‹ Histoire du diocèse et de la ville de Chartres (volume 2)Chapitre 24 sur 67 · III. Que lesdicts habitaats ne seront aucunement recherchés · texte numérisé non relu

III. Que lesdicts habitaats ne seront aucunement recherchés

poursuivis, ny travaillés en leurs personnes et biens, de ce qui An. 1591. a esté faict par eux durant la guerre, par hostilité ou pour faict de guerre.

IIII. Ceux desdicts habitants, qui vouldront sortir de laditte ville, le pourront faire, chevaux, armes et bagues sauves, et se retireront en tel lieu que bon leur semblera. Les femmes des absents, demeurant en laditte ville, jouiront de leurs biens, si leurs marys sont retirés es ville de l'obéissance de Sa Majesté et vivants selon ses édits , et encores que leurs marys fussent en ville rebelle lesdittes femmes jouiront des biens appartenant à icelles.

V. Sa Majesté accorde main -levée à tous les habitants de laditte ville , pour en jouir du jour que Sa Majesté entrera en icelle, sans que Ton puisse répéter sur eux ce qu'ils pourroient avoir receu de leur revenu, rentes et possessions.

VL Saditte Majesté, n'ayant accordé le titre d'aucuns bénéfices, veult que les titulaires en jouissent, comme aussy tous les ojfficiers qui sont en la ditte ville, pourvu qu'ils demeurent en icelle et soient ses serviteurs.

VIL Le Roy accorde aux dits habitants huict jours de temps, pendant lesquels ils pourront envoyer deux des habitants d'icelle devers le duc de Mayenne, pour luy faire entendre la présente capitulation, et si, durant ledict temps et dans le jeudy 18 de ce mois, vient avec une armée et qu'il contraigne Sa Majesté de lever le siège, en ce cas les dicts habitants demeureront quittes de la promesse qu'ils font de se remettre dans le dict jour, iceluy passé, en l'obéissance de Sa Majesté. Et pendant ledict tems ne se fera aucun travail d'une part ni d'autre. Aussy y aura cessation d'armes. Pour cet effect. Sa Majesté pourra mettre deux hommes, qui luy feront entendre s'il s'y en faict aucun. Sera aussy permis auxdicts habitants de tenir deux hommes hors la ditte ville , pour veoir, s'il se fera quelque travail qui leur soit préjudiciable, pour en faire plainte à Sa Majesté.

Vin. Sa Majesté accorde que, si pendant lesdicts huict jours, il entre quatre cens honunes de guerre d'une fois en laditte ville, pour les secourir, en ce cas, Saditte Majesté les décharge de laditte promesse. Faict au camp devant Chartres, ce 10* jour d'apvril 1591.

An. 1591. Ces articles, ayant esté communiqués aux chefs, capitaines et bourgeois, ils furent signés de quelques-uns, non de tous : les sieurs de Réclainville, la Pinelière et le capitaine La Croix refusèrent les soubscrire et dirent hardiment au sieur de la Bourdaizière que , s'il avoit peur, qu'il ne laissast de s'en aller et qu'ils garderoient bien la ville sans luy. Toutcella ne fut que parolles perdues, d'autant que le sieur de Grammont porta lesdicts articles ainsy signés au Roy, qui ne garda sa parolle , selon qu'il estoit porté par le VIP article, que tous actes d'hostilité cesseroient de part et d'autre, veu que les assiégeants ne laissèrent de tirer leurs canons tout le jour à diverses reprises, mesmement tandis que le sieur de Granunont fut au camp. Ce que voyant, le capitaine La Croix mit le feu au bout du pont de l'ennemy, lequel s'estant mis en debvoir de l'estaindre, en fut repoulsé par les assiégés, qui jettèrent force paille sur ledict pont avec huile, bombes et grenades, qui bruslèrent tout ce qui estoit proche de la muraille et le rendirent inutile. Il y eut un fort combat et long, auquel plusieurs demeurèrent tant de part que d'auttre. De ceux de la ville, le capitaine la Porcherie et son lieutenant y furent blessés. Messire Mathurin du Chesne, curéde Coltainville, y eut un bras emporté, dont il mourut huict jours après : Claude Quedarne et im nommé Médard Bouchard, nepveu de maistre Médard de Besz, chanoine de Chartres, et quelques peu d'autres habitans.

Le jeudi il, qui estoit le jeudy absolu, les sieurs de Grammont, la Patrière et Rochambauld , le capitaine la Borde, le maire Suireau et l'esleu Pastey aUèrent vers le Roy pour ostages du costé de la ville. Et au mesme tems, les sieurs de Longueville, lieutenant du sieur de Granamont, et le sieur de la Gaignerie avec un nommé Duhan, députtez de laditte ville, partirent pour aller trouver le duc de Mayenne , et luy porter les articles de la capitulation, auxquels M. Jehan Salmon, chanoine de Chartres , s'adjoignit volontairement et fut avec eux. Ayant eu audience du duc de Mayenne , ils luy représentèrent Testât auquel estoit la viUe de Chartres, abandonnée de son gouverneur et des garnisons, pressée de l'ennemy qui y avoit faict une grande bresche, par laquelle il eust pu entrer, n'eust esté la résistance qu'ils avoient faicte , la division qui estoit entre les citoyens, le peu de monde* qu'ils estoient pour tenir, longue-

ment, et que, s'il ne pourvoyoit à leur envoyer du secours, ils An. 1591. seroient nécessitez de se rendre dans le jour préfixé par la capitulation.

Sy le duc estoît empesché, le Roy ne Testoit pas moings. Il faschoit fort au duc de perdre Chartres, qui portoit coup à son party : le Roy appréhendoit de Tavoir pas, pour ce qu'elle estoit comme le coup de partie et la porte par laquelle il pouvoit dire qu'il entroit dans son royaulme et le rendroict paisible, car, ayant Chartres, il tenoit la clef de Paris, Rouen, Orléans, le Mans, de TÂnjou et de la Bretaigne. n estoit jour et nuict à cheval, pour donner ordre qu'il n'entrast du secours dedans Chartres, et estoit si harassé de travail qu'il se coucha au miUeu de la campagne et fit mettre un de ses pages de son long pourluy servir de chevet ou oreiller, pour reposer quelque peu. U fit si bien son affaire que le duc de Mayenne n'ayant envoyé secours, ny les députés n'estant retournés à jour dict, les garnisons se tindrent prestes pour desloger, et les habitants pour se rendre. Le clergé de la ville et banUeue s'assembla en la grande salle de Tévesché, pour délibérer de ce qui seroict à faire en la réception de Sa Majesté entrant dans la ville et commit maistre René Percheron, chevecier, et Florent Mathieu, chanoine de Chartres, pour aller saluer de sa part M. le chanceUer et entendre de luy l'ordre que Sa Majesté trouveroit bon y estre observé, et requit M' de Thou de le recepvoir à l'entrée de l'égUse et luy faire les submissions et requestes en tel cas accoustumées.

Dès le vendredy 19 apvril, du grand matin, sept cens hommes, tant de la garnison que des habitants sortirent avec leurs armes, aymant mieux s'en aller ailleurs, que de demeurer à la mercy du Roy, qui faisoit profession d'une autre religion que de la leur.

Le samedy 20 apvril, toutte l'armée du Roy entra dès le matin dans la ville, soubz la conduitte du mareschal de Biron, avec lequel estoit aussy M. le chancelier, qui, sur les onze heures, s'en alla en la cathédralle faire ses dévotions. M' de Chartres , ayant sceu de luy la forme avec laquelle on debvoit recevoir le Roy, envoia par tous les chapitres des églises collégialles, monastères, couvents et curez de la ville, qu'ils eussent à se trouver au-devant de Sa Majesté avec leurs croix et en

An. 1591. chappes à la porte de Saint-Michel, sur les trois heures après midy. Sur les quatre heures, Sa Majesté se présenta à cheval à laditte porte, où il fut harangué par l'advocat de la ville et conduit soubz un poêle de velours bleu, semé de France, jusques devant la porte Royalle de laditte Eglise, où ledict sieur évesque Tattendoit en ses habits pontificaux, et le Chapitre et habitués d'icelle en chappes de soye avec les croix, textes, eau bénite et autres choses accoustumées en telles cérémonies. Au lieu de descendre en laditte église, comme ont tousjours faict ses prédécesseurs roys de France, il passa outre et fit tourner le derrière de son cheval devant la face d*icelle, au grand scandale des catholiques et s en alla descendre à Tévesché. M^ de Chartres avec le Chapitre et habitués partirent tous en mesme temps et le furent devancer devant le logis épiscopal, à la descente de TégUse , au dernier degré de laquelle ledict sieur de Thon, revestu et accompagné comme dessus, lui fist ceste harangue : « Sire, les anciens ont tousjours posé le fonde- » ment de la félicité et bonheur de Testât public en Fobéis- » sance des sujects envers leurs princes souverains, de la » dignité et puissance desquelz Dieux est autheur, amateur » et protecteur. Il leur a aussy toujours communiqué son » nom, afin que chacim voyant en eux quelque chose de » sainct, vénérable et plus qu humain, les honore, respecte et » obéisse en toutte promptitude et gayetté, non -seulement » pour la nécessité poUtique , sans laquelle on ne peult sub- • sister, mais pour la conscience , et afin de luy complaire , » ayant estably touttes les souveraines puissances. Pour ce, » vos très-humbles orateurs et sujects du clergé de cette ville » m'ont chargé vous prester en leur nom Tobéissance et fidé- » lité qu'ils recongnoissent debvoir à Vostre Majesté, comme à » leur prince , souverain et naturel seigneur, yssu et chef de la » très-sacrée tige de saint Louis, à laquelle est afiectée la très- » noble couronne de cest Estât, louant Dieu que par votre » arrivée touttes partialitez et divisions y ont pris fin, en D ferme espérance qu*il n'y aura désormais autre contention , » sinon à qui plus vous honorera, après la divine Majesté, de » laquelle vous êtes la vraye image en terre. Réciproquement , » il vous plaira, sire, nous recevoir en vostre protection et con- » server en l'intégrité de nostre reUgion catholique, aposto*

» lique et romaine, sans souffrir aucune innovation et dérégie- An. 1591. » ment qui la pervertisse et corrompe, avec la confirmation des » privilèges cy-devant à nous octroyés par les roys très-chres- » tiens, vos prédécesseurs , desquels la mémoire soit en éter- • nelle bénédiction. »

A quo j le Roy fit response : « Que son intention avoit tous- » jours été de maintenir et conserver en entier la religion ca- » tholique, apostolique et romaine, quil Tavoict assés faict » paroistre par la publication de ses esdicts , à son nouvel advé- » nement à la couronne. Au surplus, que son affection envers » le clergé n'estoit moindre que celle de ses prédécesseurs, » ainsy que Ton recognoistroit à touttes occurrences. » Ledict seignem* évesque luy ayant réparty : « Qu'il prioit luy en faire » la grâce, » il rentra dans l'église avec les princes, officiers de la couronne, seigneurs et autres de la noblesse, qui assistèrent au Te Deum, qui fut chanté en icelle, ainsy qu'il est accoustumé es entrées des Roys, et Sa Majesté entra dans Tévesché, qui luy avoit esté préparé pour son logis. Après cela, le baron de Biron mena les gens de pied à la brèche, pour la garder, jusques à ce qu'elle fust réparée , lesquels se mocquoient avec raison de la poltronnerie du gouverneur et de ses garnisons, voyant qu'on leur avoit quitté à si bon marché une si forte place, qu'ils confessoient ingénuement qu'ils n'eussent peu prendre, attendu les tranchées qui avoient dix toises de large et autant de profond, plaines d'eau de la haulteur d'un homme, au derrière de la bresche, lesquelz, s'ils eussent bien congneus, ils ne se fussent hazardés à un assault, où plusieurs braves hommes estoient demeurés.

Le dimanche 21 d'apvril, fut faict procession en l'église de Saiut-Père-en- Vallée, à laquelle assistèrent MM. le comte de Saint -Paul, le Chancellier, sieurs de Biron et de Sourdys, que le Roy avoit restably en son gouvernement de Chartres , et grand nombre de noblesse et officiers du Roy, avec affluence de peuple, tant de la ville que des bourgades circonvoisines , qui s'y estoient rendus pour prier Dieu qu'il luy pleust restablir à sa gloire le repos et tranquillité publique en ce royaulme tant désolé par les guerres civilles. Il se trouva en laditte procession plus de quarante mille personnes, qui demeurèrent fort scandalizées de ce que le Roy passa au travers d'icelle et

An. 1591. s'en alla en certain logis, appelé le Palais, assis au Marché-dubled près Téglise de Saint-Saturnin, en la haulte salle duquel, qui servoit lors à faire nopces, ou à jouer des comédies, il fit faire la presche publiquement, à laquelle assistèrent environ sept cens personnes. La ville estoit si plaine de monde, qu'à peine y trouvoit-on des logis, et le pain y enchérit de moitié plus qu'il ne valoit durant le siège.

Le lundy 22 apvril, le Roy estant sur son départ de Chartres demanda aux habitans d'iceUe trente mille escus qu'ils luy accordèrent, n s'en alla coucher à Espemon, et laissa le sieur de Biron pour recevoir cette somme. Il demeura environ quinze jours, durant lesquels il fit faire inventaire de tous les bleds et vins qui estoient dans la ville, sur lesquels il ordonna une levée de dix-huit cens cinquante muidz de bled, pour estre mis (comme il disoit) au magasin du Roy. Soubz ce prétexte, il y en eut beaucoup de lézés, mais particulièrement les chanoines, lesquelz ayant le bruict d'en avoir le plus, en payèrent aussy beaucoup plus que les bourgeois , car, bien qu'ils ne fussent taxés qu'à six cens seize muids huict septiers, qui est le tiers de la somme principale , on ne laissa pas d'en exiger davantage et de nommer seize chanoines pour respondre de ceste partye à un marchand, avec lesquels le Chapitre en nonuna encores autant qui faisoient en tout trente-deux.

Durant que cella se passoit à Chartres, le Roy assiégeoit Villepreux, où les députez du Chapitre le furent trouver pour avoir main-levée de leurs biens et de ceux du clergé saisis ou donnfe, laquelle ils obtindrent le 29 mai.

Ledict sieur de Biron fit aussi crier à son de trompe, que chacun eust à porter les armes qu'il avoit, en la chapelle de Saint-Nicolas, prosche l'évesché : plusieurs, mais non tous obéirent, et s'y en trouva grande quantité, pour la garde desquelles et de cinq pièces d'artilleries, qui estoient dans la grande cour de l'évesché, il fit dresser un corps de garde le long de l'escriptoire du Chapitre et de laditte église et de laditte maison des nottaires dudict Chapitre, où il mit des Suisses, n en fit poser encores un soubz le premier porche près les lices du Marché-aux-Chevaux, où il logea une compagnie de Gascons; et de mesmes soubz celluy de l'Estappe-au-Vin, qui y demeurèrent jusques au moys d'aoust, en attendant que

le ravelin de la porte Saint-Michel fust maçonné, pour y faire An. 1591. une citadelle , que j'ay veu commancer, faire et défaire. Elle n'estoit encores du tout achevée, qu'on print Véglise de Saint- Michel, pour servir à la citadelle, au lieu de laquelle on accommoda les paroissiens des grottes de Saint- Aignan, pour y faire le service.

L'on fit dans laditte église de Saint - Michel un terrain du costé du cimetière, qui estoit touct en fossé, et alloit rendre par le long des Cordeliers jusques dans la Garenne de Saint- Père, de la terre duquel fossé on avoit faict ledict esperon ou ravelin, et ledict terrain , qui alloit jusques aux voultes de l'église tout le long de la nef avec une aile du costé de la muraille ancienne de la ville, qui régnoit le long de laditte église, estoit vuide , et dans le milieu d'icelle nef y avoit un moulin à bras et la chapelle Sain te- Anne, qu'on avoit laissée pour la garnison pour y aller faire ses dévotions, combien qu'il y en eust plusieurs qui fussent huguenots. On avoit faict un retranchement au bas de laditte nef par une grande muraille, qui régnoit du bas jusques au feste de Véglise , et entre deux estoit ime chambre et garde-robbe pour le gouverneur avec un escallier de pierre, qui alloit jusques en bas pour entrer dans l'église, et par hault une gallerie, qui alloit rendre de laditte chambre dans le clocher. Au-dessoubz de laditte chambre y avoit im four et un puids, au pieddudict escallier qui est audessoubz du benoistier. de la porte du bas. La porte" de la ville estoict joignant l'église, un degré entre deux, pour monter au corps de garde faict en forme de pavillon, comme celluy qui est sur la porte Nefve et pour aller en la chambre du gouverneur. Devant laditte porte y avoit un esperon, attaché d'un costé à laditte église, et de l'aultre au ravelin , qui venoit rendre en poincte devant le milieu de la grande rue de Saint-Michel et couvroit la porte de la ville, de façon que personne n'eust osé branler de ce costé-là. A main estoit tme allée d'environ quatorze ou quinze pieds, pour aller gaigner un pont de bois, par lequel on entroit dans ledict esperon; de l'autre costé par dehors estoit un fossé fort profond, qui régnoit le long des murailles et d'un cavalier, qu'on a depuis enfermé dans la ville, et s'en alloit rendre dans les fossés de la Courtille par dessoubz deux grandes arcades de pierre qui sont à présent bouchées. Le clocher ser-

An. 1591. voit de guet, et y avoit toujours une sentinelle jour et nuict, pour descouvrir, tant dedans la viUe que dans la campagne. Geste citadelle estant achevée , on y porta lesdittes armes , artillerie et munitions de guerre , et y mit-on pour la garde des Suisses et des Gascons soubz le sieur de Yaliros , gentilhomme Commingeois, qui en estoit capitaine, le sieur de Blaignac, gentilhomme Tolosain, sieur de Mainville, Ueutenant, et le sieur de Vanos, gentilhomme vers Ayre, enseigne, quej'ay veus et recogneus du depuis audict pays de Gascongne.

Mais , sur le double qu'eut le sieur de Valiros que tous les habitans n'avoient satisfaict à porter leurs armes, il en fit faire recherche par les maisons, soubz lequel prétexte ses Gascons n'oublioient leurs mains, où ils alloient et s'accommodoient volontiers de ce qui leur estoit propre. En ayant rendu plaincte audict sieur de Biron en un voyage qu'il fit à Chartres, il en fit pendre quelques-uns devant la Tour et au Mai*ché-aux-Ghevaux , où il fit planter une potance et une autre aux HaUes , pour retenir les autres de commettre de pareilles insolences. On ne laissa pourtant de mahnener quelques habitans, pour n'avoir rendu leurs armes, suivant le commandement qui en avoict esté faict : les tms, ayant esté détenus longtems en prison ; les autres, condatnpnez en de grosses amendes, ou bannis de la ville.

Le maréchal de Biron, ayant donné ordre à Tasseurance d'icelle, s'en alla trouver le Roy à Mantes, d'où ils vindrent assiéger Aulneau. Le capitaine Cholard, en ayant ouï le vent, fut au-devant du Roy, pour luy consigner le chasteau de la part de M"*" de Joyeuse, à laquelle il appartenoit. De là. Sa Majesté passa à Dourdan, où le capitaine Jacques résista quelques temps, ayant faict brusler TégUse de Saint-Germain, qui nuisoit au chasteau, qu'il deffendit bravement, et à peine Sa Majesté en feust-elle venue à bout, sans un maçon, nommé Gerbin, lequel, ayant esté prins par ledict sieur de Biron, pensant rachepter sa vie, luy enseigna une cazematte, qu'il avoit faitte, par laquelle on alloit par soubz terre de la tour de Dourdan au chasteau; qui fut cause que la place fut rendue et ce compagnon tué pour sa peine.

Ledit sieur de Biron, à son départ de Chartres, y laissa le sieur de Sourdys avec M. le Chancelier. Ces MM. voulurent

eocores leurs cinq cens muids de bled et autant de vin, outre An. 1591. ce qui avoit esté fourny au Roy, et ceux qui avoient obtenu quelques dons du Roy ijressoient pour s'en faire payer. Ce que voyant, les habitants présentèrent requeste au Conseil, qui estoit à Chartres, pour eslre délivrés des vexations suivant les articles de la capitulation à eux accordés par Sa Majesté et la grande subvention quils avoient faicte, soit en deniers, soit en grain ou autres munitions, laquelle fut respondue sur tous les chefs dlcelle par le Conseil, tenu le 17** juin audict an 1591. Ouoyque j*aye laditte requeste et responses signées Combault, je ne les rapporte ici , pour ce que le règlement, qu y avoit apporté ledict Conseil, ayant esté mal gardé par la violence des plus forts, qui ne vouloient démordre des dons que Sa Majesté leuravoict faicts, ny de levées quils avoient ordonnées, et encores, pour ce quil y avoit des responses fort ambiguës, et de plus, que les canonniers du Roy avoient obtenu arrest dudict Conseil du 21 juin , sans avoir esté ouys , par lequel leur estoit adjugée la somme de quinze cens escuz pour le rachapt des cloches de la ville , obligea les habitans de se pourveoir, par devers le Roy qui estoit à Mantes, où ils députèrent Tesleu Bachelier, pour luy présenter une semblable requeste que la précédente, quand au faict, bien que différente,^ quand au style, avec l'addition, concernant lesdittes responses et Tarrest des canonniers. Le Roy la répondit le 13 juillet, en son conseil audict Mantes et déclara :

I. Que lettres de confirmation de leurs privilèges et octroys seroient expédiés aux habitants de Chartres, pour en jouir, ainsy qu'ils avoient accoustumé auparavant qu ils se fussent départis de l'obéissance du Roy.

II. Qu'ils demeureroient deschargés de ce qu'ils avoient prins et receu des tailles, taillon, aydes, octroys et autres deniers royaux, ensemble les deniers levés sur eux, sans permission du Roy, jusques au jour de la réduction de la ville , fors et excepté les deniers du sel , la vérification desquelles levées de deniers prins se feroit par trois ou quatre eschevins de la ville , et le receveur, qui en auroit faict la recepte , pardevant les trésoriers généraux de France, estant sur les lieux, et, pour le regard des autres prinses de biens des particuliers seroient réglés, suivant le troisième article de la capitulation.

Ail. 1591. III. Qu'ils jouiroient de leurs biens et revenus du passé, qui se trouveroient encores en nature es mains de leurs fermiers et receveurs, desquels les donataires et commissionnaii*es du Roy n'auroient faict composition, cession ou transport sans fraude, ou déguisement, et ce qui sera escheu, depuis la réduction de la ville, demeureroit aux dicts habitants, et , si aucune saisie en avoict esté faitte, ils en auroient main-levée, pour en jouir dudict jour.

IV. Touttes sentences, jugements et arrests donnés, ensemble les défaults, contumaces pour le crime de rébellion, seroient mis au néant , fors et excepté pour ceux qui se trouveroient avoir practiqué, participé et conspiré à la mort du feu Roy, ou, s'en estre resjouis par tesmoignages évidents , comme par le port de cordons et escharpes vertes, feux de joyes et autres signes notoires d'allégresse et réjouissances dudict parricide.

V. Tous contracts passés pour causes et conventions particulières, qui seront faittes et passées soubz le nom et authorité du Roy et personnes publiques, seront déclarés bons et valables et non autrement. Toutesfois, si aucuns autres se trouvoient intitulez soubz autre nom et authorité, les schedes, minutes et grosses seront réformés et mis soubz le nom du Roy du consentement des partyes.

YI et VII. Pour la vente des bledz, avènes et autres graines et vins , après que les recollectes seroient faictes , leur seroict pourveu.

VIII. Sur la permission de vendre leurs bleds, attendu que la récolte s'en faisoit, fut permis aux habitans d'en disposer, comme ils verroient bon estre; après touttesfois que les bleds du Roy, qui auroient esté exposés en vente , et destinés d'estre vendus, seroient débités.

IX. Qnil leur seroit pourveu d'assignation des dix mille escuz, si faict n'avoit esté, et pour le regard des trois cens cinquante muids de bled, outre les quinze cens muids, il en sera advisé, et pourveu cy-après.

X. Pour la confection des corps de garde , boys , charbon , chandelles et autres choses nécessaires pour la garde de laditte ville, ils seroient tous prins sur les deniei-s communs , patrimoniaux et d'octroy de laditte ville. Et où ils ne seroient suffisants,

ce qui en défaudroict seroit imposé sur lesdits habitons de la An. 1591. dilte ville seulement, le plus également que faire se pourroit, et pour ce faire, leur seroient octroyées lettres d'assiette. Et à cette fin seroit mandé aux thrésoriers-généraux de France de dresser estât des frais faicts et à faire, pour la confection desdicts corps de garde, sentinelles et guérites, comme des autres choses nécessaires pour la conservation de la ville.

XL Pour ce qui concerne Tusage et délivrance de leurs cloches, après qu ils auroient satisfaict à la somme accordée aux officiers de l'artillerie , cesseroient touttes contraintes et vexations; et pour en faciliter le paiement, seroit la somme imposée, suivant ce qui avoit esté commancé entre lesdicts habitans.

Ensuitte, le Roy estant à Mantes donna, le 26 juillet 1591, lettres de main-levée auxdicts habitans des biens et revenus du passé, qui se trouveroient en nature es mains de leurs fermiers et receveurs , desquels les donataires et commissaires establis par le Roy au régime d'iceux, n'auroient faict composition, cession ou transport, sans fraude ou desguisement; et que ce qui seroit escheu, depuis la reddition de la ville, demeureroit auxdicts habitans, imposant silence au Procureur général, ses substituts et tous autres. Cella ne fut encores suffisant, et falut se pourvoir de rechef vers le Roy, d'autant que ny le Parlement séant à Tours , ny la Chambre des Domaines n'avoient voulu vériffier lesdittes lettres , comme estant hors de leur pouvoir, Tentretènement des capitulations estant vrayes afiaires d'Estat, qui ne se debvoient toucher qu'au privé conseil du Roy, auquel se trouvent les princes du sang, les mareschaux de France et autres seigneurs, qui sçavent combien il importe que lesdittes capitulations, auctorizées du droict des gens, soient inviolablement gardées.

Ce néamoings, les habitans n'y eurent grande satisfaction, la capitulation ayant esté mal gardée, et furent contraints de rendre le bled, qu'on leur avoit demandé, au magasm du Roy, sur lequel on remboursa les marchands et particiiUers d'Illiers et autres bourgs circonvoisins de Chartres, qui avoient fourny vivres au camp du Roy, diu'ant le siège dudit Chartres, teUement que la plupart du revenu des habitans fut prins et employé à ces paiemens; car, le Grand Conseil, estant venu à Chartres, assigna partie d'iceux sur quelques particuliers,

An. 159t. chanoines et bourgeois, sur la vente des bleds délivrés au Roy, qu'il ordonna estre vendus, avec deffense aux habitans de poser le leur en vente. Cella fut cause de grands procès entre les particuliers, ausquels il apporta encores de grandes incommoditez , d'autant que le Marché du Bled, ayant esté estably hors la ville en cellui des Pourceaux , il n'y avoit que celluy du Roy qui s'y peust vendre, les gardes des portes ayant ordi*e de n'en laisser sortir à peine de la vie. Le taux estoit à sept livres, combien qu'il n'en valust au plus que six. Ce qui estoit au grand préjudice du peuple pour ce que quantité de villageois, qui avoient retiré leure grains dedans la ville auparavant le siège, ne pouvoient le vendi*e ny avoir de l'argent, pour en achepter du Roy; qui donna grand suject de crier. Ce que voyant , le Grand Conseil permit que chacun en emportast un minot sui* son dos ; qui ne fut un grand soulagement, veu que, ne le pouvant enlever sans passeport, on exigeoit d'eux de l'argent pour l'avoir, ce que faisoient aussy les gardes des portes pour les laisser sortir, lesquels , s'ils trouvoient quelque manque ausdicts passeports, confiscoient lesdicts bleds. C'estoit encore pis pour avoir de la farine, à cause du peu de moulins qui restoient, la pluspart ayant esté bnislés durant le siège, et ceux qui estoient demeurés entiers estant -employez pour mouldre les munitions qu'il falloit envoyer, au Roy, tellement que le pain estoit extrêmement cher, et valoit la moitié plus qu'il ne faisoit pendant le siège.

Les habitans estoient vexés d'un autre costé par la garnizon, les soldats n'ayant que douze livres par mois, les ayant joués «t despensés , contraignoient leurs hostes de les nourrir. S'en trouva de sy insolents , que , sur le refus que quelques-uns en firent, ils les tuèrent. Sans qu'ils furent pendus, ceste insolence eus t passé jusques à l'excès. Ce n'est pas tout, plusieui^s habitans furent chassez de la ville , contre ce qui estoit porté par la capitulation , et estoit assés d'avoir un ennemy , pour se venger par ce moien.

Il ne fut pas jusques aux Capuchins, Minimes et autres religieux, voire jusques à des filles dévotes, qui furent expulsées. On en vouloit aux religieux, mais surtout aux Jacobins, à cause du parricide du feu Roy Henry HP ; frère Jehan Bretton , de cest ordre , dpcteur en théologie , honmie fort pieux et versé

en la lecture des Pères, ayant, presché en leur couvent à An. 1591. Chartres les fériés de Pentecoste , fut arresté prisonnier en sortant de la chaire, pour avoir, disoit-on, presché trop librement, et envoyé à Tours, où, sans l'assistance de Madame Eléonore de Bourbon , abbesse de Fontevrauld , tante du Roy , qui s'employa pour luy, il eust couru risque de sa vie.

Le cardinal de Lenoncour, M' Jacques d'Escoubleau, évesque de Malcsais, frère du sieur de Sourdys, gouverneur de Chartres, et autres prélats qui s'estoient retirés dans laditte ville, y avoient fait venir un certain nommé Maignan , pour prescher au lieu de ceulx de la ville, qu ils disoient prescher trop librement; mais les habitans Tavoient en telle aversion qu'ils ne vouloient l'aller ouïr. Ce fut ces MM. qui ordonnèrent qu'au lieu du pseaulmeij'/a/i/^, qu'on avoit accoustumé de chanter durant la messe après l'oraison dominicale, pour les nécessitez de l'église, on diroit Exaudiat pour le Roy : ce qui a continué du depuis. Voilà le piteux estât auquel estoit la ville de Chartres après le siège.

Les mardy et mercredy de la sepmaine de la saint Jehan, fut célébré en l'église de Chartres un service pour le feu roy Henry III. Il y eut chapelle ardente dans le chœur, garni de cierges, et quatre bourdons d'environ deux livres chacun avec deux cierges sur l'autel, le tour du chœur et la perche, dont messire Claude de Montescot, receveur des décimes du diocèse de Chartres , thrésaurier des parties casuelles, fit la despense. M''de Chartres fit l'office, M" de Bourges, Nantes, le Mans et Angers y assistèrent, et y eut oraison funèbre. Après disner lesdits sieurs évesques s'en allèrent coucher à Aulneau, et de là à Mantes , laissant à Chartres le cardinal de Lenoncour malade.

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