CHAPITRE XX
Edit de janvier. Concile de Trente. Le roi de Navarre abjure Vhérésie de Calvin que sa femme maintient en Béam. Menées du prince de Condé qui prit Orléans et atitres villes , où il exerça de grandes cruautés. Rouen assiégé. Le Roi de Navarre y fut blessé dont il mourut. Edit d'aliénation du temporel des églises. Bataille de Dreux gaignée par les Catholiques.
LA Reine mère, bien empeschée de sa contenance, pensant An. 1562. remédier au mal présent par quelque emplâtre bénigne et lénitif , le rengrégea par trop de douceur et cuida perdre tout. Le Roi avoit fait un édit le 17 de janvier 1561 ou 1562 par lequel il retenoit les sectaires en devoir. Geste loi , qui leur servoit de bride à haut mors, les fit crier de façon que la Reine mère, pour les contenter, fit assembler à Saint-Germainen-Laie un président et deux conseillera de chaque Parlement pour aviser ce que Ton pourroit faire. Le Roi, par leur avis, fit une déclaration, le 14 février, par laquelle il interprétoit quelques mots et articles contenus au susdit édit, la publication de laquelle abaissa fort le cœur des Catholiques et Téleva aux Huguenots qui se vantoient d'envoier bientôt le Pape et la Messe hors du roiaume de France. Les princes et seigneurs cathohques qui avoient assisté à ceste assemblée, se repentoient d'avoir consenti et passé ceste déclaration si avantageuse aux religionnaires et si préjudiciable aux Catholiques en faveur du roi de Navarre, veu que c^estoit chose très-honteuse et de pernicieux exemple de veoir à la suite de la Cour chanter la Messe d'un costé, et les Psaumes de Marot et faire la presche de l'autre.
Aussi le Parlement de Paris jugeant de la conséquence refusa de la passer et fut besoing de diverses jussions pour obliger à la faire lire et enregistrer le 6 mars suivant. Le Parlement de Dijon la refusa tout à plat; les autres la passèrent, sans vouloir qu'il en fût rien écrit dans leurs registres.
An. 1562. Le Roi se doutant que le Pape en estant averti ne s'en tairoit pas, pensa de le prévenir, et pour ce dépêcha vers lui Louis de Saingelais de Lansac, chevalier de son ordre, pour faire ses excuses de ce qu'il avoit accordé aux religionnaires par ceste déclaration , ne l'aiant fait que pour le bien de son roiaume et de ses sujets, en attendant que le concile qui avoit été ouvert à Trente, le 18 du mois de janvier dernier, en eût déterminé, promettant d'envoier au plutost les évesques de son roiaume pour se donner audit concile.
Les Huguenots se rendirent cependant redoutables et obUgèrent ceux de Chartres de redoubler les gardes en leur ville et ne laisser que les portes des Epars et Guillaume ouvertes, qui donnoit de Tébat à messire d'Eguilli, qui en étoit gouverneur. Or, sur ce que le Pape avoit mandé au Roi qu'il ne pouvoit approuver ce qu'il avoit accordé aux sectaires et qu'il eût à envoyer en bref ses ambassadeurs audit concile, où ceux de l'Empereur et du Roi catholique s'étoient rendus, il y dépêcha Arnaud Février, président au Parlement de Paris, et Gui du Faur, sieur de Pibrac, qui se rendirent à Trente au mois de mai.
Le cardinal de Lorraine s'y transporta avec bon nombi-e d'évêques et docteurs (entre lesquels fut Claude de Saintes, chartrain, duquel nous avons parlé au chapitre précédent) et y arrivèrent sur la fin de Tannée. Le duc de Guise, qui s'étoit retiré en sa maison de Joinville, aiant eu avis des menées que faisoient le prince de Condé et l'amiral de Colligni et voiant que toutes choses penchoient à la guerre, fit ligue avec le connétable, le maréchal de Saint-André et autres seigneurs pour la manutention de la religion catholique et du roiaume. Le roi de Navarre, auquel le nonce du Pape, l'ambassadeur d'Espagne, le cardinal de Toumon, l'évesque de Mende et d*Escars avoient fait goûter de quelle importance et conséquence il étoit d'altérer et changer la religion en un État, qui apporte d'ordinaire avec soi le changement d'icelui, tel que nous levoions aujourd'hui en Angleterre où le changement de la religion a entièrement bouleversé Tétat qui a été changé de roiaume en république , et le blâme qu'il encourroit d'avoir durant le bas âge et la minorité du Roi laissé introduire au roiaume de France une nouvelle religion contraire entièrement à l'ancienne receue et établie depuis quinze cens ans, il quitta le Calvinisme, chassa ses serviteurs
qui en faisoient profession et se résolut à suivre la doctrine de An. 1562. FégUse romaine. Jeanne d'Albret, sa femme, qui portoit hautement le parti huguenot, s'en alla de dépit en Béam, où elle fit la cène à Pau à Pasques suivantes, et y exerça puis après d'étranges cruautés contre les orthodoxes.
Cependant le roi de Navarre manda le duc de Guise et le cour nétable pour s'opposer aux entreprises du prince de Coudé qui faisoit des assemblées à Paris avec port d'armes : il s'y rendit sur le commencement du mois d'avril, où il fut fort bien receu par la noblesse catholique et fit tant avec le roi de Navarre, le connétable et le maréchal de Saint- André que la Reine ramena le Roi de Fontainebleau à Paris.
Le prince de Condé, accompagné de ceux de la maison de Colligni, s'y rendit pareillement, mais le roi de Navarre craignant qu'il arrivât quelque désordre en ces te ville, à l'exemple de laquelle les autres se règlent, enjoignit à ces deux Messieurs de vuider de Paris : ce qu'ils firent, l'un étant sorti du costé de Brie, l'autre de Hurepoix. Le Prince, qui faisoit de grandes protestations de son obéissance, étant àMeaux, écrivit à l'amiral et autres seigneurs de sa cabale que ce n'étoit le manque de courage qui l'avoit fait sortir de Paris, mais le peu de force qu'il avoit pour résister au triumvirat , entendant par là le duc de Guise, le connétable et le maréchal de Saint- André qu'il qualifioit de ce nom odieux, à l'imitation de celui d'Auguste, Marc Antoine et Lépide , les priant de s'acheminer en dihgence vers lui avec leurs trouppes , comme ils firent. Il levoit semblablement du monde de son côté, qui faisoit croire qu'il avoit quelque dessain de brouiller.
Il le fit éclater par la prise d'Orléans qu'il réduisit en trèspiteux état, aiaut fait mettre le feu dans la cathédrale de Sainte- Croix, qui la brûla avec le cœur du roi François II, celle de Saiut-Aignan avec les ossemens de ce saint et de quantité d'autres que la piété des cathoUques avoit mis comme en dépôt en ceste égUse , ravi les joiaux et ornemens des Ueux les plus saints, foulé le corps de Notre-Seigneur aux pies, trainé les prêtres à la queue de leurs chevaux et iceux meurdris cruellement, après plusieurs indignités.
Delà estant allé à Cléri, il fit rompre le sépulchre du roi Louis XI, en tirer les ossemens qu'il fit réduire en cendres avec
An. 1562. ceux des seigneurs qui avoient autrefois eu dévotion d'y avoir leur sépulture; fit abattre le crucifix, rompre l'image de la Vierge, qui étoit en grande vénération non -seulement au pais mais par toute la France.
Passant à Angoulême, il ne traitta pas mieux les cendres de Jean, comte dudit lieu, ayeul du roi François P', qui étoit réputé comme saint, aiant fait rompre son tombeau et permis à ses soldats de se servir du chef de ce bon seigneur comme d'une boule pour jouer, brûler ses ossemens et prendre le cercueil de plomb pour faire des balles pour tirer. Qxxe ne fit-il pas à Vendosme, où ceux de sa suitte violèrent les tombeaux des ducs ses ancêtres?
Par toutes les villes où ils pouvoient mettre le pié, ils coururent aux reliques des saints pour les brûler, voler l'or, l'argent et pierreries des châsses, pour en faire de la monnoie, afin de subvenir à l'entretien de leurs compagnies. A Lion, ils brûlèrent le corps de saint Irénée ; à Tours, celui de saint Martin et de saint François de Paule ; à Poitiers, celui de saint Hilaire et de sainte Radegonde; au Mans, celui de saint Ëscolasse, autrement de sainte Scholastique, seur de saint Benoît, et ainsi partout où ils furent, ils commirent d'horribles sacrilèges; à Rouen, ils remuèrent toutes les images des saints, le 3 de mai, et en moins de vingt-quatre heures ils rompirent et abbatirent les autels en plus de cinquante églises. A Cluni et à Saint-Benoîtsur-Loire, ils brûlèrent de très-belles bibliothèques, remplies de quantité de manuscrits, comme s'ils eussent craint que ces témoings muets n'accusassent leur perfidie hautement, et néamoins ces beaux réformateurs eussent bien voulu couvrir leur réBeUion, leurs violences et impiétés de l'authorité du Roi, pour le service duquel ils tâchoient de persuader qu'ils agissoient.
Mais on fut désabusé de leur fourbe par le moien d'un manifeste qu'ils firent courir soubz le nom de Sa Majesté qui le désavoua par ses lettres patentes du 8 avril. Le Parlement donna aussi un arrêt contre ces iconoclastes ou brise-images et renverseurs des églises, par lequel il enjoignit aux commîmes de sonner le tocsain contre ces difibrmateurs, leur courir sus, et faire main-basse sur autant qu'on en pourroit attraper, sans crainte d'en être reprins, déclara vacans les bénéfices de ceux
qui suivoient ce prince, à cause du cardinal de Châtillon et de ^^- l^^- Farchevêque d'Arles, et à tous les officiers du Roi de faire profession de foi, suivant quelle avoit été arrêtée et déterminée par la Sorbonne, déclarant criminels de lèze-majesté divine et humaine tous ceux qui surprendroient des villes et s'empareroient des églises.
Le roi d'Espagne offrit au Roi dix mille hommes de pié et trois mille chevaux pour l'assister, et en même tems le Roi envoya messire Florimond de Robertet, baron d'Alluie et secrétaire de ses commandemens, en Savoie, pour attirer le duc de son parti, auquel il fit rendre par le sieur de Bourdillon les villes qu'il tenoit en Piémont, en restituant au Roi Savillan, Kgnerol, Gierolles tout entier, avec leurs appartenances et dépendances. Le Roi fit aussi revenir les troupes qu'il tenoit en ce pais-là et aiant fait un gros d'armée il se mit en campagne au mois de juillet, le 4 duquel, Blois fut reprins avec Mer; où le ministre Beaupas fut pendu, au lieu que les Huguenots avoient mis à mort deux jours au précédent frère Jean Malet, cordelier de Châteaudun.
Poitiers fut semblablement reprins par le maréchal de Saint- André, le 25 du même mois, connue aussi Angers, le Mans, Tours et autres villes de ce quartier-là par M' de Montpeusier, en toutes lesquelles les Huguenots receurent pareil traittement qu'ils avoient fait aux catholiques. Plusieurs trouppes passoient par la Beausse, entre autres deux mille Reistres, qui firent bien du mal , ne laissant rien à douze mille tant Suisses que Lanskenets qui venoient après.
Sa Majesté estant venu à Chartres, où il fit son entrée fort simplement, il résolut d'aller assiéger Bourges , devant qu'elle fust fortifiée. Pour ce sujet, le Roi fit venir de Paris à Chartres six pièces d'artillerie, cinquante chartées de poudre, trentetrois de boulets, deux de picques, deux de paëlles, lequel il fit partir de Chartres le 30 dudit mois, pour mener au camp devant Bourges. Ceux d'Orléans en aiant eu avis vindrent audevant près de Châteaudun, et mirent le feu dans les poudres qui firent un grand effet et y en eut plusieurs de morts de part et d'autre. Cela n'empêcha pas que la ville de Bourges se rendît à composition le dernier jour d'aoust. On en recouvroit d'autres en plusieurs endroits. La tempête tomba sur Rouen où le comte
An. 1562. de Montgommeri éloit gouverneur. Le Roi le somma de se rendre et de mettre hors les ministres et prédicans. Au lieu d'obéir, les Huguenots écrivirent à la Reine mère le 21 septembre des lettres plaines de complaintes à rencontre des seigneurs qui étoient proches du Roi , et qu'ils ne pouvoient chasser leurs ministres, sans envoier avec eux plusieurs fidelles serviteurs de Sa Majesté, et autres impertinences, qui lurent trouvées de si mauvaise grâce qu'il fut résolu au conseil d'aller mettre le siège devant.
On n'y manqua pas dès le même mois, craignant que les Huguenots la rendissent à l'Anglois, comme ils avoient fait le Havre-de-Grâce. Le roi de Navarre y fut blessé en un. assaut, dont il mourut à Andeli le 17 de novembre, au grand regret des cathoUques, et fut porté à Vendosme pour y être inhumé avec ses prédécesseurs. Rouen aiant été pris, Marlorat, ministre, qui étoit im des arcboutans de la rébelUon, y fut pendu avec quelques autres de sa secte. Montgommeri se sauva au Havre où le vidame de Chartres et Beauvoir la Nocle, son beau-frère, commandoient. Dandelot, qui avoit amené à Orléans pour le prince de Condé une cavalerie de Reistres sous la conduitte du maréchal de Hesse, s' estimant assés fort pour se mettre en campagne, entreprit de prendre Paris, et pour ce faire s'épandit parle Gastinois et la Beausse, où d'abord il força Pluviers et prit Etampes, la Forêt-Alez, Dourdan et quelques autres places, lesquelles se rendirent.
Le Roi dénué d'argent en demanda au clergé qui lui accorda seize cent mille livres volontairement par an durant six ans , pour quoi Sa Majesté fit un édit d'aliénation de cent mille livres de rente rachetable à perpétuité, à prendre sur le clergé et temporel des églises de France, lequel fut publié le 17 de novembre, et le dernier du même mois, le Roi pressant le paiement d'icelles, on print à Chartres l'or et l'argent de toutes les reliques des églises de la ville et faubourgs qui lui fut envoie à Paris.
Le prince de Condé, voiant le roi de Navarre mort, estima que la régence et Ueutenance-générale du roiaume devoit lui appartenir. Il s'approcha de Paris, croiant se rendre maitre des villes qui l'avoisinent. Il commença par Corbeil, où conmnandoit Caussens, mestre-de-camp. Mais congnoissant que ceste
ville étoit en bonne résolution de se défendre, il se retira plus An. 1562. près de Paris, affin de trouver moien d'y entrer. Leduc de Guise, sur la marche du prince, s'étoit jette dedans avec son armée et avoit fait garnir les faubourgs de compagnies, tellement que le Prince, frustré de ses attentes, se contenta de prendre Gentilli, Arcueil, Montrouge, le Bourg-la-Reine, et quelques villages circon voisins, entretenant cependant la Reine mère de paix, laquelle aiant été refusée aux conditions qu'il la proposoit et le comte de Brissac aiant amené le secours du roi d'Espagne , qui se montoit à huit mille honunes conduits par messire de Sansac, chevalier de Tordre, qui passèrent par Chartres çt n'en délogèrent que le 6 décembre, auquel jour Tor et l'argent des reliques de l'église dudit lieu fut porté à Paris pour fondre et en battre de la monnoie, avec les vieilles bandes de Piémont qui se montoient à vingt-quatre enseignes, bien complettes. Dès le soir même de leur arrivée, aiant donné l'alarme à son camp qui étoit de six mille cinq cent chevaux et de dix ou onze mille d'infanterie, le firent déloger dès le lendemain 10« de décembre.
S'estant arrêté sur le chemin de Chartres, auquel il en vouloit particulièrement, le 3 dudit mois, après plusieurs délibérations de son conseil, il conclud de prendre sa marche de Normandie pour recevoir cent cinquante mille escus et se joindre aux trouppes angloises que la reine Elisabeth , qui faisoit même profession de l'hérésie que lui, avoit envoiées au Hâvre-de- Grâce. Le 16 dudit mois, Gallardon, à quatre lieues de Chartres, fut forcée par les troupes du Prince, qui envoia de là sommer le sieur d'Eguilli, gouverneur dudit Chartres, de le lui rendre. Ce seigneur lui aiant fait réponse qu'il la garderoit pour le Roi et que, s'il y venoit, il y trouveroit son cimetière, la ville estant bien munie d'hommes et de vivres et de tout ce qui étoit nécessaire à un siège, il passa outre et n'y vint point.
Le connétable qui commandoit l'armée au lieu du roi de Navarre, qui étoit d'environ trois mille chevaux, six mUle Suisses, trois mil Lanskenets, trois cens Espagnols, six cens Gascons et environ de quatre à cinq mille François et Bretons, partit trois jours après le Prince et s'en alla par Versailles et Meudon, à grandes journées, pour lui fenner le passage. Il le suivit de si près qu'il lui fit tourner la tête devers Dreux.
An. 1562. Comme il passoit la rivière d'Eure à Maintenon, une vieille femme se fourra fort avant dans Teau et le prenant par la botte, Tarrêtaet lui dit: « Prince, va, tu souf&iras, mais Dieu est » avec toi. » A laquelle le prince reconMnanda qu'elle priât pour lui. La veille de la bataille, étant couché et discourant avec certains gentilshommes qui étoient dans sa chambre, il dit à Théodore de Bèze qui avoit fait la prière : « Je sçai qu'il ne faut » s'arrêter aux songes , mais si faut-il que je vous die que j'ai » songé ceste nuit que j'avois donné trois batailles, l'une après » l'autre, desquelles j'étois retourné victorieux et nos trois » ennemis étoient morts, mais que j'étois aussi blessé à mort, » tellement toutefois que les aiant fait mettre les ups sur les » autres et moi pardessus, j'avois rendu l'esprit. » Lui aiant été répondu que les pensées qui occupoient son esprit aiant pu lui causer ce songe, au reste que vivant ou mourant il ne pouvoit faillir de demeurer victorieux, il répondit : « Ainsi soit- il I » Mais cela estant un resve, il le faut passer de même.
Le vendredi 18 de décembre, le connétable aiant conduit son armée jusques à Mézières près Dreux, où il passa la rivière d'Eure sur les deux heures après minuit, sans aucun bruit, il se vint poster entre le Boulay-d'Emmy-la-Voie et Marville- Moutiers-Brûlé, aiant la ville de Dreux aune lieue, pour s y retirer au besoin , la rivière à dos et les bois de Monmiousset ou de Mortagne proche Blain ville en flanc, qui lui servoient de palissade.
Le samedi 19, jour fort froid, humide et nuageux, l'armée catholique marcha en bataille divisée en deux , sçavoir avant- . garde et bataille. L'avant-garde fut conduitte par messires de Guise et de Saint- André et consistoit en cinq régiments de cavallerie, le premier desquels étoit mené par ledit sieur de Guise, le second par ledit sieur de Saint- André, le troisième parle sieur d'Ossun , le quatrième par le sieur de Beauvais et le cinquième par le sieur de Guiri, avec trois bataillons de gens de pié, de François, de Bretons et de Suisses et la cavalerie légère.
Autres disent que le connétable, parqué audit Blainville, conduisit la bataille , composée de douze compagnies de cavallerie, lesquelles flanquoient dix-sept enseignes de fantassins et bretons ; puis suivoient à costé les Suisses derrière huit pièces
d'artillerie flanquées de messire d*Aumaleavec cinq compagnies An. 1562. de cavallerie.
Uavant-garde contenoit un gros bataillon de douze enseignes de Lanskenets appuies du maréchal de Saint-André avec six compagnies de cavallerie et vingt-deux enseignes des vieilles bandes françoises. Messire de Guise avoit sept compagnies de cavallerie et quatorze enseignes espagnoles, aiant à la droite la mestairie de l'Espinai et devant eux quatorze pièces de canon et les enfans perdus en teste de la cavallerie. L'Admirai se planta à Topposite du connétable, son oncle, avec six vingt lances, le Prince avec cent cinquante devant les Suisses et entre deux s'avançoient Moni et d'Avarel avec soixante lances.
Du costé du Prince, six cornettes d'argoulets soubz la charge de la Curée avec les enfans perdus, vers T Admirai dix cornettes de Reistres, divisées en deux, secondoient le Prince qui leur devoit ouvrir le pas, et cinq autres pareillement en deux trouppes, rangées près d'im moulin à vent qui leur étoit à gauche, proche r Admirai. De la Rochefoucaud avec quatre-vingt lances remplissoit l'en Ire-deux. Il y avoit derrière les reistres de Tamiral, tirant à gauche, douze enseignes de Lanskenets, et cinq pièces d'artiUerie derrière ceux du prince qui ne servirent que de proie. A la droite desdites pièces, il y avoit vingt-trois enseignes d'infanterie françoise et à côté d*icelles, derrière lesdits Lanskenets, étoient cinq cornettes de Reistres.
Après plusieurs escarmouches et coups de canon que Ton entendoit de Chartres et que Tannée des cathoUques se fut approchée de celle des rebelles qui ne demandoit qu*à passer à costé, il sortit environ deux cens pas de Tun de leurs gros escadrons de cavallerie quelques trois mille chevaux reistres et autres qui chaînèrent le coin et Taile de la bataille du costé des Suisses, qui rompirent la cavalerie catholique qui s'enfuit, qui çà qui là, jusques à Paris et en divers endroits. Les Suisses témoignèrent leur fidéUté et vaiUantise, aiant soutenu quatre charges auparavant que d'être rompus par les enfans perdus et argoulets de la Curée , perdu dix-sept capitaines avec les trois parts de leurs trouppes, s'estant puis après ralliés, tandis que le Prince, Moni et d'Avarel donnoient en flanc aux François et Bretons qui se débandèrent, et que l'Admirai entr'ouvroit l'escadron de son oncle pour donner entrée aux Reistres, qui char-
An. 1562. gèrent tellement les catholiques qu'aiaut lâché le pié, et le Connétable receu un coup de coutelas sur la tête et un d'un pistolet soubz le menton, il y demeura prisonnier, et le sieur de Momberon, un de ses fils, tué. Ils tournèrent sur les Lanskenets protestans qui s'étoient avancés jusques aux huit pièces de canon, qu'ils chargèrent si rudement qu'ils les contraignirent montrer le dos et les eussent tous taillés en pièces sans le prince de Condé qui les trouva retournant de la chasse avec ses Reistres qui les rompit de rechef quoiqu'ils se défendissent vaillamment et vendissent leur peau bien cher.
Ce fut lorsque le sieur d'Anville et Tavant-garde roialle branlèrent pour venir à la charge, voiant que les Huguenots avoient jette leur feu et se tenoient comme asseurés de la victoire, ils avoient fait sagement de ne bouger de leur poste de crainte de confusion , qui leur eût causé la perte de leur armée. Messires de Guise, de Saint- André et d'Anville, prenant ainsi leur tems, se jettèrent avec tant d'ardeur sur les vingttrois enseignes françoises qu'elles y demeurèrent presque toutes, taillèrent les Reistres en pièces et contraignirent la cavallerie françoise de gagner au delà des bois de Mommousset avec le Prince qui, poursuivi par d'Anville, le fit son prisonnier. Toutefois ces fuiards s'étant ralliés, ils retournèrent à la meslée où le maréchal de Saint- André, pour s'y être trop avancé, fut tué de sang-froid par ceux ausquels il s'étoit rendu, et pensant avoir bon marché des Espagnols et vieilles bandes françoises, ils furent battus et contraints de quitter le camp et leur artillerie aux catholiques, qui demeurèrent les maîtres et y gaignèrent seulement quatre pièces de campagne.
Il y demeura, disent les uns, sept mille, les autres disent dix mille hommes et trois mille prisonniers , le reste fut mis en fuitte, lesquels s'étant ralliés montoient à quelque deux mille chevaux et deux enseignes de gens de pié, qui rebroussèrent vers Orléans et firent bien sept lieues ceste nuit. La bataille dura depuis huit à neuf heures du matin jusques au soir à nuit close. Les deux chefs, par un accident qui peut-estre ne s'est point veu, y demeurèrent pris, l'un auconunencement, l'autre sur la fin de la bataille, et celui qui sembloit victorieux s'y trouva vaincu.
Messire de Guise, estant demeuré maistre du camp, il y
donna à souper au Prince et coucha avec lui, et le lendemain il An. 15G2: Tenvoia prisonnier à Chartres où il fut mis dans la Renardière, prison de religieux de Tabbaie de Saint-Père, en attendant qu'il eût nouvelles du Roi et de la Reine, et envoia à Paris tous les drappeaux gaignés sur les Huguenots en ceste bataille, que les capitaines qui y assistèrent disent avoir été la plus furieusement menée, assaillie et défendue qui se puisse jamais veoir. Ces drappeaux et enseignes furent mis en l'église de Paris, où actions de grâces furent rendues à Dieu pour une telle victoire.
Ledit sieur de Guise prit aussitôt le soing de faire enterrer les corps des seigneurs qui étoient morts dans ceste occasion, entr autres messires Jacques d'Albon, maréchal de Saint- André, Gabriel de Mommorenci, seigneur de Monberon, fils du connétable, gentilhomme de grande espérance, les sieurs de Guiri, la Brone, Laisné et son neveu d'Annebaut, Roi de Billi de la maison de Prunay-le-Gillon et des sieurs de Courville, lesquels furent inhumés en Téglise de Saint-Pierre de Dreux; le sieur de Bellai, enseigne demessirede Guise, deVilars, lieutenant de messire d'Aumale; de Casseaux, de Martigues, de Bitesson, écuier de messire le grand-prieur de France ; du Mesnil-Milon , de la compagnie de messire de Montbrun ; de Baraut, escuier de la grande escurie du duc de Guise ; le baron de Pugillon et de la Roche-Esmond de la compagnie de messire de Nevers ; Louis Tasque, maistre d'hostel de messire l'Amiral ; le sieur vicomte de Nostre-Dame, lieutenant de messire de Montbrun; de la Brosse fils, lieutenant de la compagnie de messire de Join ville; la.Motte-Menin; de la Tour, de la Ferté-Imbaut et de Saint-Bonnet, escuier de la grande escurie du Roi ; de Vasseles, enseigne de messire de Lorraine; du Bois-Bertrand; quatre capitaines espagnols ; seize seigneurs de condition entre les Suisses, et le prévost de Tartillene, sans ceux qui furent portés inhumer ailleurs ou qui trouvèrent leur sépulture au mesme endroit que leur mort. François de Clèves II du nom, duc de Nevers, fut blessé non en la bataille mais après, de sang-froid et de propos délibéré, d'autres disent que ce fut par accident, qu'un de ses gentilshommes nonuné Desbordes lui donna un coup de pistolet dans la cuisse dont il mourut puis après. François de Billi y receut douze plaies.
An. 1563. Le nombre des morts étoit si grand qu'il y en avoit plus d'une lieue et demie de long par endroits, aux autres à tout le moins une lieue. Il se passa en ceste bataille une chose digne de remarque, qui fut que le sieur d'Ossun, seigneur Gascon, qui avoit toujours été nourri et élevé parïni les armes, se trouvant dans la bataille abandonné des siens, fut saisi d'une telle appréhension qu'il s'enfuit à bride abbatue jusques à Chartres où s'estant arresté etrecongneu, il en conceut un tel déplaisir qu'il en mourut à Paris peu de jours après.