CHAPITRE IV
Chorographie ou description du pays Chartrain^ des Abbayes, Prieurés et autres bénéfices de marque, qui se rencontrent en iceluy et des bornes et limites du diocèse de Chartres.
DANS les premiers temps que les Gomérites s'habituèrent dans le pays Ghartrain, il est à présumer qu'ayant des lieux et des terres à choisir, ils en prindrent par où ils voulurent, pour les cultiver, et selon qu'ils multipUoient par la fécondité des femmes, qui accouchoient dans ces commencements, par une insigne providence de Dieu, tous les dix moys d'un masle et d'une femelle, ils envoy oient leurs descendants peupler les lieux qui n'estoient encores habités; ils retenoient néamoins toujours sur eux quelque marque de supériorité pour les tenir en debvoir et en bonne intelligence les uns avec les autres. De ces peuplades de nos Chartrains, si nous voulons en croire à quelques escripvains, sont sortis les Manceaux, Angevins, Vendosmois, Orléanois, Tourangeaux et autres du costé de Normandie. Ce qui n'est tant esloigné de la raison, veu que César faisant les Chartrains proches des Armoriques ou Bretons -Gaulois, c'est-à-dire, qui parloient Gaulois ou François ou qui s'appelloient ainsy, pour avoir retenu chez eux l'ancien langage des premiers qui vindrent habiter les Gaules, et d'ailleurs le même autheur, ou comme d'autres le nomment JuUus Celsus, descripvant la guerre qu'ils faisoient aux Berniiers, pour la conservation de leurs limites, il falloit que de son temps le pays Chartrain s'estendist jusques vers le Berry; d'autres lui baillant le Gastinois pour Usière et la rivière de Seine du costé de la Normandie pour bornes, c'est sans doute que le pays Chartram s'estendoit bien loin. Mais par succession de temps, les lieux qui le composoient, estant tombés en la main de personnes puissantes et assés fortes pour se défendre contre ceux qui leur en voudroient contester la supériorité ou dépendance, secouèrent le joug de leur première subjection, et faisant bande à part se retirèrent de l'obéissance
qu ils debvoient à leurs autheurs, de manière que par ce moyen le pays Chartrain receut beaucoup de diminution. Si est-ce pourtant qu'il ne fut tellement réduit au petit-pied , qu'il ne luy restast encores assés d'estendue, comprenant soubz soy le Gennahxmi des anciens, que quelques ims prennent pour Orléans, d'autres pour Gien, que César appelle Fœnim Carnutum, une partie du Gastinois et de la haulte et basse Beaulse, partie de la haulte et basse Soulongne, qui comprend Remorantin, Vatan et autres villes voisines, le Blésois et Vendosmois, qui depuis a fait partie de l'Anjou, le Dunois, l'un et l'autre Perche, la partie de Normandie qui Tavoisine, le Drouais, le Thimerais, le Mantois, avec le Pinserais et Hurepoix , qui font à présent autant de seigneuries distinctes. Les vestiges de sa grandeur sont demeurés en partie dans l'estendue du diocèse de Chartres, estimé le plus ample de toute la France et pour ce appelle en Cour de Rome, le grand Diocèse. Cinq archeveschés, qui sont : Paris, Sens, Bourges, Tours et Rouen, et les éveschés d'Orléans, le Mans, Séez et Evreux, l'environnent et lui servent de limites. Il contient neuf abbayes d'hommes de l'ordre de S. Benoist, à sçavoir : Sahit- Père-en-Vallée de Chartres, Josaphat, Bonneval, Saint-Laumer de Blois, Pont-Levoy, Vendosme, Tyron, autrefois chef de huit abbayes en France et de deux ou trois en Angleterre et Escosse, Coulombs et Neaufle-le- Vieil : cinq de filles du mesme ordre : Saint- Avy, près Châteaudun, Samt-Remy-des-Landes , Saint- Cyr, Saint-Corantin et Arcisses, qui estoit cy-devant abbaye d'hommes et a esté depuis peu commuée en abbaye de filles, par bulles de Sa Sainteté. Il y a de plus trois abbayes de l'ordre de Cisteaux, branche de celuy de S. Benoist, sravoir : TAumosne ou Petit-Cisteaux, et celles de Nostre-Dame-de-l'Eau et des Clairets, qui sont de filles, hormis la première. Il y en a six de chanoines réguliers : Saint-Jean-en-Yallée , Saint-Cheron-lès- Chailres, la Magdelaine de Chasteaudim, Nostre-Dame-de- Bourg-Moyen à Blois, Saint-Vincent-des-Bois, et Clair-Fontaine, baillée depuis peu aux Augustins réformés, qu'aucuns appellent Capuchins noirs, où, en 1642, je vis un ancien reUgieux aagé de cent six ans, qui avoit fort bon jugement.
Outre ces abbayes, il y en a encores quatre de l'ordre de Prémonstré, sçavoir : Joyenval, où l'on dict qu'un ange apporta l'escusson fleurdelizé qui a servy d'armoirie à nos Roys, Grand-
val, Aubecouret TEstoile, et labbaye de la Guiche de Tordre de S^ Claire. Il y a de plus dix-neuf chapitres ou églises collégiales, neuf prieurés conventuels, tant de l'ordre de S. Benoist que de S. Augustin; deux de l'ordre de Grandmont, un de Célestins; près de deux cens prieurés, trois couvents de frères Prescheurs, sept de Cordeliers, huit de Capuchins, un de Récolets, deux de Minimes, un collège de Jésuites, im autre de Pères de l'Oratoire, sans ceux qui sont entretenus es autres villes et bourgades. Un couvent ou prieuré de filles de Tordre de S. Augustin, dictes des Filles -Dieu dans un fauboui-g de Chartres, quatre d'Ursulines, cinq de Bénédictines, un de S^ Véronique , im du Calvaire , deux de Tordre de Fontevrault deux de CarméUtes, trois de S^ Maiie, im de Jacobines un d'HospitaUères, vmgt-cinq léproseries, vingt hostels-Dieu pour recepvoir les malades et passants, neuf cens dix -sept cures plus de cent cinquante chapelles fondées de bons revenus, sans beaucoup d'autres que je ne sçay pas, lesquels sont tous comprins dans Testendue du diocèse de Chartres, qui a du midy au septentrion plus de quarante lieues de longueur, et du levant au couchant plus de vingt-huit Ueues de traverse.
Il va de Torient à quatre Heues de Paris, et commence à Saint -Germain- en -Laye, séjour très-aggréable de nos Roys lequel, quoiqu'on le die de nul diocèse, et que TEvesque de Paris prétende qu'il soit dans le sien, est -il que les prieur et curé d'iceluy respondoient anciennement à Chartres pour la justice spirituelle, et ay en ma possession des sentences de Tofficial dudict Chartres contre le prieur de Saint-Germain et son compagnon. J'ay semblablement un extraict des tonsures et des ordres conférés par TEvesque dudict Chartres aux originaires dudict Saint -Germain, comme à ses diocésains; et le curé dudict lieu recepvoit les saintes -huiles du curé de Maule qui n'en est fort esloigné; maintenant il les prend à Paris, à cause qu'il a esté comprins dans le roole des décimes du diocèse de ladicte ville. De Saint-Germain, passant par Maisons-sur-Seine et Aschères, on s'en vient à Poissy, d'où, costoyant la rivière de Seine, on dévale à Mulanc, j'entends au fort, qui est au bout du pont vers la Normandie, lequel, avec Tisle et prieuré de Saint-Cosme et toutes les isles qui se voyent dans ce grand fleuve jusques à Mantes, ont esté adjugées à Tévesque de Chartres avec