‹ Histoire du diocèse et de la ville de Chartres (volume 2)Chapitre 5 sur 67 · CHAPITRE XXL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXL

Le duc de Guise tué devant Orléans par Poltrot. Commission du Pape pour informer contre les évêques de France qui sentoient mal de la Religion : Charles Guillard comprins en icelle en est excusé. Hàvre-de- Grâce récupéré sur les Anglois. Parolles mémorables de madame Renée de France. Majorité du roi Charles IX. Edit pour les dixmes. La reine de Navatre excommuniée. Edit contre Valiénation. Vannée réglée au premier jour de janvier. Concile de Trente achevé. Voiage du Roi par la France. Plaintes contre les Huguenots. Election de Pape.

APRÈS la bataille de Dreux, l'Amiral qui s'étoit retiré à Orléans, au lieu de s'en aller en Normandie, s'en alla en Berri où il prit quelques villettes. Le duc de Guise qui, pour l'absence du connétable qui étoit prisonnier des Huguenots, avoit été déclaré lieutenant-général de l'armée roiale, s' estant avancé jusques à Tours où étoit le gros de l'armée, alloit et venoit à Chartres et dans la Beausse, où il donna l'épouvante à messire Simphorian de Durfort, sei-

gneur de Duras, qui lui rendit Etampes et Pluviers, et rosdant An. 1563. à Fentour d'Orléans tâchoit d'enlever Baugenci.

Le Roi, durant ce lems-là, vint à Chartres et y passa la feste des Rois et y demeura bien trois semaines pendant lesquelles il fit sortir la garnison qui étoit dans la ville et incommodoit fort le bourgeois. Il fit venir en ceste ditte ville tout le conseil privé et quelques députés du Parlement de Paris pour faire, à ce qu'on disoit, le procès au prince de Condé. Le sieur de Danville qui jugeoit que, s'il pieu voit sur le Prince , il dégouteroit sur le connétable son père, rompit ce coup. Le Roi s'en allant à Blois au partir de Chartres , fit conduire le Prince après lui et Tenvoia puis après dans le château d'Anzin près Amboise. Pour le duc de Guise, il s'approcha d'Orléans où étoit Dandelot; l'Amiral qui avoit de nouveau pris Gergeau et Sulli , print sa marche en Normandie, pensant divertir l'armée du duc et la rendre moins forte. Le Roi tâcha de faire de même et désunir les Huguenots, faisant publier le 24 janvier une aboUtion générale de tout le passé à tous ceux de la prétendue religion , qu'il restituoit leurs biens avec deffenses expresses aux juges de les inquiéter , Sa Majesté les prenant en sa sauvegarde.

Cela n'empêcha l'Amiral de poursuivre sa marche vers Evreux où il ne toucha, envoia Moni et sa compagnie avec quelques argoulets pour secourir Caen que le marquis d'Elbeuf tenoit comme bloqué et s'en alla au Havre, où Maligni, vidame de Chartres, commandoit, pour recevoir cinq compagnies d'Anglois, de Tartillerie, de la poudre, de l'argent que la reine d'Angleterre y envoioit. Aiant fait ce qu'il prétendoit, il fut le 1" jour de mars devant Caen qui, dès le lendemain, se rendit à composition.

Le duc de Guise avoit dès le 5 febvrier précédent investi Orléans et se faisoit fort de l'emporter. Le connétable qui y étoit prisonnier, prévoiant la nécessité des assiégés et les désordres qui en pourroient arriver proposa quelque paix à la princesse de Condé, sa nièce, à Dandelot, son neveu, et à d'autres* de leur ligue. La Reine s'entremit aussi de la faire et étoit tellement ébauchée qu'on espéroit que facilement on parviendroit à la générale. Mais le duc de Guise aiant été tué pendant ces traités, un 18 février, par Jean Poltrot, sieur de Merey dans l'Angoulmoisin, rompit toutes leurs bonnes intentions. Le corps

An. 1563. dudil sieur de Guise fut apporté à Chartres et reposa dans le chœur de la cathédrale, et le lendemain lui aiant été fait un service solennel parle Chapitre, il fut conduit partout le clergé exempt et non exempt, jusques à Saint-Georges-de-la-Banlieue, avec lesquels assistèrent les officiers et corps de ladite ville, et de là il fut mené à Paris.

La paix se renoua entre le Roi et le Prince qui fut mis en liberté avec le connétable , et les Reistres et autres compagnies furent congédiés, qui s'en retournèrent avec plus d'or et d'argent qu'ils n'en avoient apporté.

D'un autre costé, le Pape donna un mandement spécial aux cardinaux commis au fait de l'inquisition , de faire citer à Rome , personnellement, à certain jour par devant eux, quelques prélats françois qu'ils avoient apprins être tombés au crime d'hérésie , en quel heu qu'ils fussent, sinon et qu'on ne pût approcher du lieu où ils seroient, aux heux plus prochains, affln qu'ils n'en pussent prétendre cause d'ignorance. En vertu de ceste commission, les commissaires firent citer Oudet de CoUgni, cardinal diacre, évêque de Beauvais, qui s'étoit déclaré du parti huguenot; Saint-Germain, archevêque d'Aix ; Jean de Moulue, nommé seulement à l'évêché de Valence; Jean- Antoine Caraccioli, napolitain, évéque de Troies en Champagne, JeanBarbanson, évêque de Pamiers; Louis d'Albret, évêque de Lescar; François de Nouailles, évêque d'Ags; Jean de Saint-Gelais, abbé de Saint-Maixant en Poitou, évêque d'Uzez, qui se fit prédicant; Charles Guillard, évêque de Chartres, et Claude de Renti, évéque d'Oléron, naguères chevecier de Saint-Georges de Vendosme. On y a ajouté l'évêque de Lectoure, mais mal-à-propos, veu que Guillaume de Mombas, qui étoit lors en possession de ceste prélature, assista au concile de Trente et s'y trouva dénommé entre les évêques françois qui y assistèrent, et y a apparence qu'on aie pris Lectoure pour Lescar.

Pour quelques-uns des premiers et autres desquels nous avons parlé au chapitre XVIII de ce livre, il n'y a point de doute qu'ils apostazièrent de la reUgion catholique et que le cardinal de Châtillon, pour se moquer du Pape, épouza en son habit de cardinal Isabeau d' Auteville , dame de Loré , au grand opprobre de sa condition et au grand scandale des gens de bien. Mais je ne l'accorderai si facilement des évêques de Valence,

Chartres etd'Oléron, veu que, pour ce dernier, il demeura dans An. 1563. son évêché jusques à son décès, qui fut en 1595, qu'il mourut en la communion de Téglise romaine, que, s il s'est porté peut-être trop lâchement en sa charge et ne s*est opposé aux violences de la reine de Navarre, il Ta fait par respect, étant sa bienfaitrice et Taiant fait ce qu'il étoit, et de plus étant en un pais où il n'avoit la force de résister; mais sa dernière fin aiant fait veoir le contraire de ce dont on l'accusoit, il me semble qu'il ne doit être comprins parmi ces prélats hérétiques.

Pour celui de Valence, je n'estime pas qu'il eût été emploie parle roi Charles IX, qui haïssoit mortellement les Huguenots, en plusieurs affaires et ambassades de conséquence pour les catholiques, s'il eût été des supposts de ceste secte, et le Chapitre de Tolose, ville très-catholique, n'eût permis qu'il eût esté inhumé dans ceste métropolitaine , dessoubz l'ancien pulpitre, près l'entrée du chœur, s'il fût décédé huguenot, desquels messire Biaise de Monluc, son frère, maréchal de France, étoit l'ennemi juré.

Quand à Charles Guillard, je m'étonne conune il fut comprins avec les autres entichés ou soubçonnez d'hérésie , veu que messire André Guillard, sieur de l'Isle, son frère, étoit ambassadeur à Rome, et qu'à son égard il étoit fort soigneux de son diocèse auquel il pourvoioit de bons pasteurs et de personnes de doctrine et probité. Mais, comme bien souvent on jette dans l'église des euCans qui n'y ont ni inclination ni affection, ains seulement pour la décharge des familles, ce prélat aiant esté destiné dès ses jeunes ans à l'ordre ecclésiastique contre sa volonté, il ne faisoit guères de sa charge lui-même , mais il avoit trois évêques qui l'assistoient et sur lesquels il se déchargeoit de partie de ses soings. C'étoitles évesquesdeTréguier, deSébaste et de Philadelphe qu'il emploioit d'ordinaire en la collation des ordres, bénédictions de calices, de croix, d'ornements, cimetières, vases et autres choses, en consécrations d'églises et d'autels et en semblables exercices que requéroit le deub de sa charge.

Ce n'est point qu'il n'en print quelquefois lui-même la peine,

ainsi qu'il se veoid par les registres du secrétariat de l'évêché

de Chartres, dans lesquels il se trouve plusieurs fonctions épis-

copales faites par lui, tant pour la collation des ordres, tenue

An. 1563. de sinodes, publication de statuts et réglemens, adverlissemens aux curez et autres de son diocèse, touchant la doctrine catholique, apostolique et romaine. Je peux rapporter en cet endroit une lettre écritte de sa main , le 13 dudit mois de mars de ceste présente année, à maistre Louis Charpentier, chanoine théologal de Chartres, son grand- vicaire, qui témoigne toute autre chose que ce qu'on pensoit de lui , et son zèle à la religion ancienne.

a Monsieur Charpentier (lui écrit-il), aiant l'occasion de ce » porteur, je n'ai voulu faiUir de vous remercier des bons » offices et debvoirs de prédication, où vous vous emploies y> souvent pour moi et en mon acquit, où je suis marri que je » ne puis mesmes assister pour en percevoir le fruit, que j'es- » père que Dieu fera fructifier à vos auditeurs ; ce dont je le » supplie et pour nous le semblable s'il lui plaist. Et d'autant » que j'ay entendu que les ordres se tiennent à Chartres sab- » medi prochain par U^ l'évesque d'Ebron, je vous prie, » adjoutant toujours aux obligations précédentes, joindre aussi » cette peine , que de vouloir assister à Texamen des ordinaires » et les faire, s'il est possible, tous passer soubz votre advis et » examen, car je ne désire pas qu'il yen aie grand nombre, » estimant que, quelque avertissement et renvoi qu'on leur a » fait par le passé, peu encores ou plutost nuls se trouveront » dignes de ceste charge , et vous promets que ce qui m'a tant » retenu et retardé depuis quelque tems jusques à ceste heure » d'en promouvoir, çà esté la caution que j'ai veu que plusieui^s » gens de bien y requéroient et qu'il ne s'en admit aucun qui » ne fût ascript au service et ministère de quelque égUse, » remettant donc à vostre prudent advis et rehgion ceste affaire. » Ecrit aux Vaux, ce 14 mars 1563. »

Ce n'est pas là, ce me semble, parler en hérétique, mais en bon prélat et catholique. Il est vrai qu'il étoit moins retenu en ses paroUes qu'en ses mœurs, n'approuvant beaucoup de choses qui se practiquoient dans l'EgUse, desquelles il parloit trop librement, ce qui le fit soupçonner de favorizer aux Luthériens par ceux-là qui ne goûtoient son humeur d'ailleurs fort douce, estant d'une très-agréable et facile conversation, civil, courtois et modéré au possible, se plaisant en la conversation des gens doctes, desquels il avoit toujours quelques-uns à sa suitte, pour

conférer et lui tenir compagnie en la solitude et retraitte des An. 1563. Vaux-de-Cernai dont il étoit abbé et où il se plaisoit. Mais en ce lems-là parler de religion et cérémonies d'icelle autrement que ne vouloient les plus sérieux et zélés, étoit crime et ne falloit que prononcer un mot de travers pour faire crier au huguenot. Quoique c'en soit, il est mort en la communion de l'église romaine ; qui me fait mieux penser de lui qu on ne faisoit à Rome.

Dès le mois de janvier précédent, madame Renée de France, duchesse de Ferrare et de Chartres, s étoit retirée à Montargis qui lui appartenoit. Plusieurs de la nouvelle religion qu'elle avoit embrassée s'y étoient retirés soubz son adveu. Le duc de Guise, gendre de ladite dame, qui étoit fort contraire à ce parti, envoia le sieur de Malicome, chevalier de l'ordi^e du Roi, avec quatre compagnies de cheval , pour se rendre maistre de la ville et du château. Ayant gaigné la ville, il sonuna ladite dame de rendre ledit château, dans lequel elle étoit avec un bon nombre de Huguenots, la menaçant que, si elle ne vouloit le faire, il feroit pointer le canon contre. « Avisés bien (lui » répondit-elle) à ce que vous entreprenés. Il n'y a homme en « ce roiaume qui me puisse commander que le Roi. Et si vous » en venés là, je me mellrai la première sur les murailles pour » veoir si vous serez assés hardi pour tuer la fille d'un Roi, » n'estant si peu apparantée ni si peu aimée, que je n'aie » moien de me ressentir de votre témérité jusques aux enfans • du berceau de votre lignée. » Ce qui fit retirer ledit seigneur sans s arrêter davantage après ledit château.

Le comte de Warvick qui étoit dans le Hâvre-de-Grâce pour la reine d'Angleterre, l'aiant rendu au connétable le 28 de juillet, le Prince s'attendoit bien d'avoir la Ueutenance générale du roiaume au Ueu du roi de Navarre. Il s'en veit fort reculé par l'artifice de la Reine-mère qui étoit à Rouen avec toute la Cour, laquelle fit aller le Roi au Parlement, le 4 d'aoust 1563, où, séant en son lit de justice, se déclara majeur, aiant atteint l'âge porté par les règlements et déclaration du roi Charles V et commit la Reine à la surintendance des affaires de Sa Majesté, rendant vaines et illusoires par ce moien toutes les espérances du prince de Condé.

De Rouen, le Roi estant allé à Dieppe, il fit un édit ou décla-

An. 1564. ration en faveur des ecclésiastiques, particulièrement du diocèse de Chartres, pour raison du paiement des dixmes et champarts et autres redevances, qu'il voulut et enjoignit à un chacun qui les leur devroient de les paier très-exactement, à peine de saisie de leurs biens et lieux, sujets à tels droits et autres peines portées par ladite déclaration.

Le Pape, picqué de quelques parolles avancées par le sieur Ferrier, ambassadeur de France, qu'il tenoit pour confident du feu roi de Navarre, excommunia Jeanne d'Albret, sa veuve, pour ce qu'elle faisoit profession publique du calvinisme et traittoit mal les catholiques de ses terres de Béarn et de Gascongne, d'où elle avoit banni l'exercice dte la religion romaine ^ et avoit fait venir de Genève le ministre Merlin avec une vingtaine de Basques pour y prêcher en langue du pals, et fit pubUer contre elle un monitoire à Rome le 28 de septembre, par lequel elle fut citée à comparoir dans six mois pardevant les cardinaux en leur consistoire pour répondre de sa religion et croiance; au défaut de quoi faire, elle fut déclarée hérétique, ses biens confisqués et abandonnés au premier qui s'en empareroit. Sur l'opposition que le Roi fit à la confiscation de ses biens, entr'autres de ceux qu'elle possédoit en ce diocèse, sçavoir Vendosme, Espernon, Châteauneuf-en-Thimerais et Champrond, le Pape ne passa plus outre, et^le bruit de ce tonnerre ne fut ouï qu à Rome.

Au commencement de l'an 1564, sur les remontrances faites à Sa Majesté par les ecclésiastiques, il leur fut permis par un édit de retii-er les terres qu'ils avoient aUénées pour subvenir aux cent mille écus de rente contenus dans Tédit d'aliénation qui fut pubUé en Parlement le 26 janvier. Le chancelier de l'Hôpital en ajouta un autre , au regard du tems auquel dorénavant commenceroit l'année. En France, cela n'étoit point réglé, les uns, comme les Angevins et Poitevins, la commençant à l'Annonciation de Notre-Dame , les autres régulièrement à Pasques , les autres qui suivoient le calcul de Rome, à la Nativité de Notre- Seigneur. Et, d'autant que Pasques étoit une feste mobile, commençant l'année par icelle, cela sembloit troubler le commerce , à cause que advançant ou reculant selon le cours de la lune qui n'aiant de tems asseuré, il fut ordonné par cet édit que l'année ne commenceroit à l'avenir par toute la France

qu au premier jour de janvier et finiroit le dernier de décembre. An. 1564, Ce qui fut confirmé par l'ordonnance de Roussillon faite au mois de juillet suivant. Et quoique le Parlement fît quelque difficulté de le passer, l'usage néamoins l'a emporté et a été receu généralement par la France suivant l'arrêt du 7 décembre 1582.

Sur l'avis qu'eut Sa Majesté que Tédit de pacification n'avoit été bien receu en quelques provinces, la Reine le porta à faire une reveue de tout son roiaume, pour, par sa présence, calmer les esprits les plus esmeus et retenir les plus mutins en devoir , et, de crainte que la reine d'Angleterre à laquelle depuis naguères on avoit enlevé le Hâvre-de-Grâce, ne brouillât pendant l'absence du Roi, il fit la paix avec elle et partit de Fontainebleau le 13 mars. Estant à Troies, il y fit publier ceste paix le 6 d'avril , d'où il print la marche de Lion et Roussillon , viUe appartenant au sieur de Tournon , où il fit cet édit qui en porte le nom par lequel il enjoignoit à tous ses sujets de vivre en bonne intelligence les uns avec les autres et défendoit de s'entre -troubler en l'exercice de leur religion à peine de la vie.

Cet édit, qui étoit comme l'interprétation de celui de la paiJt faite à Orléans , donnoit bien des affaires aux sectaires qui se plaignoient hautement de ce qu'on leur défendoit de prêcher, fors es lieux portés par l'édit, et de faire sinodes sans lesquels, à ce qu'ils disoient, il étoit impossible de maintenir la discipline. Ils se plaignoient encore de ce que le sieur de Chavigni, lieutenant de M. de Montpensier au païs du Maine, et messire Charles d'Angennes, évêque du Mans, fils de messire Jacques d'Angennes, seigneur de Rambouillet, marchoient en armes pour empescher les violences que les gentilshommes huguenots faisoient aux catholiques; surtout ils firent grand bruit de la mort de la Curée, gouverneur de Vendosme et païs Vendomois, qui avoit été, disoient-ils, assassiné par quelques gentilshommes, ses voisins, lesquels, aiant été pour ce mis en justice, se trouvèrent innocens et en furent absous.

Au partir de Roussillon , le Roi s'en alla visiter les principales villes du Daufiné, de la Provence et du Languedoc, où il demeura longtems à cause de l'hiver qui fut fort fâcheux en neiges et en gelées , qui furent telles par toute la France que, de

An. 15C6. mémoire d'homme, il ne s y en étoit veu de semblables. Estant à son retour à Goignac, la navigation de la rivière d'Eure de Chartres à Nogent-le-Roi fut remise sur le tapis ; mais d'autant que les lettres qu'en avoit donné le roi Henri second, le pénultième du mois d'avril 1548, avoient esté perdues et sans avoir été mises à l'exécution, Sa Majesté en accorda d'autres qu'il confirma par ses lettres patentes du 29 d'août 1565 et permit de les exécuter, selon leur forme et teneur.

Ce fut ceste année que messire Jean d'Estouteville , chevalier, seigneur de Villebon, bailli de Rouen et lieutenant du Roi en Normandie pour l'absence du duc de Bouillon , décéda , chargé d'ans et d'honneur pour les bons services qu'il avoit rendus au Roi et au Roiaume. Mourut aussi le 9 de décembre, le pape Pie IV, après avoir receu tous les sacrements de la main de saint Charles Boromée, son neveu. Un mois après, fut éleu en son lieu Michel Ghisliome, jacobin, fils d'un nommé Paul, laboureur de Bosch en Vlnsubric au diocèse de Dertonne, près d'Alexandrie , d'où il fut appelé plus communément le cardinal Alexandrin que de Sainte-Marie-sur-Minerve son titre. Pour gratifier saint Charles, il print le nom de PieV, en mémoire de son prédécesseur et bienfaiteur.

Le duc de Nemours ayant gaigné sa cause à Rome contre mademoiselle de Rohan, il épouza la veuve du feu sieur de Guise, par le moien duquel mariage il fut après duc de Chartres. Les noces en furent faites à Saint-Maur-des-Fossés où le Roi assista.

Vers le même tems qui fut en juillet, Louis, duc de Montpensier, voiant que Henri-Robert, duc de la Mark, duc de Bouillon, son gendre, et Françoise de Bourbon, sa fille, vouloient embrasser l'opinion nouvelle, il tâcha de les en divertir par une conférence qui fut tenue en l'hostel de Nevers à Paris, entre messire Simon Vigor, docteur en théologie, curé de Mon treuil près Dreux, et frère Claude de Saintes, chartrain, aussi docteur en théologie, principal du collège de Boissi audit Paris, et les nommés Jean de l'Espine, jacobin renié, et Charles Barbaste, aussi carme défroqué, tous deux ministres de la reine de Navarre en Béarn, à laquelle conférence lesdits seigneurs et dames assistèrent.

Barbaste aiant bientost quitté, Hugues Suireau, dit la Rosière,

natif de Rosoi en Thierache, qui étoit lors prisonnier pour An. 156G. avoir composé un livre qu'il étoit loisible de tuer le Roi et la Reine ne voulants obéir à la Religion prétendue reformée, fut mis en sa place. Geste conférence ne servit de guères par Tobstination des hérétiques, lesquels, s*aheurtant plus à leur sens quà la vérité, aimèrent mieux nier la toute -puissance do Dieu que d'accorder sa présence substantielle au sacrement de Teucharistie.

Ce fut aussi en ceste mesme année que les Jésuites se présentèrent pour enseigner à Paris, entre lesquels étoit le P. Pasquier Brouet, natif de Dreux, autres disent d'Amiens, qui, avec le père Ignace Loyola, gentilhomme Navarrois, fut un des premiers qui donnèrent le commencement à cet ordre. Ils furent traversés par l'Université en leur établissement; néamoins ceste compagnie, instituée pour le bien de Téglise et l'extirpation de rhérésie, a subsisté et s'est maintenue contre tous les efforts de ceux qui l'ont voulu heurter.

Madame Renée de France esloit lors à Chartres , qui , par son authorité, faisoit faire le presche^ans la grande salle du palais épiscopal par un apostat qui avoit été autrefois curé ou vicaire perpétuel de Mézières-en-Drouais. Un certain sergent s'estant trouvé par curiosité à un de ses prêches où tous les plus curieux se rangeoient à ceste nouveauté répartoit hardiment et hautement à tout ce qu'il disoit: « Tu as menti, cela est faux. » Ladite dame, offensée des paroUes de ce sergent, le fit prendre et mener devant elle, et l'aiant interrogé pourquoi il traictoit de la façon son ministre qui étoit pour dire la vérité. « Pour ce, » Madame, répondit-il, que, lui estant curé de Mézières, je lui » ai ouï tenir une doctrine toute contraire et ne se peut faire » qu'en ce qu'il a prêché autrefois et ce qu'il dit à présent ne 3 soit faux , estant directement contraire l'un à l'autre. » Il en fut quitte pour se retirer devant elle et ne retourner plus au prêche.

Les Huguenots appuies de son authorité, comimettoient bien d'autres insolences, aiant fait afficher aux endroits plus apparents de la ville ces dix vers blasphématoires contre le saintsacrement de l'autel en la forme qui suit, la clef desquels se peut trouver, comme je l'ai fait en mettant autant de voielles que de points, lesquelles, jointes aux consonnes, font le sens,

An. 1567. qui est comprins en la seconde table, ou deuxième costé, où, s'il y a de la rime, il n'y a guères de raison.

S. d.nq.. s. ch..r .st ...nd. Si donque sa chair est viande

P..r tr.mp.r 1. p.t.t. ..bl.. Pour tromper la petite oublie,

.st es. q.. l.n m. d.ff.nd. Est cause que Ton me defTende

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