LIVRE QUARANTE. DEDXIÈHE. 3M
^6 thermidor — 1 3 août, — le Directture annonça aux Conseils qu'il venait da faire fermer le club des Iac(^>ins '.
Cependant le Directoire ne voulut pas se départir des traditions qui le portaient à chercher dans la persécution de l'un des partis extrêmes le pardon du châtiment qu'il avait infligé à l'autre. La loi du 1 9 fructidor an V — 5 septembre 1 797 — avait condamné à la déportation en masse les rédacteurs de quarante-trois journaux. La plupart de ces écrivains' s'étaient dérobés par la fuite à l'application de la loi, ou se tenaient cachés. Leurs journaux ne paraissaient plus. Le Directoire crut sans doute apaiser un peu les démagogues en aggravant, après deux années de silence, la situation de ces écrivains, au nombre desquels se trouvaient Laharpe, Fontanes, GeoSroy, Bertin d'Ântilly, l'abbé Sicard, Barruet Bauvert, Richer Sérisy , Berlin de Vaux et Hévée. Par un arrêté du 12 fructidor — 29 aoôt, — il porta sur la liste des émigrés tous ceux de ces journalistes qui s'étaient dérobés à la déportation et prononça la séquestration de leurs biens.
Cinq jours plus tard , le 1 7 fructidor — 3 septembre , — nn message , signé Sieyès , et adressé aux
' Jfontteur liu 19 thermidor et 8 fructidor— 16 et !5 aoûl 1799. ^ Voir la liste de ces journaux et les noms de ces écrivains dans le jtfonOMN- des 4» frwtidw mi VU — 4 wptmbn «7».
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CoDseils, annonçait que des mandats d'amener venaient d'être lancés contre ies rédacteurs de treize journaux, dont les presses étaient mises sous les scellés ' ; et ainsi se trouvait annulée la mesure récente qui avait enlevé au Directoire la surveillance des journaux.
Ainsi, ce n'était pas la loi, c'était la violence qui gouvernait. On avait eu beau épurer, comme on disait alors, les Conseils et le Directoire; les périls restaient les mêmes et les errements d'administration ne changeaient pas.
Chacun voyait qu'il n'y avait plus d'autorité ou de force qui s'imposât, et l'on marchait visiblement à une dissolution inévitable- et prochaine. Les partis en lutte n'avaient qu'une préoccupation, avec celle du salut; c'était, pour chacun d'eux, l'ambition d'arborer son drapeau sur les ruines.
Le parti démagogique , groupé autour du général Jourdan, député de la Haute-Vienne au conseil des Cinq-Cents, tenta un coup hardi-, c'était de faire déclarer la patrie en danger. Jourdan en fit la motion, au milieu d'une animation extraordinaire, le 27 fructidor — 13 septembre. Aux termes du décret de l'Assemblée nationale, du 4 juillet 1793, la déclaration de la patrie en danger constituait immédiatement le Corps législatif et les administrations des départements en permanence , et toutes les gardes nationales en activité; les ministres devenaient collective-
> MoniUur dn 19 fructidor sn VII — 5 septembre 1799.
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ment responsables, et par conséquent ils étaient investis d'une sorte de dictature *.
Personne ne se trompa sur le but de ta proposition du général Jourdan. Si le parti qui l'avait imaginée était assez fort pour la faire passer, il transférait immédiatement la dictature à un conseil de ministres devenu comité de salut public , renversait le Directoire et gouvernait par la terreur. Ricord avait pu dire, aux applaudissements de la société des jacobins, que le 30 prairial, comme le 10 août, serait suivi de son 21 janvier '.
L'agitation causée au conseil des Cinq-Cents par la proposition de Jourdan fut extrême. La discussion dura deux jours. Daunou, Ghénier, Boulay de ta Meurthe la combattirent. Les républicains ardents essayèrent d'enlever le vote, dès le premier jour, après un discours de Lamarque, député de la Dordogne, terminé par le cri de : la liberté ou la mort! répété par l'assemblée entière. Après un long tumulte, l'ajournement au lendemain prévalut. La discussion recommença le 28 fructidor avec un redoublement de violence. Néanmoins la proposition fut rejetée, à l'appel nominal, par 245 suffrages contre171 *. Le lendemain, 1 02 membres du conseil des Cinq-Cents protestaient publiquement contre ce vote.
1 Voir le UonitevT du 6 juillet 1 79S.
> Moniteur dn i6 thermidor an VII — 13 août 1799.
3 Ibid., 3' jour complémentaire an Vil — 19 septembre.
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Il a'y avait donc plus d'illusioas à se faire : l'auiorité publique affaiblie pouvait sombrer, d'un moment à l'autre, sous l'assaut furieux, et incessant des partis. Legouvernement,occupéàse défendra, ne dirigeait rien. Le sentiment d'un danger personnel, s'ajoutant au sentiment des dangers publics, rapprocha Sieyès et Barras. Ils avaient d'abord projeté d'appeler au pouvoir le général Joubert, caractère pur et étevé. Sa DM»'t, arrivée à la bataille de Novi, le 15 août, les jeta dans des perplexités profondes. Ils songèrent à Moreau pour être son successeur, tant à l'année d'Italie que dans leurs projets; mais sa réputation militaire, plus établie que celle de Joobert, donnait de l'ombrage; ses liaisons avec Pichegru donnaient des craintes. La négociation, conduite avec lenteur et circonspection, n'aboutit pas à one conclusion précise.
Cependant la crise augmentait. Il avait fallu faïrei, à Paris , à la fin de septembre , des visites domiciliaires qui avaient amené, en un seul jour, 450 arrestations '. La terreur du parti des Cfinstituants était au comble, et l'on expédiait un courrier à Moreau, lorsque le 42 vendémiaire — 14 octobre, — un message du Directoire au conseil des Cinq-Cents annonça inopinément l'arrivée de Bonaparte à Fréjus.
Lorsque le président du conseil, lisant le message, fut arrivé à ces mots : « Le générai Berthier est dé-
■ Moniteur du V et du 9* jour eonftléracDtaire in VQ — Il et t% septembra 17W.
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