‹ Histoire du diocèse et de la ville de ChartresChapitre 5 sur 71 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Du temps auquel Chartres a peu estre basty, s* il a esté plus grand en son estendue qu'il n'est à présent; des corps et communeautés , églises, monastères et chapelles qui sont en icelle et en sa banlieue.

DIRE au certain le temps auquel Chartres a esté basty , et si ça esté au raesme lieu où il se veoid à présent, c'est ce qui n'est si facile, n'ayant leu aucun autheur qui en fasse expresse mention. Je feray néamoins comme ceux, desquels parle Plutarque ( 1 ), qui, voulant descripre un pays dans une carte, suppriment les r'^gions voisines, desquelles ils n*ont la congnoissance, pour ce que je diray seulement ce que j'en sçay, et passeray soubz silence ce que j'ignore. Nos devanciers, ayant esté fort mal soigneux de rédiger par escript les origines et commencements des villes, nous font porter la peine de leur négligence, que nous ne pouvons éviter que par des conjectures qui sont bien souvent fort trompeuses. Il y en a aussy quelquefois qui rencontrent, et l'appuy qu'on leur donne par le raisonnement, les font trouver vraysemblables, si elles ne sont tout-à-faict véritables. Pour moy, j'estime que Chartres a peu estre basty environ 360 ans après le déluge, et ma raison est que la division des peuples, qui furent dispersés par la terre universelle, ayant esté faicte en 340, après le déluge, comme nous l'avons monstre au chapitre précédent, on peut présmner que ces premiers hostes de nos Gaules, après avoii* erré vingt ans ou environ, soit par mer, soit par terre, ils s'arrestèrent aux lieux, où ils firent leur première demeure, et peu-à-peu y bastii*ent des \illes, de sorte que Gomer et les siens ayant des premiers fait leur résidence au pays Chartrain, il est probable qu'ils y firent bastir la ville de Chartres, laquelle pour ceste raison est tenue pour la plus ancienne des Gaules.

Pour son assiette, elle a toujours esté au mesme Ueu qu'elle

(1) Plutarch., In Thesco.

est, quoyque, selon les divers rencontres, elle aye diminué et augmenté. Les secousses qu'elle a receu par les guerres des Romains, Normans et Anglois, y ont donné subject de changement. Il est vray qu'elle a esté autrefois plus longue et estendue du costé de la porte Saint-Michel, d'où elle continuoit le long du heurt, qui est maintenant dans l'enclos des Gordeliers, au dessus de la garenne de Saint-Père, par le cimetière de Saint- Anian , et par Saint-Vmcent qui estoit contre la porte de la ville, par laquelle on descendoit dans la vallée, où estoit le monastère de Sahit-Père, par les archifs et tiltres duquel ceste porte est appelée Cendreuse, à cause que anciennement, la procession passant pai* là le premier mercredy de Garesme, on y distribuait les Cendres; et le dimanche des Rameaux, la procession de la Cathédralle, retournant de l'abbaye de Saint-Cheron , conunence au mesme endroit le respons Ingrediente Domino, qui, selon les rubriques de l'Église, se doibt conunencer à la porte de la ville. Il pouvoit aussy y avoir une autre porte à la descente de l'Estappe-du-Vin, pour ce que, dans les mesmes tiltres, il est faict mention d'ime rue qui descendoit du mesme endroit dans la vallée , laquelle je m'abstiens de nonmaer pour la saleté du mot.

De la porte Cendreuse l'enceinte de la ville continuoit jusques à la Tour, qui estoit l'ancien Palais de nos premiers Comtes, au bas de laquelle il y avoit une poterne, pour sortir hors la ville, et aller aux escuries, qui estoient le long de la rue, qui s'appelle encores la rue des Escuyers, et de là s'en alloit par Saint-Eman rendre à Saint-Estienne, en la rue de Chinche, puis à Mure-en-Muret, à présent la rue de Chantauld, d'où, rebroussant par derrière la Prescherie où estoient les granges du Comte, elle alloit gaigner le bourg de Chastelet, qui estoit hors la ville, et brisant par la rue du Bœuf-Couronné, s'en alloit par la Boucherie et les Halles rejoindre à la porte Saint-Michel.

11 y en a qui l'advancent davantage dans les vignes du costé de Saint-Martin-au-Yal : à la vérité, de ma congnoissance, on y a trouvé des fondements d'édifices, qui pourroient induire à croire qu'il en seroit quelque chose. En 1615, conune l'on faisoit creuser les fossés de la ville du mesme costé, l'on trouva une grosse muraille de brique, fort longue et espoise, tellement cimentée qu'on la rompoit cuidant la lever, et ne pouvoit-on l'avoir que morceau à morceau; et plus bas on rencontra im pavé continu

et spatieux, comme d*mie sale, les carreaux duquel estoient de mesme jauge et ligne que les précédents , sur lesquels se voyoient diverses figures d'oyseaux, animaux et serpents, chargés d'im fort bel émail d'azur et de verd. Descendant plus bas dans le mesme fossé, l'on rencontra, en creusant dans le roc pour avoir du caillou, un petit caveau dans lequel il y avoit comme une forge et un puids, près lequel estoit un pesne, de la longueur d'un pied, fait à olives, dans la serrure duquel estoit la clef, en forme d'une patte à noter en musique renversée contremont (a), à l'entour desquels estoient attachés quelques gravois et pierrotages, si fortement unis qu'on ne les pouvoit faire tomber qu'a gi^ands coups de marteau. Tout cela est à la vérité un indice qu'il y a eu là autrefois des bastiments, mais on ne peut en tirer une conséquence que la ville s'estendist si avant.

Rouillard prétend prouver, par le Cartulaire de ladicte abbaye de Saint-Père, qu'on appelle Aganon, que Chartres estoit plus grand qu'il n'est à présent, ayant esté ruisné, vers l'an 850, par les Danois, qui le réduisirent en champestre, et ne peurent les habitants le remettre en Testât qu'il estoit auparavant à cause de leur pauvreté, à laquelle ils avoient esté réduits par ces barbares, jusqu'à ce que les mesmes Danois ou Normans recommençant leurs courses par la France , Us le retranchèrent presque de moitié du costé de la vallée, laissant leur rivière fort loing de leurs murailles, qui autrefois luy serv-oit de fossés et deffense. Je ne sçay sur quoy il peut asseurer son dire, ÏAgation portant seulement que, l'an 850, du temps de Charles le Chauve, ladicte ville estoit clause de hautes et fortes murailles garnies de tours, revestues de grandes et larges pierres, pourquoy on l'appeloit La Ville-au^-Pierres ; qui n'est pas pom* dire qu'elle fust plus grande, mais seulement qu elle estoit forte et bien flanquée. Aussy elle n'a esté creue du costé de la vallée que long- temps après, quand l'on renferma les abbayes de Saint-Père et de Saint-André, avec les faubourgs qui les accompagnoient, dans l'enceinte de ses murailles. Depuis, Pierre de la Celle (b), évesque de Chartres, fit enfermer depuis la porte des Espars jusques à la porte Chas-

(a) Cette clef est ainsi figurée dans le manuscrit ^

(b) Vulgairement appelé Pierre de Celles. Voir dans Souchet , liv. IV, chap. 23.

telet, vers Tan 1 180; en quoy Thibauld III, comte de Chartres, voulant rimiter, fit clore de mui*ailles et fossés, en 1 1 81 , ce qui restoit de la porte Saint-Michel jusques à celle des Espars, moyennant mille livres que les hommes du Chapitre lui baillèrent; pourquoy il s'obligea les descharger à l'advenir de la réfection desdictes murailles et fossés, soit que les premières vinssent à tomber d'elles-mesmes, ou à estre rompues, soit que les derniers vinssent à estre remplis et qu'il fallust les creuser. Yoilà Test«ndue de la ville de Chartres telle qu'elle est de présent. Pour la commodité de laquelle, les habitants, qui n'avoieut que des puids, la pluspart sur la marne qui rend l'eau douce et d'un mauvais goust, firent entrer, par le moyen d'une levée, la rivière dans la ville, où elle fait tourner neuf meules de moulin: de façon que, pour descripre la situation de Chartres, telle qu'elle «e veoid maintenant, l'on peut dire qu'elle est tout d'un tenant, assize partie sur une plaine, laquelle, se baissant tout-à-coup, prend forme d'un grand pendant, partie duquel demeure d'un costé revestu de quelques arbrisseaux que la nature y produit, avec des jardinages et le reste vuide, n'y paroissant que le tue et mouellon; et l'autre partie s'estend du pied de la montagne dans une plaine, longue et estroite, bornée d'ime muraille, percée de cinq portes, sçavoir : de Morard, de Guillaume, de Bourgs, que ceux du pays disent Ymbous, par un mot corrompu, pour dire la porte du Bourg, comme la basse- ville s'appelloit auparavant qu'elle fust enclose, ou, comme il se Ut dans un acte Capitulaire du moys de mars de l'an 1232, la porte Embould ou Embauldj et s'appeloit encores autrefois la porte Neuve-du- Chasteau; puis celle aux Corneux et Couronnés, autrement aux Prebstres ou bien aux Corneux; et la porte Drouaise, qui est du costé de Dreux; desquelles, celles de Bourgs et aux Corneux sont à présent bouchées : toutes lesquelles sont baignées par le dehors d'une eau dormante dans le fossé qui la deffend, provenant du superflu, qui entre dans la ville par les herses du Pont-qmtremble, par le moyen d'une bonde qui est à costé : et un peu plus hault, coule le principal canal de la rivière d'Eure, par l'endroit appelé le Buot, et par les anciens fossés, au pied de la colline de Saint-Barthélémy, et s'en va reprendi*e le bras qui passe dans la ville aux herses du Massacre, ainsy appelées à cause de la proximité du lieu où, autrefois et devant le siège de l'an 1568,

20 HISTOIUE DU DIOCÈSE

les bouchers tuoient et habilloienl la chaii- qu'ils debvoient débiter; et, se divisant à cent pas de là, faiclune isle qui, se rejoignant plus bas, ne faict qu'un canal, qui la conduit au Pont-der Arche, où elle se perd dans la Seine.

Comme ceste ville a esté des premières des Gaules à embrasser le Chiistianisme, aussy Ta-t-elle du depuis soigneusement conser\'é. Elle a eu son évesque de toute ancienneté , avec un Chapitre des plus célèbres de la France. Il n'avoit point de nombre certain dans son commencement jusques à S. LubiJi, qui le régla à soixante-douze chanoinies, autant qu'il y avoit de disciples de Jésus-Chiist. Depuis on en print deux pour en faire quatre demies et ime qu'on partagea en trois, dont les deux portions ont esté acquises par le Chapitre des administrateurs de THospital du Saint- Esprit-de-Saxe, autrement des ChevaUers Teuloniques, auxquels le Chapitre Tavoit aulmosnée, et la troisième par mi particulier qui en jouit : tous lesquels, avec labbé de Sain t-Jean-en- Vallée de Chai'tres, font 76 chanoines et outre dix-sept dignités, qui se prennent du corps du Chapitre, ou bien sont tenues par autres, créés par Sa Sainteté chanoines ad effectum. L' évesque n'ayant encore séparé sa mense d'avec celle du Chapitre, ils donnèrent douze de ces portions ou prébendes aux reUgieux de Samt-Père, pour partie de leur fondation, lesquelles furent réduites à six, pour desquelles se descharger le Chapitre leiu* a baillé au Ueu, la terre de Giroudet, paroisse d'Escrones, diocèse de Chartres, dès Tan 1508. Les mesmes aulmosnèrent du depuis, aux abbés de Cluny et Marmoustier, à chacun un gros de prébende, comme aussy à labbé de Saint-Jeanen- Vallée, moyennant quelques charges, qu'ils ne font plus, et ne laissent pourtant jouir dudict gros, qui est de deux muids de bled, et un grand muid d'avène. Le prieur du Grand-Beaulieu-lez-Chartres et THostel-Dieude l'église en ont chacmi demigros, lesquels, avec la prébende du Maître de rtEuvre, celle du Maire de Sandarville, et une autre qui a esté réunie à la mense Capitulaire pour supporter la despense qui se faict par le Chapitre à faire des présents de pain et de vin, aux seigneurs et personnes déconsidération qui passent ou viennent en dévotion en l'église dudict Chartres, faisoient en tout cent quinze prébendes ou portions. Il y a davantage en ladicte égUse environ 48 ou 50 chapelles, sans compter celles de Saint-Hiérosme , qui est

dans le milieu du cimetière de l'église, et de Saint-Piat, derrière le chevet ou rompoint d'icelle, en laquelle dernière y a douze chanoines, fondés par Aymar de Chasteluz, Cardinal du titre de Saint-Martin-ès-Monts, et naguères évesques de Chartres. Hors Téglise et dans le cloistre est la chapelle de Saint-Nicolas, où y a pareillement douze chanoines, six de la fondation de M. Nicolas Thiersault, chantre, et autres, six de celle de M. Claude Loupereau, Chartrain, tous deux chanoines de Chartres; lesquelles prébendes ou chanoinies, tant de Saint-Piat que de Saint-Nicolas, avec six chapelles de Véglise, ont esté spécialement affectées par bulles du Pape Martin V, dès Tan 1420, et par celle du Pape Paul IV, de l'an 1 555, octroyées à la recommandation de Henri II, Roy de France, aux Heuriers et Matirders, c'est-à-dire chantres et autres officiers déservants actuellement en l'égUse, sans qu'autres qui ne sont aux gages d'icelle y puissent rien prétendre; mesme ceux-là qui, en estant pourveus, se retirent du service ou sont congédiés du Chapitre, en demeiu'ent privés, ainsy qu'il a esté jugé par plusieurs arrests de la Cour de Parlement de Paris, entre autres du 12 décembre 1642 contre le nommé François Gremy.

Il y a de plus, dans le cloistre de ladicte égUse, la chapelle de l'Hostel-Dieu, fondée par le Chapitre de Chartres, pour les pamTes passants qui alloient en pèlerinage à Saint-Jacques-en- Galice, et maintenant, par accomodation , sert pour retirer et gouverner les malades, tant de la ville que passants. Autrefois chaque paroisse avoit son Hospital, mais quelques-uns d'iceux ayant esté aliénés en l'an 1557, par l'institution du Bureau des Pauvres, et pour subvenir à leiu^ nécessités, on en a réservé seulement deux, celuy de Saint-Hilaire pour loger les hommes passants, et celuy de Saint-André pour les femmes.

Se veoid aussy dans ledict cloistre la chapelle de Saint-Estienne, en laquelle les chanoines réguUers, qui estoient dans l'abbaye de Saint-Jean au faubourg d'entre les portes de Chastelet et Drouaise se sont retirés, après que elle fut ruinée durant les troubles pour la rehgion, es années 1568 et 1591, et y ont faict bastir leur maison.

Hors le cloistre est l'abbaye de Saint-Père-en-Vallée, de l'ordi-e de S. Benoist, laquelle est d'une fort belle structure; l'église collégialle et parroissialle de Saint-André, en laquelle il y a douze cha-

noines avec un Doyen, un Marreglier, deux Curés ou Vicaires perpétuels et autres habitués, lesquels y font le service canonial; et proche icelle est Téglise Saint-Nicolas, sur la grande fontaine, qui abbreve presque toute la ville, en laquelle estoit anciennement la paroisse, auparavant que ladicte église de Saint- André, eust été creue de tout le chœur, porté par une arche de pierre de taille, des plus artistement basties qui se puisse veoir, par dessoubs laquelle coule la rivière d'Eure, pour sortir de la ville. Les fonds baptismaux s'y voyent encores, et le saint sacrement de TEucharistie y est aussi gardé pour administrer les malades. Dans les anciens tiltres dudict chapitre de Saint- André et de l'église cathédralle, le premier de ceste congrégation s'appelloit Abbé, d'où quelques-uns se sont imaginés qu'ils avoient esté autrefois religieux. En quoy ils se sont trompés, le nom d'abbé estant commun aux premières dignités des communeautés tant séculières que régulières. Dans ceste paroisse sont, dans la ville, les couvents des frères Prescheurs ou Jacobins, des Minimes et Carmélites, la maison des Six-Vingts Aveugles de Saint-Julian, qui estoient, avant les troubles de l'an 1568, hors la ville, dans la paroisse de Saint-Maurice; celle des Filles de la Providence, les chapelles de Saint-Eman, de Saint-Fiacre sur la porte Guillaume, de la Bresche et du Collège; et hors la ville est le couvent des Filles-Dieu, de l'ordre de S. Augustin.

L'égUse de Saint- Anian est aussy collégialle et parroissialle, et y a sept chanoines, et dans la paroisse, y a la chapelle régulière de Saint- Vincent et celle de Saint-Blanchard, au bout de la grande salle de la Tour, en laquelle y a deux chapellahis, fondés par les anciens Comtes pour y dire la messe.

Saint-Michel est aussy parroisse, et y a un fort beau prieuré de l'ordre de S. Benoist, dépendant, comme faict aussy la cure, de l'abbé de Saint-Laumer de Blois, et dans l'enceinte d' icelle paroisse sont les CordeUers et Ursulines.

Saint-Martin, dict le Viandiery à cause du miracle qu'y fit autrefois S. Martin, archevesque de Tours, resuscitant un enfant mort, est aussy parroisse. Dans l'aUe gauche de l'église, est la chapelle de Saint-Sauveur, fondée par Guillaume Barbou et Marion Grappe, sa femme, pour deux chapellains, qui doibvent TUie messe alternativement en icelle par chacun jour, et sont avec la ctire en collation du soubz-doyen de l'église Cathédralle.

Saint-Saturiiiii est aussy parroisse, qui estoit autrefois hors la ville sur la douve du fossé de porte des Espars, où est encore le cemetière d'icelle. La cure a esté réunie à la mense capitulaire du Chapitre de Chartres, pour l'entretien des enfants de Musique de leur égUse, et dans le destroict d'icelle, y a une chapelle, dans le faubourg de porte des Espars, à Tendroict où estoit anciennement le couvent des Cordeliers, qui fut bruslé Tan 1568.

Sainte-Foy est pareillement parroisse, qui s*estend hors la ville par tout le faubourg Saint-Jean, à cause que Véglise de laMagdelaine, où estoit la cure dudict faubourg ayant esté desmolie avec le couvent de Saint-Jean, dans la cour duquel elle estoit, la parroisse fut réunie avec celle de Sainte-Foy, comme dépendantes toutes deux de Tabbé dudict Samt-Jean. Dans la ville a esté basty de nouveau en ladicte paroisse le couvent des religieuses de Sahite-Marie, de Tordre de S. Augustin.

Reste Saint-Hilaire, qui faict la septième des parroisses qui sont dans la ville. Elle estoit autrefois dans l'église de Saint-Père, d'où elle dépend, à l'autel du Crucifix, qui est soubz le pulpite; mais pour ce que les religieux en recepvoient de l'incommodité, elle fut bastie au Ueu où elle est de présent.

Voilà toutes les églises, chapitres et communeautés qui sont dans la ville. Voyons maintenant celles qui sont hors d'icelle et dans sa banlieue.

La première et plus proche est celle de Saint-Maurice, coUégialle et parroissialle, en laquelle sont neuf chapellains ou chanoines; l'ancien desquels s'appelle Chevecier, et un Mareglier avec deux Curés à la présentation desdicts chanoines. Ils estoient trois anciennement, qui furent réduits à deux seulement par le déceds de M* Michel de Lande, par W^ Léonor d'Estampes, lors Evesque de Chartres. Ils déservent par tour la parroisse de Saint-Maurice et de Saint-Lazare de Lèves, son annexe, dans laquelle l'abbaye de Josaphat et la chapelle régulière de Saint-Leu du Bois-de-Lèves sont bastis. L'abbaye de Saint-Cheron, de chanoines réguhers de S. Augustin , avec les prieurés-cures dudict Saint-Cheron et Saint-Barthélémy, du mesme ordre, suivent après. Dans la parroisse de Saint-Cheron est comprinse la chapelle de la Maladrerie de Saint-Georges-de-la-Banlieue. Suivent puis après, le Petit -Beaulieu, prieuré de l'ordre de Cluny, dépendant du prieuré de la Charité, lequel est dans la parroisse de Saint-

Brice; et le Grand-Beaulieii , aussy maladrerie , qui autrefois n'estoit de nulle parroisse , mais depuis certain temps les fermiers et serviteurs d'iceluy ont esté assignés à la pari*oisse du Couldray. Il y a six Confrères ou Prebstres qui, avec le Prieur, y font le service canonial (1). Ils estoient autrefois plus grand nombre et jusques à douze prebstres et trois clercs , avec trois condonés pour le service tant des confrères que des ladres. Il y avoit, le temps passé, des religieuses pour servir les malades, lesquelles furent mises avec celles de Belomer. La chapelle de Gourdes est dans la paroisse de Morancés. Saint-Martin-au-Val , prieuré de Tordre de S. Benoist, dépendant de Mairemoustier, du costé de la porte Saint-Michel. Ils doibvent estre vingt religieux avec le Prieur, par les anciennes constitutions de la maison, et néamoins ne sont d'ordinaire que trois. La cure de Saint-Brice estoit autrefois dans la nef, à l'autel du Crucifix, mais TégUso ayant esté ruisnée, durant les guerres des Anglois au pays Chartrain, elle fut divisée en trois, sçavoir : une portion fut attribuée à la chapelle de Saint-Thibauld-des- Vignes, dicte à présent Saint-Julian du Couldray, seize en la parroisse dudict Morancés; l'autre à la chapelle de Saint-Laumer de Luisant, et l'autre, demeura à Saint-Brice; les parroissiens desquelles, pour remarque de leur subjection à ce monastère, doibvent tous les ans se rendre avec leurs curés en ladicte église Saint-Martin, pour aller processionnellement à la Croix-Saint-Lubin avec les religieux, à la bénédiction des Rameaux. Ceste église de Saint-Lubin estoit anciennement mie abbaye, laquelle fut joincte à celle de Saint-Pèreen- Vallée, qui y establit im prieuré, pour un des religieux d'icelle, qui tous les sabmedys de l'année debvoit venir dire Compiles audict Saint-Père et le lendemain faire l'eau béniste, moyennant quoy, il avoit double portion de religieux. Il n'y a plus à présent que le tiltre du prieuré, l'église ayant esté donnée aux Capuchhîs, qui y ont leur couvent.

Pour le regard du temporel, il y a à Chartres un Bailliage, qui estoit autrefois d'une plus grande estendue qu'il n'est aujourd'huy. On en a beaucoup distraict de Chastellenies, qu'on a érigé en nouveaux sièges ou attribué à d'autres. Par l'Edict des Présidiaux, le Roi Henri II y assigna un siège Présidial, com-

(I) Statuta reformat, f^mdem priorat. Ann. Dom. 1530

posé de douze Conseillers, avec un Président, un Lieutenant Par- •ticulier, un Procureur et un Advocat du Roy, un Greffier ordinaire et un des appeaux, un Garde -des -Sceaux et scelleur, pardevant lesquels les appellations des juges de Dourdan, Estampes, Mortagne, Belesme, Longny, le Grand -Perche, le Perche- G ouet, Annet, Bréval et autres lieux ressortissent. Depuis on a adjousté un second Président avec un Advocat du Roy, lesquels, avec le Lieutenant-Général et conseillers cy-dessus, tiennent les plaids dudict bailliage, à différends jours toutefois. Il y a aussy un Lieutenant- Criminel, avec son lieutenant ou assesseur, et un greffier, pour rendre la justice aux nobles et autres de la campagne. Le Prévost, avec son lieutenant, deux conseillers et un greffier, est pour la rendre à ceux de la ville, tant pour le civil que pour le criminel; conune aussy le Vibailly, avec la mareschaussée, pour tenir la campagne nette de voleurs, n y a de plus une chambre d'Esleus pour les Aides, composée de deux Présidents, lieutenants et conseillers, un procureur, deux advocats du Roy et im greffier, tous lesquels tiennent leur jurisdiction dans la Tour, ou Palais ancien des Comtes, qui leur a esté assigné pour cet efTect, avec les prisons pom* resserrer les accusés de crimes, ou détenir ceux qui sont obérés de debtes civiles, n y a outre plus, im Magazin ou Grenier- à -Sel, qui a son Président, lieutenant, grenetier, controUeur, procureur et advocat du Roy et un greffier avec autres officiers.

L*Evesque a son juge à part, appelle Chambrier, qui tient sa jurisdiction dans la grande salle Episcopale, et a son lieutenant, procureur-fiscal et greffier pour sa justice temporelle; comme un Officiai vice-gérent, promoteur et greffier pour la spirituelle. Le Chapitre de Chartres a pareillement son juge temporel, appelle communément le Maire de Loëriy à cause du lieu où il tient ses assizes, qui a ses lieutenants général et particulier, avec trois ou quatre advocats poiu* conseil, un procureur-fiscal, son substitut, greffier et tabellions. Il a semblablement son Officiai pour Texercice de la jurisdiction tant ordinaire que privilégiée du Chapitre, pour rendre la justice aux ecclésiastiques et autres qui sont demeurants et habitués, tant en l'Eglise de Chartres qu'es abbaye et parroisse de Neaufle, et soixante-onze autres cures et \icariats, et parroisse de Saint-Saturnin dans Chartres, qui dépendent nuement dudict Chapitre, et juger en appellation

des offlciaux dudict Neaufle, du Doyenné, Soubz-doyenné, Chancelier et Hostel-Dieu, lesquels ressortissent paixlevant luy.

L abbé et religieux de Saint-Père-en-Vallée de Chartres ont semblablement justice haulte, moyenne et basse, qu'ils font exercer par un Bailly, lieutenant et officiers comme dessus, sur leure hostes et siibjects, tant de la ville que forains. Les Marchands plaident pardevant les Juges-Consuls, la jurisdiction desquels est de fort grande estendue. Le Corps-de-Ville n'a aucune justice, mais seulement peut ordonner de la police, par l'organe du Lieutenant général, ou particulier en son absence; les ordonnances desquels sont mises à exécution par les Prévost et Maire de Loën, chacmi dans son destroict. Ce corps est composé dudict Lieutenant-général, qui est comme Maire perpétuel, du Lieutenant-particulier, Procureur et Advocat du Roy, de huit Eschevins laïcs qui s'eslisent le dimanche devant la saint Remy, et de deux chanoines qui sont nommés par le Chapitre de la Cathédralle, à la Nati\'ité de saint Jean-Baptiste, tant pour la conservation de son intérest particuUer que de celuy du clergé et bénéficiaires de la ville et banlieue, et outre d'un advocat, pour haranguer les seigneurs de marque qui viennent en la ville faire les affaires d'icelle, avec un. procureur et greffier. Les Mestiers ont aussy leurs juges et jurés, pardevant lesquels ceux qui désirent entrer en leur communeauté sont obligés faire chef-d'œuvre, s'ils veulent jouir des privilèges octroyés aux maistres en leur art ou mestier.

Yoilà en somme la description de la ville de Chartres, selon qu'elle est à présent, tant en son assiette qu'en corps ecclésiastiques, que de judicature et autres conmiuneautés qui sont en icelle, desquels nous pourrons encores parler cy-après aux rencontres. Venons maintenant à la description du pays Chartrain , tant ancien que nouveau, et particuUèrement de tout le diocèse qui a succédé à la pluspart de l'estendue d'iceluy.

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