CHAPITRE XVIL
Révolution en Portugal et en Catalogne.
L* ANNÉE 1640 se passa avec beaucoup de tumultes et changemens. Les principaux furent en Espagne, où les Catalans et Portugais, ne pouvant plus supporter le gouvernement intolérable des Espagnols, secouèrent tout à fait le joug de leur domination. Les Portugais avoient commencé dès Tan 1637, mais n'ayant pu se libérer entièrement de la servitude, à laquelle on vouloit les obliger, trouvèrent moyen de le faire ceste année, en eslisant Dom Juan, duc de Bragance, pour leur Roy, duquel nous pourrons dire qudque chose, après que nous aurons parlé des Catalans, pour suivre l'ordre du tems et do Thistoire.
Ceux-cy prétendants être un Estât libre , qui vivoit suivant les us, fors et coutumes, establis de toute ancienneté, dès le temps que les Goths se rendirent maistres des Espagnes, et confirmés par beaucoup de privilèges, ne voulurent s'assubjettir aux lois générales d'Espagne, que Dom Gaspard deGuzman, dit le Comte Duc, premier ministre de PhiUppe IV, roy desdittes Espagnes, vouloit leur imposer. Le refus qu'ils firent de les reçepvoir les rendit criminels, et portèrent le Roy ou 3on
An. 1640. ministre à vouloir avoir de force ce qu'ils ne pouvoient par amitié. On les traicle comme ennemys, et leur pays sert conmie de théâtre pour exercer de sanglantes tragédies. Eux, se voyant si mal menés , et que, contre le droict des gens , leur député en cour, pour représenter au Roy d'Espagne les raisons de leur refus, avoit esté mis en arrest, levèrent le masque, et envolèrent vers le Roy de France, alBn de les recepvoir soubs sa protection. Il le fit très-volontiers, espérant que ce pourroit estre un moyen pour recouvrer le Roussillon , qu'il prétendoit appartenir à sa couronne, et leur envola du secours pour se maintenir contre les entreprinses de l'Espagnol.
Le principal moien qu'ils apportoient, pour fonder leur révolte, estoit qu'estant issus des Cattes et Allains, peuples de Germanie, dont leur province avoit esté nommée Catalongne, ils avoient vescu librement soubs les lois des Goths , qui possédoient les Espagnes, jusqu'à ce que la race d'iceux estant faillie , et les Maures ayant voulu s'emparer de leur Estât, ils se seroient deffendus contre eux, et seroient demeurés les maistres, sans despendre d'autruy, que d'eux-mesmes. Voyant néantmoings les progrès que les Maures faisoient en autres endroits de l'Espagne, vers l'an 714, et croyant ne pouvoir toujours résister à ces barbares, sollicitèrent Charles Martel, maire du palais de France , de les assister contre ces infidèles. Ce qu'il leur accorda librement, et leur envoia un chevallier allemand, nommé Otton ou Oger Cataglot, gouverneur d'Aquitaine (duquel quelques-uns veulent qu'ils aient esté appelles Catalans), lequel, avec quelques troupes françoises et allemandes, qu'il avoit conduit et celles du pays, prindrent quelques villes frontières sur les Maures; lesquelles, à l'ayde des François, ils conservèrent, et se maintindrent par les armes, jusques au tems de Charlemagne que, se voyant pressés de ses ennemis, ils eurent recours à lui pour les assister, et se mirent soubs sa protection et l'esleurent leur seigneur, sans néantmoings lui quitter la souveraineté qu'ils retindrent toujours par devers eux, sans recepvoir fors et loys que ceux desquels ils avoient usé par le passé. Charlemagne se voyant esloigné de ceste province, la bailla aux mesmes conditions au comte Bernard , se réservant toutefois la mouvance, laquelle passa à Louis le Débonnaire, son 01$, qui, après le décès dudit Beriiai-d, eti investit, vers Taq
825, Jamfred, Wifred ou Geoffroy d'Arria, lequel ayant esté An. 1640. tué à Narbonue, par les soldats du Débonnaire, il lui substitua le fils dudict Geoffroy, portant le mesme nom, et pour distinction, surnommé le Velu, en 836, et mit à mort le nommé Salomon, qui avoit tué ledict Geoffroy d'Arria, son père, pour usurper la comté de Catalogne ; que du depuis tous ceux qui avoient possédé ce comté, avoient conservé le mesme tiltre, jusques en Tan 1 137, que Dom Ramond Béranger, le IV, ayant espouzé dame Pétronille ou Péronnelle, qu'autres nomment lîrraque, flUe de Dom Ramires, roy d'Arragon, il succéda à ceste couronne, faulte de masles; qu'Alfonse P', leur fils, leur ayant succédé , ne voulant plus recongnoistre la mouvance de sa comté des Roys de France , deffendit que les actes publics ne fussent plus comptés par le nombre des ans du règne des Roys de France, ainsi quil estoit accoustumé en la Catalongne, mais de l'Incarnation de Nostre-Seigneur, et joignit la Catalongne , les comtés de Roussillon et Cerdagne à TArragon, sans néantmoings que les Catalans en demeurassent d*accord, n'ayant jamais voulu recongnoistre les Roys d'Arragon, en d'autres qualités que de leur comte et non de Roys (1). C'est pourquoy, ainsi que l'ont mesme remarqué les escrivains Espagnols , ils avoient introduict ceste coustume, que lorsque le Roy d'Espagne venoit à Barcelone, capitale de leur Estât, pour en prendre possession et y faire sa première entrée, ils lui fermèrent les portes de la ville (2). Les courtisans qui alloient devant, demandoient à ceux qui estoient conmiis à la garde de ces portes, qu'on eust à les ouvrir au Roy qui venoit, ausquels ces gardes respondoient qu'ils ne congnoissoient point de Roy. Ceux qui venoient après pressoient qu'on ouvrist, ausquels ceux de dedans ayant demandé qui estoit celuy qui venoit , et eux ayant respondu que c'estoit le monarque des Espagnes, ils repartoient que leur ville ne recongnoissoit les Roys d'Espagne. Enfin le Roy venant lui-même , leur commandoit qu'ils eussent à lui ouvrir, auquel, après avoir demandé qui il estoit, et lui leur ayant dict qu'il estoit le comte de Barcelonne, alors ils ouvroient leurs portes, tiroient leur artillerie, et le recepvoient
(!) F. Lorenzo de Caméra, De la monar. hyb., lib. \, § 3.
(î) Histoire de la Catalogne et de ses fueros et franchises j comtes et rois.
An. 1640. avec tous les honneurs et respect à eux possibles; que depuis , environ Tan 1260, Dom Pedro, roy d'Arragon, ayant marié Isabelle, sa fille, avec Philippe le Hardi, fils de saint Louis, roy de France, les Roys d'Arragon ayant obtenu la principauté de Catalongne et comté de Barcelonne en propriété et toute souveraineté, sans plus en recongnoistre les Rois de France, moiennant le paiement que fit le Roi d'Aragon, des droits de souveraineté qu'il prétendoit à Carcassonne , Béziers , Locale , Albi, Amilhaut, Nismes, Saint-Gilles et autres lieux, du costé de France, mesmes es comté de Provence, Forqualquier, Arles, Avignon et Marseille, en faveur de la reine Marguerite de France, la Catalongne demeura aux Rois d'Aragon, qui en jouirent paisiblement jusques en l'an 1462, que le roy Dom Jean de Navarre et d'Arragon , aiant donné quelque mescontentement aux Catalans , sur la délivrance par eux requise de D. Chasles, Infant de Navarre, qu'ils avoient recongneu pour leur prince, que le Roy détenoit prisonnier, ils se rebellèrent contre lui. Le Roi , pour en tirer raison et les mettre au debvoir, envoia en France vers le roi Louis XI demander secours d'hommes et d'argent , et lui engager les comtés de Roussillon et Cerdaigne pour trois cent mille escus d'or. Le Roy lui aiant envoie deux mille cinq cents hommes de cheval, soubs la conduite de Gaston , comte de Foix , et seigneur de Béarn , gendre du roi D. Jean, les Barcelonnois, portés d'un extrême despit contre le Roi, Tauroient déclaré ennemi du pais, et exposé, pai* une proclamation publique, qu'ils se retiroient avec raison de son obéissance, pour avoir esté le meurtrier de son fils, leur comte, opprimé ses sujets, enfrainct sa foy, violé leurs droits et privilèges et anciennes libertés et usages , et despéchèrent une ambassade à Dom Heni7, roi de Castille , pour se donner à lui, afiin de les deffëndre contre les efforts du roi Jean, qu'i> les auroit receus et secourus, mais que s'estant mocqué d'eux, ils se seroient retirés à D. Pedro, connestable de Portugal, petit-fils du roi D. Jean V% et fils de l'Infant D. Pedro, duc de Goïmbre, qui descendoit de par sa mère, fille du comte Jacques d'Uryel et de Dona Léonor d'Arragon , du Roi Pedro IV, roi dudit roiaume, lequel ils auroient esleu x)our leur comte, et da plus roy d'Arragon, dont il fut couronné dans Barcelonne, et lui mort, comme l'on croit de poison, les Catalans, quoique
battus et vaincus parle roy D. Jean d'Arragon, aymant mieux An. 1640. rompre que ployer, esleurent René d'Anjou, duc de Lorraine et comte de Provence, pour leur comte (1 ), lequel, quoique cassé d'années, accepta néamoins leur offre, envoia Jean, duc de Calabre , son fils , en Espagne, avec une armée , laquelle, jointe avec celle des Catalans, deffit, en 1467, celle de D. Jean d'Arragon , et s'empara de Gironne. Mais par un malheur, s'estant rendu à Barcdonne, il y fut atteint d'une fiebvre pestilentielle. Tan 1468, au grand désavantage des affaires des Catalans qui, parcemoien, demeurèrent en mauvais estât, considéré que les François destitués de leur chef, se retirèrent à Perpignan, et plusieurs des Catalans , se trouvant destitués de secours , se mirent soubs la domination du Roy d' Arragon , qui les receut à pardon, après une guerre de dix ans, et leur confirma tous leurs privilèges et coustumes, desquels ilsauroient usé, jusques soubs le règne de Philippe IV, roy des Espagnes , qui auroit voulu les leur oster, et leur faire prendre celles dont on se sert au reste des Espagnes, qui leur a esté un subjet de se rebeller, ce Roi, qu'ils ne recongnoissent comme leur comte, n'aiant, à ce qu'ils prétendent, peu introduire en leurs Estats, d'autres lois contraires à leurs anciennes, receues et approuvées de tems immémorial.
Quant aux mouvements de Portugal, encores qu'ils viennent de mesme principe, et pour mesmes causes, il y a quelque différence avec ceux de Catalogne. Pour entendre mieux le subject de rébellion de ceux-ci, il le faut rechercher de plus haut. Après la mort de D. Sébastien , roy de Portugal, qui fut tué en Afrique, en une bataille le 15 d'aoust 1578, aagé seulement de 24 ans, et que Henri, cardinal et évesque d*Ebora, son oncle, fils d'Emmanuel P', qui succéda à ce sien nepveu, fils de Jean, aisné dudit Emmanuel, eut teneu le sceptre portugais , environ 18 mois, sçavoir depuis le 26 d'aoust 1578 jusques au 1" febvrier 1580, qu'il décéda, le roiaulme de Portugal fut divisé en plusieurs factions , à cause du nombre de personnes qui prétendoient à ceste couronne. Antoine I", fils naturel de Louis, fils d'Emmanuel h^y y prétendoit comme plus proche , tant de D. Sébastien que du cardinal Henry; Catherine, femme de
(1) Turquet, iib. 20.
An. 16^, Jean, duc de Bragance, fille d'Edouard, qui fut aussi duc du mesme lieu , à cause d'isabel , sa femme , fille d'autre Jean , duc dudit Bragance, lequel Edouard estoit fils d'Emmanuel P'; Phi-, lippes II, roi d'Espagne, à cause d'Isabelle , sa mère, fenmie de Tempereur Charles le Cinq, aussi fille dudit Emmanuel I*'; Philibert, duc de Savoye, à cause de Béatrix, sa mère, femme de Charles III, duc de Savoye, aussi fille dudit Emmanuel; Raymon , prince de Parme, au lieu de Marie, sa mère, fille dudict Edouard, fils dudict Emmanuel, et Catherine de Médicis, femme de Henri II , roy de France.
Tandis que les Portugois s'amusoient à consulter sur le choix qu'ils debvoient faire d'un Roy, Philippes , roy d'Espagne , par l'intelligence qu'il avoit avec quelques seigneurs du pais, se saisit de quelques places, et fit tout ce qu'il peut, par ambassades, menaces et belles promesses, pour estre eslevé sur le thrône des Roys de Portugal. Les Portugois qui haïssoient naturellement les Castillans, pour ne tomber soubs leur domination, déclarèrent Anthoine susdit, leur Roy, comme estant le seul masle, quoique bastard, restant de la race roiale de Portugal. Philippes , prenant ce rebut qu'on avoit fait de lui à injure , tascha d'avoir par les armes ce qu'il ne pouvoit par le droit, de manière qu'estant faict certain de l'élection de D. Anthoine, il fit entrer dans le Portugal une armée, qu'il avoit apprestée pour s'en rendre maistre , en cas qu'il n'obtînt ce qu'il demandoit. Les Portugois voiant un si grand appareil d'armes , envolèrent vers le Castillan, pensant le démouvoir de la guerre qu'ils se voioient sur les bras. Leurs ambassadeurs aiant esté fort mal receus, se résolurent à se deffendre, et prendre les armes contre l'Espagnol. Tous néamoins n'en estoient d'accord, voiant la partie mal faite pour les Portugois qui manquoient d'hommes, de chefs et d'argent; ils envoient en France et en Angleterre pour en recouvrer.
Cependant D. Ferdinand Avares de Tolède, duc d'Albe, que PhiUppes avoit fait chef de son armée , la poussa avant dans le royaulme, au mois de juillet 1580, et se campa devant Aine, laquelle lui fut rendue , et ensuitte plusieurs autres qui ne pouvoient tenir contre l'armée espagnole. Ces exploits n'abaissèrent le cœur au parti de D. Anthoine , lequel le fit recongnoistre pour roy de Portugal, à Lisbonne, où il pubha une déclaration
contre le roy Philippes, par laquelle il déclaroit ennemis publics An. 1640. et criminels de lèze-majesté , tous ceux qui seroient pour lui, Cest expédient ne servit que pour irriter le Castillan à poursuivre D. Anthoine , lequel au mesme tems fut déclaré par les gouverneurs, perturbateur du repos public, qui porta plusieurs villes à quitter son parti, et embrasser celui du Roi d*Espagne, se soubmettant au duc d'Albe, comme fit la no* blesse.
Le duc de Bragance, qui avoit toujours désiré défendre son droit, se résolut enfin de se remettre bien avec le roy Philippes, ne pouvant s*asseurer de D. Anthoine, avec lequel il avoit de grandes querelles, et fit le semblable, lui quittant toutes ses prétentions qu'il pouvoit avoir au nom de sa femme, Catherine, à la couronne de Portugal; en récompense de quoy, il fut confirmé par le Castillan , en son office de connétable de Portugal , avec continuation d'icelui à Théodore, son fils , et au reste de sa famille, pour le tenir héréditalement à Tadvenir.
Toutes choses allant de mal en pis , par le peu d'intelligence qui estoit entre les Portugois, le duc d'Albe donna Teschec et mat à D. Anthoine, et le réduisit à la fuitte et à abandonner le roiaulme. Plusieurs, suivant sa fortune, quittèrent semblablement leur pais, et se retirèrent partie en Angleterre, puis en France avec leur Roy, partie en autres endroits , où ils pensoient estre en asseurance le reste de leurs jours. J'en ai congneu en mes jeunes ans , qui s'estoient habitués à Chartres , à Baionne, Condom et Tolose. Pour D. Anthoine, il décéda assez pauvre à Paris, le 26 d'aoust 1595, et fut son cœur inhumé en TégUse de l'Ave-Maria. Les Portugois lui dressèrent une épitaphe, où, comme s'ils eussent préveu ce qui debvoit arriver depuis, ils firent graver ces deux vers :
Expulsus regnOj sed non e cordUms, unqumn Condidit in tenero plurima corda suo.
D'autant que la faction de ceux qui suivoient son parti, ne s'estant éteinte avec la vie, se ralluma vers ceste année, en laquelle les Portugois, se voiant oppressés soubs le faste espagnol , secouèrent le joug de leur domination , et élevèrent D. Jean, duc de Bragance, fils dudict Théodore, pour leur Roy, Leur menée fut conduitte si secrèment que le Roy D. Phi-^
An. 1640. lippes III n'en eut auculne congnoissance, combien que ce duc fut en sa cour observé, sans beaucoup de liberté. Toutefois, à un certain jour dict, il sortit de la cour d'Espagne , et se rendit en Portugal, au moys de décembre, où aiant esté receu de tous avec allégresse, il fut sacré Roy à Lisbonne, le 6 du mesme mois, et y est encores establi à présent.
Pendant que cela se passoit ailleurs, la Reine de France accoucba.
Ici se termine V Histoire de Souchet ; mais à la suite du manuscrit de la Bibliothèque de Chartres se trouve le chapitre suivant écrit par le chanoine Etienne, Nous avons cru devoir le reproduire, à cause des renseignemetiU qu'U renferme; mais, nous le répétons, il n'est pas V œuvre de Souchet qui était mort alors.
es^p^
Réparation de la pointe du vieil clocher , endommagée depuis cent ans et plus, et de V escalier appelé : les Trois-Degrés.
|N 1680, Messieurs du Chapitre craignant que la An. 1680. pointe du clocher ne tombast, à cause de la grande rupture et manque de pierres qui y paroissoit presque tout autour, mais particulièrement du costé du cloistre de la porte Royale, résolurent de le faire visiter et de le restablir. Le nommé Mathurin Bernier, plombier et couvreur de l'œuvre, en flst la visite, le il juillet 1680 , avec la corde nouée attachée à la croix, et rapporta que, vers la hauteur de Tappui de la petite fenestre, par où Ton va à la pomme, il y avoit trois ou quatre rangs de pierres autour du clocher qui estoient presque toutes cassées, et qu'en des endroits, il y avoit des fractures de deux à trois pieds de haut, sur huit à neuf pouces de profondeur, ce qui affaiblissoit extraordinairement cette poincte et la metteroit en danger de tomber, si elle restoit plus longtemps en cet eslat. Cela obligea de lui faire aussitôt des échaffîtuds autour du clocher, en perçant par dedans à peu près au des* sous des ruptures. Il passa par les trous des chevrons d'environ quatre pieds, sur lesquels par dehors il attacha des planches, et ensuite il visita l'ouvrage plus conunodément et plus exactement, dont il fit le rapport suivant :
Ouvrage qu'il convient faire à la pointe du clocher vieuœ.
Premièrement : aux cordons ou arrestes :
Il faut au cordon proche de la fenestre , à main droite en sortant, une pierre de neuf pouces de haut sur sept pouces six lignes de diamètre, laquelle sera arrestée haut et bas avec crampons, à la continuation du cordon, et peut être accolée, pour plus grande sûreté, avec un cercle de fers, le tout scellé en plomb.
Au cordon suivant, il manque un pareil morceau de pierre, qui aura mesme ferrure.
An. 1680. Au quatrième cordon, il faut aussi une pierre de trente-trois pouces de haut et de mesme grosseur; il en faut encore une autre sur ce même cordon, de seize pouces, qui manque ver» la pomme du clocher.
Au cinquième cordon, un morceau de hviit pouces de haut.
Et au sixième, un de vingt pouces de hauteur, le tout de pareille grosseur et arresté de mesme ferrure.
Secondement : aux faces ou pants entre les cordons :
A la deuxième face à droite en sortant de la fenestre, il faut trois pierres d'assises ; Tune de treize pouces de large sur sept de haut, et de quinze pouces de long, en queue, qui est Tépaisseur du clocher; Tautre de sept pouces de large et de haut , et de quinze pouces en queue de long; la troisième doit avoir neuf pouces six lignes sur sept pouces, et de quinze de long en queue aussy, pour faire Taboutisse en la face du dedans du clocher4
A la troisiesme face qui regarde vers l'église Sainte-Foy, il y faut cinq pierres d'assise, aussy de parpaing; la première du bas aura dix pouces sur sept, et de quinze de long en queue* La deuxième en montant aura onze pouces stir sept et demi de haut et de quinze pouces de long. La troisième sera de treize pouces sur sept et demi et de quinze de long aussi en queue. La quatrième d'à côté sera de dix pouces sur sept, et en queue de pareille longueur. Et la cinquième doit estre de sept pouces en quarré, et de mesme longueur aussi en queue.
A la quatrième face , il manque trois assises , l'une de quatre pouces de large sur sept de haut, et de quinze pouces de long en queue. La seconde de six pouces de large sur sept de hauteur et de quinze pouces de long. Et la troisième sera de douze pouces de large sur sept de haut et de quinze pouces de long, sans compter le cordon de sept pouces six lignes , qui doit estre fait de la mesme pierre.
n convient aussy reprendre toute la pointe du clocher, depuis la grande fracture jusqu'à la ponmie , tant avec mortier que garuy, attendu qu'elle est beaucoup gastée.
11 faudra pareillement remplir de mortier et garnir les deux fautes qui sont tout le long de la pyramide, causées par la force du fert des crampons, qui servent à monter au clocher par le dehors, et qu'il faudroit oster, attendu qu'il en manque en
beaucoup d'endroits, et que ceux qui restent ne tiennent guères An. 1680. et se tirent pour la plupart avec la main , et en outre parce qu'ils ne servent qu'à augmenter ces fautes , par où il entre quantité de neiges dans les hivers , qui pourrissent la pierre qui de soi est assez tendre.
Après avoir bien examiné ce rapport, l'on chercha gens pour l'exécuter. Le maçon de l'œuvre nommé M. Simon , se faisant un point d'honneur de ne pas passer l'ouvrage en d'autres mains que dans les siennes, dit qu'il en viendroit bien à bout; mais soit qu'il ne fust pas accoustumé de travailler si élevé dans l'air, il lui prit un si grand tremblement par tout le corps, en voulant sortir pour la première fois par la petite fenestre de la pomme, qu'il fut obligé de se retirer et de descendre pour se mettre au lit, d'où il ne se releva pas, soit que la peur l'eust trop saisi , ou que quelqu'autre infirmité l'eust pris au moment qu'il se vist prest de s'exposer dans ces abymes espouvantables d'air, qui paroissent lorsqu'on est en haut de ces Ueux-là. Le couvreur Bernier, homme hardy et aussi adroit dans la maçonnerie que dans la plomberie, prist sa place et s'offrist de remettre ceste pointe en son premier estât : sa résolution fut acceptée, et on lui donna toutes les choses nécessaires pour cela.
L'on trouva de la pierre dans les mortiers de l'œuvre , à peu près de la mesme nature de celle de la pyramide de ce clocher, on la fit tailler suivant les mesures du rapport, et on la monta par dedans le clocher jusqu'aux rouets de fert qui sont dans la pointe, d'où l'on la portoit à bras dans la fenestre; on ne les faisoit sortir qu'une à une, tant, parce que l'ouverture de ceste fenestre est très-petite , n'ayant que seize pouces de large, sur deux pieds trois pouces de haut , que parce qu'on observa exactement de ne point faire de démolition plus grande que celle de la pierre qu'on vouloit placer, de crainte qu'en en faisant davantage, la pointe ne souffrist, soit par la pesanteur, soit par le vent, qui estant très-violent dans ces hauteurs, s entonnoit d'une force si grande dans le clocher, qu'il faisoit quelquefois trembler cette pointe.
Auparavant que de tirer la pierre hors le clocher, on la lioit et on la mettoit en équilibre dans la fenestre avec un cable, qui descendoit d'une poulie , qu'on avoit attachée à un des bras de la croix , et en cest estât , on la conduisoit en l'air jusqu'en son
An. 1680. lieu, où on Tarrestoit avec du mortier, fait de chaux nouvelle meslée de deux tiers de sable de rivière avec un peu de ciment de brique. Toutes les pierres estant posées, Ton arresta les cordons avec des crampons et des arcs de fert : la fonte du plomb flst assez de peine, à cause du feu, qu'il falloit en ce lieu-là, on ne le put faire dans la fenestre , à cause de la petitesse du lieu, mais on fut obligé de se placer sur Teschaffaud, et d'allumer le feu avec un fusil , dans une chaudière qu'on mist à l'abri du vent. Y eut toujours un homme , qui le gouverna , ayant auprès de lui un sceau d'eau et des linges mouillés, pour jetter dessus en cas de surprise de quelque tourbillon , qui eust pu emporter les charbons sur l'église ou dans la ville. Il n'arriva rien de fascheux , Dieu mercy I et l'ouvrage fut si bien suivi par Messieurs les commis à l'œuvre, qui le visitoient souvent, qu'en vingt-sept jours de travail il fut fini , et pour très-peu de despenses, quoique vingt ans auparavant, des entrepreneurs de Paris, venus exprès pour le faire, eussent demandé vingt mil livres.
L'on osta ensuite les crampons qui estoient le long de la pyramide, au dessous de la petite fenestre, et ou ne laissa que ceux qui sont au dessus , scellez sur les branches de fert, qui descendent de la pomme ; ils sont au nombre de vingt-six.
Ouvrages faits à la pyramide du clocher neuf en 1680.
Pendant qu'on travailla au restablissemeut de la pointe du vieil clocher, les ouvriers s'apperceurent que la chappe de plomb du dessous de la pomme du clocher neuf se laissoit aller, et ne tenoit plus aux agraphes qui la retenoient; on fut la visiter, après qu'on eut achevé l'ouvrage du clocher vieil, et l'on trouva qu'elle estoit preste à quitter, et que les soudures en ayant manqué, principalement du costé des grands vents, il estoit tombé de l'eau entre elle et le clocher, qui avoit beaucoup gasté la pierre , ce qui obligea de faire faire une nouvelle chappe, plus grande et sans soudure, ou très-peu, mais à ourlets bien joints et bien rabattus en tournèze ; l'on trouva aussy que plusieurs pierres des cordons estoient esclattées, et prestes à tomber; on les arresta avec cordons et colliers. Gomme ces fractures estoient en plusieurs endroits du clocher, on ne fist point
d'eschaffaut, mais on les répara à la corde nouée, et Ton scella An. 1680. les crampons en plomb, qu'on flst fondi-e dans la fenestre du bas de Téchelle de fert : on le fondoit en bonne quantité, afin qu'il conservât plus longtemps sa chaleur.
Pour placer la nouvelle chappe , il fallut construire un eschaffaut à la pointe du clocher, ce qui ne fut pas fort aisé, parce qu'il le fallut faire en Tair, attendu que ceste pointe ne pouvoit estre percée à cause de sa petitesse : on le fit néantmoings de cinq pièces de chevron disposées de telle manière qu^elles entouroient le clocher et dont les bouts s'excédoient les uns les autres, sur lesquels on cloua des planches, après pourtant avoir retenu ces bouts par des cordages, qui descendoient de la croix et des barreaux qui sont sur la pomme. Ces chevrons étoient accouplés par des entailles , dans lesquelles y avoit des chevilles de fert, et on en arresta quelques-uns fermement aux barreaux de Féchelle de fert. L'on eust beaucoup de peine à arrester cette chappe, parce qu elle a six pieds de haut et qu'elle est fort pesante, néantmoings à force de pattes et de ferrailles^ scellées en plomb, l'on en vint à bout, après quoi l'on restablit les bras de la croix, en ressoudant les lames de cuivre dont ils sont revestus. L'on flst aussy un grand cercle de fert qui entoure par le bas la virole de la pomme, qui se trouva toute écartée, et quelques morceaux mesme prests à tomber. La verge de fert, où estoit le croissant, se trouva si mangée de rouille, qu'on en remit une autre, mais au lieu d'y remettre le croissant, on le réserva pour le clocher vieil, qui n'avoit point de girouette, le hault de la croix aiant esté emporté d'un coup de tonnerre, et on fit faire le soleil qui s'y veoit à présent; on flst venir pour cet effet, deux plaques de cuivre de Paris, du poids de cinquante-cinq livres, dont on le fabriqua. Il est double, embouty des deux costés, et à cinq pieds de haut. On le monta par dehors le clocher du costé du fil de fer de l'horloge, pour estre à l'abri du vent, et fut mis dans sa verge, au moyen d'une écoperche, attachée à la croix, et qui l'excédoit de dix pieds à douze, au haut de laquelle il y avoit une pouUe. Le croissant qu'on fist dorer aussi bien que le soleil, fust mis ensuite au clocher vieil, après avoir fait faire une douille à queue, qui entre dans le bout de la croix , cassée par la foudre.
L'on a remarqué ici toutes les particularités de ces ouvrages , IV. 25
An. 1680. affln que si un jour, on a besoin (i*y travailler en ces endroits, on connoisse de quelle manière on en a usé, laquelle a trèsbien réussy, il n'y eut que quatre ouvriers employés à la suivre, sçavoir : Bernier, un compagnon, un manœuvre et un tailleur de pierres; Bernier gagnoit vingt sols par jour, son compagnon et le manœuvre douze sols , et le tailleur de pierres dix-huit sols. Et comme ils furent les uns et les autres fort soigneux, et n'appréhendèrent pas le péril, Messieurs les conunis à Tœuvre leur donnèrent, outre leurs gaiges ordinaires, le double des journées qu ils avoient employées dans ces répa-* rations.
Pendant tous ces différents travaux, l'on mesura exactement la hauteur de l'un et de Vautre clocher, l'on trouva que depuis le milieu de la croisée de la croix du clocher vieil , jusqu'au pavé du cloistre, il y a cinquante et une toises deux pieds quatre pouces , et depuis ce milieu de la croix jusqu'au haut du croissant, six pieds, qui font en tout cinquante-deux toises deux pieds quatre pouces. Et la hauteur du clocher neuf fut trouvée de cinquante-sept toises cinq pieds depuis le cloistre jusqu'aux bras de la croix et dix pieds de ces bras à l'extrémité des rayons du soleil, qui font pour la hauteur, cinquante-neuf toises trois pieds, d'où ostant du clocher neuf, cinquante-deux toises deux pieds quatre pouces , restera sept toises huit pouces , ou quarante -deux pieds huit pouces, de différence de l'un à l'autre.
En la mesme année 1680, l'on j^présenta à la compagnie, que VescaUer des Trois-Degrés estoit si usé , qu'on ne pouvoit plus le descendre , sans gUsser et sans tomber ; on mist en délibération la proposition pour sçavoir si c' estoit aux frais du Chapitre qu'il se debvoit restablir. La pluralité alla que ce devoit estre à la ville à le faire refaire, attendu qu'il estoit hors le cloistre , et que ce seroit une charge à l'avenir pour le Chapitre si l'on s'ingéroit d'y faire travailler. L'on en parla à Messieurs de la ville, qui s'offrirent volontiers à le faire remettre en état, mais ayant fait réflexion sur la bonne volonté de ces Messieurs, on reconnut qu'elle n'étoit pas sans dessain et on représenta que s'ils avoient droit de faire faire cet escalier, et qu'il appar-
tint à la ville, les habitants prétendroient avoir entrée par cet An. 1680. endroit dans le cloistre, tontesfois et quantes. Mais comme saint Louis ne Ta fait fermer de murailles que pour obvier aux insolences des habitants, il fut convenu qu'on le rétabliroit incessamment, quoi qu'il constat, ce qui fut fait.
Dans un petit volume publié tout récemment pour la première fois et intitulé : Mémoires pour servir à V histoire des Maisons royales et bastimens de France , par André Félïbien, sieur des Axmux, on trouve des renseignements très-intéressants, qui ont trait précisément à cette réparation du vieux clocher dont parle le chanoine Estienne dans les quelques pages qu'on vient de lire. Ce volume ayant été tiré à très-petit nombre pour la Société de THistoire de l'art français (1), peu de personnes pourront se le procurer, et elles liront avec plaisir, j'en suis certain, les pages suivantes d'André FéUbien, notre illustre compatriote :
a En passant à Chartres, au mois d'aoust dernier (1680), dit-il, je vis que l'on se disposoit à raccommoder le hault du vieux clocher de la grande église, qui estoit fort endommagé et au péril de plus grande ruine par des fractions qui s'estoient faites et des pierres qui s'estoient détachées. Il y a longtemps que le Chapitre estoit en intention de le réparer, mais la diffl-
(1) Le volume que nous citons a été publié par M. An. de Montaiglon d'après une copie appartenant à la Bibliothèque nationale. Mais il existe de rouvrage de Félibien un autre exemplaire manuscrit , beaucoup plus beau et plus complet, M. de Montaiglon en convient lui-même, que celui qui a servi à Tédition moderne. Cet exemplaire est conservé au château de Chevemy, et nous sommes heureux de saisir cette occasion de remercier le propriétaire , M. le marquis de Vibraye , qui , sur notre demande, à la suite du Congrès scientifique de France tenu à Chartres en 1869, a bien voulu en faire faire ime copie, déposée aujourd'hui à la Bibliothèque publique de notre ville.
culte de trouver des ouvriers, qui voulussent travailler dans un endroit si eslevé, et la despense qu on appréhendoit avoient toujours fait différer. Cependant, comme M' Estienne, chanoine de cette église, se trouva en charge et l'un des officiers que l'on appelle de l'œuvre , son zèle et Tintelligence qu'il a dans les arts luy fist entreprendre ce qu on avoit toujours retardé.
» Ne trouvant point de maçons qui voulussent monter si hault, il prist des couvreurs; mais il falloit quelqu'un pour les conduire et pour avoir l'œil à ce qu'ils feroient. Dans le Chapitre peu de personnes se trouvoient propres et capables pour cela, et assez hardies pour monter au hault d'une piramide qui a plus de cinquante toises d'élévation. Il ne fist nulle difficulté d'y aller: il montra le chemin aux ouvriei*s, et, après avoir fait mettre autour du clocher, à quatre thoises ou environ de la pomme, qui estoit l'endroit où il falloit commencer à travailler, un eschaffaut de deux planches seulement, qui ne faisoient pas trois pieds de large, il y monta des premiers, et ensuite par les crampons de fer jusque sur la croix, pour voir ce qu'il y avoit à réparer, et il ne se passa point de jour, pendant ce travail de deux mois, qu'il n'allast visiter ce que l'on faisoit. Il est vrai qu'en cela il fist ce que pas un maçon n'osa entreprendre, et il arriva mesme une chose surprenante, c'est qu'un maçon ayant voulu essayer s'il auroit assez de force et de courage pour travailler en ce lieu-là, monta dans le clocher, où il n'y a, depuis la sonnerie, que des eschelles et des écoperches pour aller jusques à la fenestre par où l'on sort dehors et où estoit l'eschafaudage ; cet homme qui enfin estoit arrivé jusques là dans une obscurité qui est si grande qu'à mesure que l'on monte il semble que l'on entre dans un profond abisme, parce qu'il n'y a d'ouverture que par le bas du clocher, et se trouvant à la fenestre, le grand jour, une si vaste estendue de ciel et de terre qu'il découvroit autour de luy, et la hauteur où il se trouva, luy troubla si fort l'esprit que ce qu'il peut faire avec beaucoup de peine fut de descendre en bas et l'émotion qu'il eust fist un tel effet que, la fièvre luy ayant pris, il mourut peu de jours après.
» Comme j'eus apris tout cela en passant, je prié M' Estienne de vouloir bien faire quelques remarques sur les pierres et la manière dont ce clocher est basty, parce qu'estant ancien de
plus de 700 ans, à l'exception de la piramide qui a été réparée en 1397, on en peut tirer quelque utilité; ce qu'il me promist de faire. Mais afiin de lui expliquer mieux ce que je désirois , je crus, après estre party, qu'il valoit mieux luy envoyer un mémoire des choses principalles que je souhaitois le plus; et, comme elles ne sont pas inutilles à scavoir pour ce qui regarde les bastimens, j'ay cru pouvoir mettre icy ce que je luy escrivis, avec sa response, pour mieux juger de la vérité des faits.
Je ne puis m'empêcher de vous écrire , Monsieur , et de vous prier encore que, pendant que vous faites vos visites au vieux clocher, de vouloir bien , comme vous m'avez déjà promis, en prendre toutes les mesures, dedans et dehors, autant qu'il se pourra , d'observer partout la grosseur et la nature des pierres ;
Si elles sont esgallement dures ; les dures résistant toujours plus que les tendres ;
Si , du costé où elles se gastent le plus, les dures sont plus ou moins endommagées que les tendres;
Si elles sont toutes esgallement maçonnées et jointes les unes aux autres ; combien il y a d'espoisseur de mortier entre les joints;
Si elles sontrenduites par dedans le clocher ; si les pierres qui sont gastées le sont jusques au dedans du clocher;
S'il n'y a point de recouvrement des unes sur les autres par dehors;
Si elles diminuent de grosseur à mesure qu'elles montent;
Si celles qui estoient engagées par du fer et qui se trouvent gastées, estoient tendres qu dures,
La grosseur des pierres et leur nature est presque toute différente.
Il y en a de 1 , 2 , 3 f / 4 pieds de long sur 12 eM6 poulces de hault.
• Elles ont esté prises particulièrement près de Chartres, comme à Der^ chères y Ver, Rozay , Emprainvitle , et quelques-unes du côté de Maule , au dessus de Mont for t.
Elles ont différente dureté selon la bonté des carrières.
Les dures résistent toujours plus que les tendres.
Vespoisseur du mortier qui les joint augmente toujours en montant, de sorte qu'il est quelquefois de 2 doigts.
Elles sont enduittes aux estage^ bas, mais non à la piramide.
Elles n'ont point de recouvrement qu'à la piramide.
Elles sont extrêmement meslées jusques à la piramide, qu'elles se trouvent à peu près de mesme grosseur, sçavoir de iO à \2 pouces sur 8 pouces de hault.
Les tendres sont plus gastées, c est 'à-dire fendues que les dures..
ou s'il y en a des unes et des autres, et lesquelles sont les plus gastées ;
Si le fer enfiloit et traversoit les pierres aux endroits qui se trouvent ouverts et où il y a fraction , ou bien sUl estoit seulement enclavé dans les pierres ;
SUl estoit rond ou quarré, de quelle grosseur, et si les pierres estoient percées, et la longueur des barres de fer ;
Si ce mesme fer estoit revestu de feuilles de plomb, ou trempé dedans ;
Et, s'il s'en trouve de différentes sortes, observer celuy qui a fait le plus d'effet ;
Si le fer ne s'est rouillé que du costé où les pierres ont été touchées de l'eau ;
S'il s'est bien conservé dans les endroits où il a esté à couvert ;
Si l'air seul n'y a point fait impression ;
Si au lieu de fer il ne se trouve point qu'on se soit servi, parmy les pierres, de crampons de cuivre ou de bois, et en quel estât Hz se sont trouvez, et si les pierres en ont esté endommagées ;
La différence qu'il y aura du fer qui est le plus à l'air, et s'il ne s'y trouve point plus d'aigreur au toucher : taschez, s'il vous plaist, de voir de tout cela ce qui est le plus ancien ;
Observez aussy la nature du bois du beffroy, et, si vous pouvez le dessigner pour voir la composition
Il ne Us enfiloU pas, mais, les fnen^es estant taraudées, il estoit sceUé dedans avec du mortier pur et simple.
n estoit quarré, d'un pouce ou 15 lignes ds gros.
Il n'y avoit point de plomb.
n estoit tout égal, à V exception de quélques-vm où il y avoit des coins de fer pour les affermir dans les bouts.
Le fer s*est rouillé esgallement autour du mortier, mais plus à la sortie de la pierre que le reste qui estoit en plein air.
n s*est bien conservé, enfermé dans la pierre sans mortier, ou couvert de plomb et sans air.
Ce qui estoit en plain air ïest conservé, et la partie immédiate, qui sort du lieu où il estoit engagé, a esté plus sujette à se gaster.
n ne ïest point trouvé de cuivre ny de bois.
On n'y a point fait d'expériance.
Il est de chesne ; on n'en a pu faire le dessein, faute de tem]^, non plus que des cloches^
et Tassemblage des pièces de bois et leur mesure, cela sera très-bon, et en mesme temps celles des cloches ;
Et aussy avoir toute la hauteur et la largeur de tout le clocher, du haut jusques en bas, par parties, et voir par vos Mémoires ce qui aura esté fait de plus nouveau ;
Quoyque ces remarques soient assez amples, vous pouvez encore.
Monsieur, adjouster toutes celles que vous trouverez à propos que je seray ravi de voir.
La luiuleur de tout le clocher y.
depuis le milieu de la croisée de la croix jusques au pavé du premier estage, est de 51 ihoises et demye.
L'on envoyé du vieil fer qui a esté pris à la pointe du clocfier , et du mortier^ avec un morceau de la pierre dont la piramide est corntruitle.
Ce que Von peut remarquer sur ces pierres est que celles qui sont exposées aux grandes pluyes et au Midy paraissent plus dures dans leur superficie que celles du Nord.
» Avec cette response exacte, que M' Estieune fist a ma lettre, il m'envoya un profil de Télévation du clocher, ses mesures et des remarques particulières escrittes à costé.
» Il me fist tenir aussy un morceau de pierre, et du mortier pris dans le mesme endroit où il faisoit travailler. L'on voit par ces deux eschantillons comment l'air et les pluyes en estent tout le sel. Il m'envoya aussi du fer pris à la pointe du clocher et aux crampons qui servent d'eschelles à y monter par dehors, et il m'a confirmé, depuis sa lettre, qu'il a exactement observé que le fer, qui est bien scellé de plomb dans la pierre, n'est point endommagé de la rouille, mais que celuy, qui est simplement dans la pierre ou dans le mortier et qui a de l'air, est tout consonuné et s'en va en poussière par petits feuilletz. Celui qui est entièrement exposé dehors et à l'air n'est pas gasté de la sorte, mais bien le fer qui est, comme je viens de le dire, ou fiché dans la pierre, ou scellé avec mortier, et à l'endroit mesme qui est proche de la maçonnerie, car, estant davantage empreint de l'air et de l'humidité de la pierre et du mortier, le mortier et la pierre luy communiquent les sels dont elles sont souvent abbreuvées, ce qui fait qu'il se rouille davantage que celuy qui est exposé au vent et au soleil , et comme ces
sels le remplissent et que la rouille l'enfle et le fait eslever par feuilletz, c'est aussy ce renflement du fer qui fait esclater les pierres et qui est cause des fractions qui se sont faites dans ce clocher, et que les pierres s'en destachoient.
» Cette humidité de Pair et le sel nitreux qui s'y rencontrent ont tant de force sur le fer, lorsqu'il n'est pas à couvert, que M»- Estienne m'a dit qu'il a veu les branches de la croix du clocher neuf, qui fut refait en 1506, lesquelles sont recouvertes d'une lame de cuivre; mais, parce qu'elle ne joint pas bien par dessoubs, l'air y a trouvé un passage, et l'humidité qui s'y est arresté ont tellement mangé le fer qu'il s'en va en poudre fort menue : ce qui ne seroit pas arrivé de la sorte s'il eust esté entièrement couvert de cuivre, ou tout-à-fait exposé au vent. Ainsy, au lieu de fortifier un ouvrage en y mettant du fer, on avance souvent sa ruine.
» Il m'a depuis communiqué une autre observation qu'il a faite touchant le plomb dont l'église est couverte. Ne sçachant d'où venoit l'eau qui pourrissoit quelques endroits de la charpente, veu le grand soin qu'on prend à faire travailler à la couverture, il apercent enfin de petits trous dans le plomb, et, les ayant examinez avec soin , il connut que c'estoit les vers qui s'engendroient dans le bois qui perçoient aussy le plomb et y faisoient les mesmes trous et les mesmes chemins que dans le bois, ce qu'il m'a fait voir par un eschantillon qu'il m'a envoyé. Comme ces ouvertures ne sont pas toujours percées droites et qu'elles sont fort petites, il est difficile de les appercevoir. Cependant, quoyques petites, la quantité fait qu'avec le temps il ne laisse pas de passer de Teau, dont on ne s'apperçoit que quand le bois est gasté. »