‹ Histoire du directoire: 2 tom. augm. de pièces justificativesChapitre 154 sur 204 · LIVRE QUARANTE-TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUARANTE-TROISIÈME

devant Satnl-Jean d'Acre. — Retour su Ctire. — Bstiîlle d'Aboukir et

destniction de l'armée turque. — Bonaparte revient ed France, ainsi qu'il l'avait snnoDCé au Directoire. — Ctowi et but de son retour.

Bonaparte, qui avait pu croire, en partant pour l'Egypte, qu'il laissait le continent pacifié el la révolution française consolidée par le glorieux traité de Campo-Formio, trouvait à son retour le prestige militaire évanoui, les armées repoassées sur presque toutes les frontières, l'Italie perdue, les Russes derrière les Alpes, l'épouvante dans les esprits, la misère partout.

Uae telle situation , dout i'inca^pacité du Directoire lui avait fait comprendre la possibilité, et qui le ramenait, du fond de l'Egypte, au secours de la révolution, menacée d'avorlement, et de la France, menacée d'invasion, ne serait pas sortie, d'une façon naturelle et logique, des difficultés diplomatiques déjà existantes, lors du départ de Bonaparte, à Rome, à Berlin et à Rastadt, si le gouvernement ne les avait, par sa mauvaise politique, grossies et envenimées.

Un gouvernement qui eût compris, comme le comprenait Bonaparte, que la grande nécessité de ce temps, c'était la pais, n'eût pas faitnatlre d'un incident regrettable, mais entièrement fortuit, comme la mort du général Duphot, tué à Rome dans une émeute, des complications inutiles, qui, jointes aux

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3» HISTOIBE DD DIKECTOIltE.

révolutions gratuitement suscitées en Suisse, eu Hollande, en Piémont et eu Toscane, effrayèrent l'Europe et jetèrent finalement l'empereur d'Autriche , l'empereur de Russie et le roi de Naples dans la deuxième coalition, ourdie par les Anglais, et alimentée par leurs subsides.

Le jeune général Daphot se trouvait à Bome au mois de décembre 1798. Il y était près de Josepfa Bonaparte, ambassadeur français, dont il allait épouser la belle -sanir, Eugénie Ctary, devenue depuis reine de Suède. Avec Duphot se trouvaient également an palais de l'ambassade les adjudants généraux. Sherlock et Arrighi, et Eugène Beauharnais, de passage à Rome.

Les événements qui avaient changé ta face de l'Italie et créé la république cisalpine, avaient eu leur retentissement naturel à Rome. Quelques écrits exaltés, surtout parmi les artistes, y rêvaient le rétablissement de rantiqne]formo républicaine, et comptaient, pour atteindre ce but, sur l'appui de la France. Certains d'entre eux s'en ouvrirent confidentiellement, le 36 décembre 1797, à l'ambassadeur français , qui s'efforça de les dissuader de leur entreprise.

Un usage ancien , détruit quelques mois plus tard par l'autorité française, attribuait aux ambassadeurs une juridiction spéciale et directe sur une certaine zone, fonnant comme une enceinte privilégiée autour de leurs palais. Chaque ambassade fournirait le

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nombre et les noms des individus qu'elle eotendait couvrir de son privilège, et ils étaieol iavicdabtes dans l'étendue de la juridiction. Les républicains s'étaient procuré une grande quantité de cocardes françaises, et ils se proposaient, en commen^nt l'émeute, de s'en couvrir d'abord, sauf à se réfugier, en cas d'attaque de la part des troupes papales, dans l'enceinte privilégiée du palais Gorsini, demeure de l'ambassadeur de France. Os projets étaient connus du gouveraenKnt papal , qui ne paraissait pas y attacher une sérieuse importance.

Cependant la conjuration républicaioe éclata le S8 décembre, à la villa Médicis, située sur le Pincio, et qui était déjà, depuis 1666, le siège de l'Ëcde de peÎQture, fondée à Rome par Louis XIV. Facilement dispersés par les troupes, les conjurés traversèrent la ville et se réAigièrent au palais Corsini, situé daos le Transtevère, au pied du mont Janicule, où les soldats les suivirent. On essaya de leur en int^xlire l'entrée; mais une mêlée s'engagea, où il y eut des morts et des blessés, et pendant laquelle les soldats furent entraînés dans l'enceinte de la juridiction Française.

La violation fortuite de cette enceinte , opérée à la fois par l'attroupement et par les soldats, ne portait évidemment aucune atteinte à la dignité du gouvernement français. L'imprudence et la pétulance des

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340 HISTOIRE DU DIRECTOIRB.

jeunes officiers français gâtèrent tout. Ils demandèrent à l'ambassadeur « l'ordre de dissiper l'attroupement par la Torce '. » Joseph Bonaparte, non-seulement accéda au désir de ces jeunes officiers, mais il revêtit les insignes officiels de sa chatte, et, le sabre à la main , il se jeta dans cette mêlée , pour la dissiper, moitié par la persuasion, moitié par la menace.

« Je recommande, dit Joseph Bonaparte dans son rapport officiel, au citoyen Beauhamais, et à l'adjoint aux adjudants généraux, Arrighi, de contenir, le sabre à la main, cette troupe (les insurgés), et je m'avance avec le général Duphot et l'adjudant général Sherlock pour persuader la compagnie de fusiliers de se retirer et de cesser le feu. Je leur crie de se retirer de la juridiction de France; que l'ambassadeur se chargeait de faire punir les attroupés!... Le trop brave général Duphot, accoutumé à vaincre, s'élance d'un saut; il est entre les baïonnettes des soldats, il empêche l'un de charger, il évite le coup de l'autre déjà chargé. Nous le suivons par instinct national. Il était l'ami des deux parfis, il était pacificateur...; trompé par son courage, il est entraîné jusqu'à une porte appelée Sepiimimam'; je vois un soldat qui lui décharge son mousquet au

' Ce sont les termes du rapport adressé par Joseph Bonaparte )U Directoire, le 41 nivâse an VI — 31 décembre 1797. — Momtevr du 1S janvier 1798.

3 La porte Sepliminiana, qui faisait partie de l'enceinte de Septime Sévère, au pied du Janicule, se trouve dans l'enceinte

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