celles du sieur Denys Maillod, gentilhomme normand, qui les amenoit au Roy.

Le vendredy 5, les ennemys ne tirèrent que six ou sept coups , dont ils frappèrent l'église de Saint- André , qui fut endoHMnagée, sans qu'il y eust personne de blessé. Le soir, le capitaine la Croix entra en garde à la bresche, d'où il leva le sieur de Granamont, qui y avoit esté vingt-quatre heures. Après avoir posé ses sentinelles, il dist à plusieurs de ses soldats et des habitans que, si on le vouloit croire, le Roy n'entreroit point dans Chartres , qu'il voyoit bien que les seigneurs et ca- IV. 16

An. 1591. pitaines ne demandoient qu'à capituler, mais que c'esloit plus la craincte qu'ils avoient de perdre leurs biens, que du danger de la ville ; que , s'ils estoient si peureux , ils n*av6ient qu'à se retirer et qu'il se faisoit fort de la deffendre avec les habitans et ceux de sa compagnie, qu'il croyoit assés forts pour ce faire. De faict, après la reddition de la ville, Sa Majesté ayant recongneu les forces et deffenses qu'elle avoit, s'estonna comme on la luy avoit si promptement rendue. On tiroit tousjours quelques coups perdus de ce costé-là, durant la nuict, pour empescher les assiégés de travailler à la réparation de la bresche, desquels pas un ne fut offensé.

Le samedy 6 dudit moys , l'on s'apperceut que Tennemy travailloit à faire quantité d'eschelles de bois , et à amasser des ais, soict pour donner l'escalade, soit pour jétter lesdits ais sur les échelles pour en faire des planches à passer le fossé à pied sec. Le Roy fit tirer encores quelques coups de canon en ruine contre la bresche, et ne se passa heure qu'on ne tirast de part et d'autre. Cependant on travailloit fort aux herses de la Courtille où on s'estoit résolu couler quelques chalants ou batteaux de travers la rivière , le long desdites herses, pour y loger des mousquetaires à couvert de l'artillerie du Roy et des mousquets, pour battre en flanc ceux qui vouldroient venir à Tassault, si on le donnoit de ce costé-là, comme le disoient les assiégeants, qui menaçoient ceux de la ville de faire mainbasse sur eux. Au soir, sur les huict heures, le Roy fit tirer trois coups de canon contre ceux qui travailloient à la bresche, au clair de la lune, et contre les murailles, que les assiégés furent contraincts abandonner, de crainte d'estre ensevelis soubz les ruines d'icelles, contre lesquelles, en 24 heures, fut tiré plus de quarante coups de canon, et contre l'église de Saint- André et maysons voisines, qui en furent beaucoup endommagées.

Le dimanche des Rameaux, 7« jour d'apvril, on s'apperceut que le Roy avoit fait lever deux de ses grosses pièces de devant la bresche, et les avoit fait mener à la porte des Espars, où ses gens estoient encores dans le ravelin , et desquelles pièces ils tirèrent deux volées durant les messes de paroisse et durant la procession, qui se fit seulement dans l'église Notre-Dame, où la croix fut baissée dans la nef. Il s'éleva aussy le mesme jour

une grande rumeur que le sieur de la Bourdaizière dressoit de Ati. 1591. nouveaux articles pour rendre la ville au Roy, et principalement qu'il avoit desjà le jour précédent introduict un parent de sa femme de la maison du Bellay, qu'on appelloit Roy ou Prince d'Yvetot, lequel mourut peu de temps après en la paroisse de Sainct-Michel. Ce qui descouragea grandement les habitans , se voyant comme abandonnés de leur gouverneiur, qui ne sembloit demander autre chose que capituler avec Tennemy, pour se tirer du perd et les laisser, comme on dict, en Tembasche. Mais ce qui les abattit davantage fut que les lettres , que leur escrivoit le sieur de Faulcon, qui estoit à Dreux et les avoit faict avaUer à ses laquais , de craincte qu'elles ne fussent interceptées, et qu'il fallut attendre qu'ils les eussent vuidées, ne donnoient aucune espérance de secours. Les sieurs de Réclainville et la Croix seuls tenoient bon , représentant que le Roy estoit bien autant en peine que ceux de Chartres, pour la perte qu'il avoit faicte de ses munitions et des plus braves hommes qu'il eust. Quoique cela fust véritable, on ne le sçavoit pourtant si asseurément qu'on l'a faict depuis, et estoit tellement hors d'espérance de prendre Chartres, qu'il avoit arresté de lever le siège, sans le sieur de ChastiUon, qui lui conseilla d'attendre et d'avoir patience. Dès la nuict, il fit ses approches au pied de la muraille et dressa un pont de boys sur la rivière qui passe le long de la bresche, et, pour n'en estre empesché, tira dix -sept coups de canon, qui toutesfois n'offensèrent persomie.

Le lundi 8 apvril, ceux de la ville furent bien estonnés, quand ils veirentce pont, par lequel les soldats pouvoient venir à couvert jusques au pied de la muraille, de dessus laquelle ils tiroient avec des crochets les sacs de terre qui estoient sur la bresche et lesfaisoient tomber dans le fossé, qui n'estoient toutesfois considérables , si les chefs et capitaines eussent eu assés de courage pour résister. Ils avoient assés de munitions de guerre et autant de bouche qu'ils en eussent pu désirer; ils n'avoient besoing que d'hommes pour les rafraischir aux occasions. Il est vrai que tous ces advantages n' entroient en aucune considération à des gens qui avoient paour et le jugement préoccupé de la crainte. Qui fit que le sieur de la Bourdaizière, suivant la résolution de quelques-ims de la garnison et du maire Sui-

An. 1591. reau, envoia vers Sa Majesté lui présenter certains articles, peu différends de ceux qu ils luy avoient déjà faict porter cydevant : le sieur de Grammont et Tadvccat du Ru , naguères maire, les lui présentèrent. Le Roy les ayant leus, les deschira et dist qu'il entendoit qu'il y eust exercice de deux religions par tout le baillage de Chartres, qu il vouloit y mettre un gouverneur à sa dévotion et qu il ne vouloit donner aux assiégez plus de huict jours pour se rendre , pendant lesquels ils pourroient aller trouver le duc de Mayenne à Chasteau- Thierry ou àSoissons, pour renoncer au serment qu'ils lui avoient faict, en jurant la Ligue : qu'il promettoit au sieur de Grammont, qui s'estoit jette dans Chartres, plus par rencontre que par desseing, passe-port et sauf -conduit , pour aller avec sa compagnie où bon lui sembleroit.

Ce dernier article donna suject à quelques mutins de dire que ledict sieur de Grammont avoit vendu la ville et que ç*avoit esté le Roy qui Favoit envoyé exprestement dès le commencement du siège, pour la luy faire rendre, et que toutes ses allées et venues vers le Roy n'avoient esté que pour mieux couvrir sa fourbe et qu'il y avoit longtems qu'on avoit descouvert ceste menée. Le despit et la defliance donnent d'estranges imaginations et confondent tellement le jugement que, sans faire réflexion sur le passé, on défère plus à sa passion qu'à la raison. Ce seigneur estoit venu à Chartres de son propre mouvement, pour ne tomber es mains du Roy, estant de contraire party. Il avoit soutenu le siège, où il n'avoit espargné sa personne, tant à la defiense de la ville, que du ravelin et es saillies faictes sur l'ennemy, sur lequel il avoit tousjours remporté quelque ad vantage. Et, d'ailleurs, ayant espouzé la fille de Madame de Mayenne et estant en bonne intelligence avec son beau-père, quelle apparence y a-t-il quil eust voulu trahir la ville de Chartres ? c estoit mal recognoistre l'assistance qu'on avoit receue de luy, de le blasmer d'une chose , où la présomption est du tout au contraire. Mais telles sont les récompenses des communaultez de rendre mal pour bien.

Parmi ces grabuges, le Roy rehaussoit ses espérances du rabaissement des assiégés, et, considérant leur négligence, ne laissoit perdre tems à ses gens, qu'il tenoict tousjours à la sappe du ravelin et en haleine pour la bresche , ayant ce jour-là

tiré quinze ou seize volées de canon contre Tun et l'autre. Ceux An. 1591. ^e la ville, voyant qu'il ne restoit plus guères dudict ravelin, presque tout prins par Tennemy, qui avoit faict planter devant quatre pièces pour le battre , résolurent de l'abandonner. D^autre costé, le capitaine la Croix et autres se mocquoient du pont que le Roy avoit faict dresser pour venir à la bresche. Ils avoient quelque raison, d'aultant que les soldats ne pouvoient venir que deux de front à Tassault ; on les pouvoit tirer de mesme qu'ils s'y présentoient , ne pouvant y aller par ailleurs. Et, quand bien fussent montés sur la bresche , ils n'eussent rien faict, à cause des tranchées qui estoient derrière, qui les eussent arrestés court. Aussy, ledict capitaine La Croix s'offrit de deffendrela bresche avec les habitans, ayant recongneu leur courage et bonne volonté. En quoy il fut espaulé du sieur de Réclainville qui s'estoit trouvé en beaucoup de belles occasions, lequel disoit n'avoir jamais veu de chose mieux débattue en guerre, qu'au siège de Chartres, sans avoir secours et veu le peu de garnison qui y estoit.

Quoyquetout cella fust véritable et plausible, personne cependant ne les voulut gouster ; au contraire, le sieur de la Bourdaizière, ayant receu lettres du Roy, contrefeisant l'estonné, fit assembler le corps de ville pour prendre résolution de ce qu'ils avoient à faire. Le bruict commun estoit que ce qu'il en faisoit n'estoit que pour faire perdre l'opinion qu'on avoit de luy et du sieur de Grammont, qu'ils vouloient vendre la ville au Roy, duquel ils avoient mesmement touché de l'argent. En ceste assemblée fut remonstré que, l'affaire estant de trèsgrande conséquence, comme y allant du bien ou du mal des habitants , elle méritoit bien une délibération générale de tous les corps de la ville. Ceste opinion l'ayant emporté, l'afikire fut remise au lendemain.

Le Roy ne laissoit cependant de continuer ses approches à la bresche. Ce que voyant, le sieur de Grammont fit commandement à tous sur peine de la vie d'aller travailler aux remparts et autres fortifications et réparations de la bresche.

Le mardy 9, y eust assemblée du clergé, le matin, pour délibérer de ce qu'ils avoient à faire. M' de Chartres se tenoit clos et couvert et ne parloit librement , pour n'oflenser le Roy et rejetter loutte la faulte, (^ui se trouveroit, sur le clergé. De

An. 1591. faict, il estoit soubçonné d'avoir intelligence avec quelques officiers du Roy, entre autres avec M' le chancelier Hurault, qui avoit espouzé sa sœur. Ce qui avoit quelque vraisemblance, veu que certaine femme de Mainvillier, aiant esté prinse durant le siège , comme elle apportoit quelques denrées pour vendre à la porte de Chastellet, auroict dict qu elle avoit charge d'ad vertir ledict seigneur de Chartres, qu'il se thit dans sa maison avec ses amys durant Fassault, et qu'ils n'auroient point de mal, et qu'il yflst retirer certains habitans, qu'elle nommoit, pour éviter la furie du maupiteux soldat, si la ville venoitàestre reprinse. Ce qui fut confirmé par l'événement, d'autant que ledit seigneur s'enferma durant l'assault dans sa maison épiscopale avec M' Louis Boucher, doyen , Jacques Mestivier, archidiacre de Bloys et depuis soubz-chantre, et autres ses amis, tant ecclésiastiques que laïcs, dont il fut fort blasmé, préférant sa conservation et de quelques particuliers au salut des âmes de ceux qui exposoient leurs corps et leurs vies pour la deffense de la ville , ausquels il ne pourveut de personne pour les assister en ce doubteux passage. Et n'eust esté un Jésuitte, avec un sien compagnon nonuné Mahault et quelques Cordeliers, qui s'y présentèrent charitablement, pour assister les blessés et mourants, ils feussent morts sans penser à Dieu, sans confession et absolution.

Mais, pour revenir à ceste assemblée du clergé, il y fut résolu qu'on ne pouvoit se rendre au Roy, tant qu'il feroit profession d'une religion contraire à la catholique, apostolique et romaine. Le clergé fit trouver avec ses députés frères Marin Patieu, cordeUier, Jehan Meingant, jacobin, un Minime et un Jésuitte, qui preschoient à Chartres, en l'assemblée de ville, pour remonstrer aux gouverneur et habitants , qu'ils ne debvoient consentir à se rendre et se remettre soubz l'obéissance d'un Roy hérétique , qui pourroict forcer leurs consciences à embrasser une religion contraire à celle qu'ilz professoient, comme il avoict esté faict en Angleterre. Ils ne manquèrent de paroles ni de raisons pour les induire à se tenir fennes en leur première résolution , mais ils n'eurent assés d'éloquence pour le pereuader à des personnes faiUies de courage. Car, combien que, du commencement, chacun se montrast fort zélé à la deffense de la ville , un respect humain les porta à se résouldre

de se rendre et de se remettre du tout au sieur de la Bourdai- An. 1591 zière, leur gouverneur, pour faire telle capitulation qu'il luy plairoit avec sa Majesté. Il estoit venu en laditte assemblée tout armé, menaçant les habitants que, s'ils ne se rendoient promptement, il les quitteroit là et s'en iroict. Le sieur de Grammont ne parloit pas de mesme , s'olïrant à faire tout ce que les habitants voudroient. Plusieurs estoient d'advis qu'on le retinst et qu'on laissast aller ledict la Bourdaizière. Le capitaine La Croix disoit tout hault qu'on les laissast aller tous deux , et que luy avec sa compagnie et les habitans garderoient bien la ville. Tout cella ne servit que pour augmenter la division qui estoit entre les habitants , lesquels enfin résolurent à se rendre.

Ce nonobstant, sur le midy, le guet sonna l'alarme, ayant aperceu quelques soldats sur le pont pour aller à la bresche , lesquels tiroient les sacs plains de terre qui la bouchoient et les faisoient tomber dedans le fossé. Il y courut plus de douze cens honunes bien armés et délibérés qui trouvèrent le capitaine La Croix et ses gens , qui à beaux coups de mousquet repoulsoient ces soldats et jonchoient le fossé de leurs corps et faisoient ce qu'ils pouvoient, pour mettre le feu à ce pont, ce qu'ils ne peurent exécuter ceste fois. Pendant ce conflict, l'ennemy tira dix-huict coups contre la bresche, de l'un desquels vola un boulet dans le Massacre, qui tomba entre quantité de monde, sans faire mal à aucun. Et les assiégeans tentèrent un assault lanuict ensuivant, par ce pont, dont ils furent vaillamment repoulsés avec perte des leurs, quoyque du camp on lirast touttes les grosses pièces.

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