LETOURNEUR
Sa médiocrité est son principal titre à l'honneor du directoriat. — Une ancienne femme de chasnbre fait les honneurs des salons de ce (firecteur. — Sa tarrière' diieetonalft n'offre ^e» de lotable.
La nomination de Letourneur au Directoire fut Teffet d'un de ces caprices des assemblées qui se passionnent quelquefois, on ne sait pas à quel propos, pour les médiocrités les plus avérées. Il n'avait jamais rien dit ou rien fait d'éclatant, ce qui ne- pouvait pas le recomman^r à la gratitude des conventionnels : il 8*éfait habituellement montré modéré, probe, honnête homme, ce qui ne pouvait pas le recommander à leurs passions. Il avait d'ailleurs une situation domestique toujours diflScile dans la vie publique , quelque respectable qu'elle puisse paraître dans la vie privée ; mais tant que les mœurs françaises attacheront du prix à la société, à ses traditions et à ses formes, il ne sera pas tout à fait sans inconvénients de faire tenir le salon d'un des plus hauts dignitaires du gouvernement par une ancienne femme de chambre *•
Rien de notable ne signala la carrière directoriale de Letourneur. Camot lui abandonnait les travaux
ï Bertm cTAntflly, le Thé, n» 36.
militaires qu'il ne réservait pas pour lui. Il appartenait, comme Garnot, à Tanne du génie, qu'il avait étudiée dans les anciennes écoles militaires; et il était capitaine et chevalier de Saint-Louis quand la révolution éclata.
Le seul acte qui appela un instant sur lui l'attention publique fut le discours qu'il prononça, le 4 avril 096, pour l'inauguration de l'Institut. Un discours était toujours une chose considérable pour la génération lettrée du dix-huitième siècle. D'ailleurs, l'Académie française, fermée au mois d'août 1793, reprenait ses travaux après trois années de deuil et de silence. Le jour où ses portes s'ouvraient de nouveau était donc un événement.
La séance eut lieu au Louvre dans la salle des Antiques. La réunion avait fait accourir tout ce que la guillotine avait laissé de lettrés, de poètes, d'hommes du monde et de femmes d'esprit. Ce dut être un moment plein de douloureux souvenirs que celui où cette assemblée se compta, et où les yeux et la pensée évoquèrent les absents que le bourreau avait emportés. Champfort, Condorcet, Bailly manquaient sur les fauteuils conférés aux lettres; Lavoisier manquait sur les fauteuils consacrés aux sciences; et la révolution avait été aussi impitoyable aux trois premiers, qui l'avaient accueillie, qu'au dernier, qui l'avait repoussée.
Letourneur fut le plus sensé de tous les orateurs. Lui, qui représentait la république, ne parla que des