LIVRE QUARANTE-QUATRIÈME. iW
Au même instaot, Lucien, arraché de l'orangerie, s'avançait au milieu des grenadiers qui l'avaient entouré. Il est reçu aux cris de Vive la République! A bas les assassins! Il monte à cheva) au milieu des troupes; un roulement rétablit le silence, et il s'écrie d'une voix émue et vibrante :
a Citoyens, le président du Conseil des Cinq-Cents vous déclare que l'immense majorité de ce Conseil est dans ce moment sous la terreur de quelques représentants à stylets, qui assiègent la tribune, présentent la mort à leurs collègues, et enlèvent les délibérations les plus affreuses.
» Je vous déclare que ces audacieux brigands, sans doute soldés par l'Angleterre, se sont mis en rébellion contre le Conseil des Anciens, et ont osé parler de mettre hors la loi le général chargé de l'exécution de son décret, comme si nous étions encore en ces temps affreux de leur règne, ou ces mots hors la loi suffisaient pour faire tomber les têtes les plus chères à la patrie!
» Je vous déclare que ce petit nombre de furieux se sont mis eux-mêmes hors la loi par leurs attentats contre la liberté de ce Conseil. Au nom de ce peuple, qui est depuis tant d'années le jouet de ces misérables enfants de la terreur, je confie aux guerriers
leurs Mémoires ktiloriquet sur le dix-huit Brumaire, de n'avoir pu recueillir tous les traits de cetle courte, mais énergique harangue. Les cris de Vive la République] Vive Bonaparte! l'interrompaient presque à chaque mot. « Page 7(.
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le soin de délivrer la majorité de leurs représentants, afin que, délivrée des slylels par les baïonnettes, elle puisse délibérer sur le sort de la République.
» Général, et vous, soldats, et voos tous, citoyens, vous ne reconnaîtrez pour t^islateurs de la France qae ceux qui vont se rendre auprès de dkh. Quant à ceux qui resteraient dans l'orangerie, que la force les expulse... Ces brigands ne sont plus les représentants du peuple, mais les représentants du poignard... Que ce titre leur reste; qu'il les suive partout;... et lorsqu'ils oseront se montrer au peuple , que tous les doigts iea désignent par ce nom mérité de représentants du poignard. Vive la République! n
Ce cri est répété par tous les assistants, et les soldats y ajoutent le cri de Vive Bonaparte!
Requis ainsi directement par le président du Conseil des Cinq-Cents, Bonaparte répondit : <( Président, ce que vous demandez va être fait. »
Aussitôt il ordonna à Muial de se porter dans l'orangerie en colonne serrée, à la tète d'un peloton de dragons. Le colonel Moulins, aide de camp de Brune, qui arrivait de Hollande, fait battre la charge, et, en quelques instants, les jacobins restés maîtres de la salle et les curieux qui s'y étaient mainteims sautent péle-méle par les fenêtres, semant les abords d'écliarpes, de toges et de chapeaux.
Quoique à l'heure où ces événements s'accomplissaient, c'est-à-dire vers cinq heures el demie, le Conseil des Anciens eût déjà pris dans ses mains les
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