LIVRE QUARANTE-QUATRIËAIE. i
pouvoirs (lu Corps légistatir tout entier, la dispersion du Conseil des Cinq-cenls pouvait y blesser certains esprits, surtout si elle y était inexacteinent présentée. Lucien jugea nécessaire de s'y rendre. Il y avait déjà été précédé par un député des Cinq-Cents, qui, sans faire aucune distinction ni détailler aucnne circonstance, avait présenté l'entrée des yldats dans l'orangerie comme une violation gratuite des droits lie la représentation nationale. Lucien rétablit les faits, rassura les esprits, et annonça qu'un certain nombre de députés, fidèles au principe d'ordre, se groupaient déjà autour de lui et demandaient à reprendre leurs travaux, à l'abri des clameurs et des violences des factieux.
En eiïet, vers neuf heures du soir, environ cent membres (1) du Conseil des Cinq-Cents se réunirent à l'orangerie, sous la présidence de Lucien. Une commission de neuf membres fut nommée , avec mission de proposer les mesures suggérées par les circonstances.
Cette commission fit son rapport séance tenante ; et , après des discours prononcés par Lucien , Boulay et Cabanis, le Conseil vola à l'unanimité un décret qui abolissait le Directoire, ajournait le Corps législatif au i" ventàse, — 20 février 1800, — en excluait soixante-deux membres, è raison lie la violence de leurs actes, créait une com-
' C'est le nombre donne par l'Empereur. Voyez Gourgaud, Mimoirei île îfapotfm.
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mission consulaire provisoire de trois membres, composée de Sieyès, de Boger-Ducos el de Bonaparte, et enfin prescrivait la formation de deux commissions législatives, comprenant chacune vingtcinq membres des deux Conseils.
Ces deux commissions étaient chargées de discuter tes affaires •rdinaires, et de préparer les modifications que l'expérience pourrait conseiller d'introduire dans la constilution de l'an III.
Porté au Conseil des Anciens, ce décret fut immédiatement adopté.
Enfin les trois consuls provisoires se présentèrent devant les deux Conseils el y prêtèrent serment.
Vers trois heures du matin, tout était terminé à Saint-Cloud; les consuls et les membres des Conseils rentrèrent à Paris; et la capilale apprit avec joie en se réveillant qu'elle était délivrée de la démagogie, et que la révolution de 89 était entrée enfin dans sa période pacifique el régulière.
Ainsi tomba le régime du Directoire.
Il avait constitué, de toutes les périodes de la Révolution, la plus curieuse à étudier, au point de vue politique, car c'est sous le Directoire que les théories dominantes dans les premières assemblées avaient subi l'épreuve décisive de l'expérience.
Les principes de 89, c'est-à-dire l'esprit d'égalité devant la loi se substituant à l'esprit féodal et aux privilèges, survivaient au Directoire, et devaient recevoir leur application sous le Consulat,
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