LIVRE TRENTE-SIXIÈHB. M
D'autres régimes avaient eu, comme la Révolution, le malheur de bannir des citoyens. Par exemple, la mesure par laquelle Louis XIV crut devoir révoquer en 1 685 l'édit rendu à Nantes par Henri IV en 1 598 , édit qui accordait aux protestants )a liberté de conscience, l'exercice du culte et l'admission aux charges publiques, fit sortir de France un très-grand nombre de familles.
Si ce n'est pas ici le lieu d'examiner tes causes et les circonstances de cette regrettable mesure, on peut dire néanmoins qu'elle fut inspirée par un esprit de prosélytisme religieux explicable, et, jusqu'à un certain point , respectable en lui-même.
C'était, à cette époque, un principe politique géoéralepient et depuis longtemps admis en Europe, que le souverain avait le droit de maintenir l'unité de la foi religieuse dans ses États. Louis XTV ne mit pas, dans le bannissement des protestants, la rigueur que Guillaume d'Orange et le parlement d'Angleterre mirent, quatre ans plus tard, dans le bannissement des catholiques; il fonda les Économats pour éleveietpour instruire, aux frais de l'Ëlat, les enfants de la religion réformée qui seraient disposés à embrasser le catholicisme ; et Louis XIV était à peine mort, que le gouvernement français se relâcha' considérablement des principes qui avaient dicté l'édit de 1685.
Sous le Régent, l'Écossais Law, qui était protestant, put jouer un grand rôle à la cour avant d'abjurer; sous Louis XV, Maurice de Saxe, protestant.
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fut élevé à la dignité de maréchal de France, et l'ordre du Mérite militaire fut fondé en faveur des officiers protestants; sous Louis XVI, Necker put être, quoique protestant, contrôleur général des finances et premier ministre.
Il faut ajouter que le gouvernement français se montra toujours, envers les protestants, plus libéral que l'opinion publique.
Henri IV n'obtint du parlement de Paris l'enregistrement de l'édit de Nantes qu'après de longs délais et des résistances presque factieuses. Il dut mander le parlement au Louvre, et termina ainsi son rude et fier discours : « Vos langueurs et vos difficultés donnent sujet de remuements étranges dans les villes... Empêchez que de telles choses n'arrivent plus; que je n'aie plus à parler de cette affaire, et que ce soit pour ta dernière fois. Faites-le ; je vous le commande et vous en prie '. -i
Lorsque Louis XVI porta au parlement, dans la mémorable séance du 19 novembre 1787 , l'édit qui rendait l'état civil aux prolestants, c'est-à-dire qui leur permettait de se marier et de tester légalement, non-seulement le parlement refusa de l'enregistrer, demandant au roi, dans des remontrances, de « maintenir la religion de ses pères et celle du royaume ^ » , mais il y eut une sorte d'émeute dans les cafés du Palais-Royal , contre l'édit réparateur,
' État de la magistrature en France, 1788, page 207. ' Wéber, Mémoires, 1. 1, page 196,
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