LIVRE TRENTE-SIXIÈME. 12i
qui n'iillait pourtant pas jusqu'à rendre complètement aux. protestants les droits qu'ils avaient reçus à Nantes '.
Il serait donc inexact et injuste d'imputer au gouvernement français, avant la Révolution, une persécution envers les protestants, regrettable sans doute, mais dans laquelle il fut toujours plus modéré que l'opinion générale du pays.
11 faut ajouter que, dans ce regrettable exil, les protestants ne montrèrent pas plus de patriotisme que ne le firent, plus tard, les Emigrés.
Pendant la période malheureuse de la guerre de la succession d'Espagne, ils constituèrent, en Hollande, le foyer des outrages dirigés contre les ambassadeurs français qui étaient allés, en 1710, à Gertruydenberg, demander la paix aux alliés, au nom de Louis XIV. « On leur insultait, dit Voltaire, par des libelles outrageants, tous composés par des réfugiés français, devenus plus ennemis de la gloire de Louis XIV que Marlborough et Eugène ' . » Voltaire dit encore : « J'ose appeler cette guerre une guerre civile... des régiments entiers de calvinistes français avaient servi contre leur patrie '. »
On peut ajouter que les protestants pris les armes à la main, pendant la guerre de la succession d'Espagne, ne furent pas traités comme les Emigrés le
' Hisloire da gouvernement français, page 273.
* VolUire, Siècle de Louis XIV, ch. xxi, page i5, édit. de Kehi.
' Ibid., ch. x\iv, page 75.
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1» HISTOIBB DU DIRECTOIRE.
furent durant les guerres de la République, à Nancy, à Toulon et à Quiberon. EqBd, le gonvernement de l'ancienne Monarchie permettait au moins aux protestants de rentrer dans leur patrie en se soumettant aux lois, tandis que le gouvernement du Directoire, comme celui de la République , refusait aux Émigrés jusqu'à la faculté d'accepter la Constitution et d'd>éir à son empire.
La loi rendue le 19 fructidor an V — 5 septentbre
4797 — contre les prêtres et les Émigrés, était une loi de circonstance, empreinte, jusqu'à la dernière limite, de i'esprit de violence que comporte une lutte à mort entre des partis rivaux. Au moment on elle fut rendue, cette loi était une arme de guerre; elle était donc excusable, à la condition de n'en pas abuser.
Elle interdisait à tout parent ou allié d'Émigré le droit de voter dans les assemblées primaires, ou d'être nommé électeur.
Elle donnait à tous les individus portés sur la liste dM Émigrés, et qui n'étaient pas encore radiés définitivement, vingt-quatre heures pour sortir de Paris, et quinze joui-s pour sortir du ten-iKàre de la République. Ces délais passés, toute personne portée sur la liste des Émigrés, et non rayée défioilïvement, devait être traduite devant une commission mili-
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