‹ Histoire du directoireChapitre 111 sur 241 · REUBELL · texte numérisé non relu

REUBELL

Opinion de TEmpereur sur Reubell. — Portrait de ce directeur par les contemporains. — Il se passionne poar les affaires. — La vavTaise répatatioii de Reubell est due à ses liaisons intimes arec les fonmissOTrs. — Ce qu'étaient les munitionnaires de la Convention et du Directoire. — Lettre coriease d'un fbumisseur. — Joséphine obtient la fourniture de vingt mille couvertures. — Sévérité de Bonaparte envers lea muMtiomiaiDes.

Reubell a laissé parmi ses contemporains une réputation ai universellement décriée, que nous corn* m/eocerona par rapporter le seul témoignage que nous ayons trouvé en sa faveur. Ce témoignage est désintéressé , moral , considérable ; c'est cdui de Napoléon.

tll avait, dit FEmper^ir, beaucoup de cet esprit qui caractérise un bon praticien. Il prenait facilement des préventions contre les individus, croyait peu à la vertu y était d'un patriotisme assez exalté. Quoi que Von en ait dity il ne s est, point enrichi au Directoire. Il était, il est vrai^ environné de fournisseurs; mais, par la tournure de son esprit, il se plaisait dans la conversation d'hommes hardiâ et entreprenants. Il jouissait de leurs flatteries, sans leur faire payer les complaisances que Von avait pour euœ^. »

1 Montholon , Métnoirûs éeriis à Saini^H^inê^, t^ m , p« 4'23l

LITBE QUàTORZIÈMB. M

De telied p«t)le8y tombées d'aoe tdle booche, «ma faites poar consoler^ et presque pour absoudre temé^ moire la plus déchirée; mais, en fait àe témoignées favorables 9 c'est tout Brochures, mémoire, jour« naux, tradiUoD, tout s'accorde pour faine du dôpec^auf Jean Reubell, am^ien avocat au couseil souverain d'Alsace, ancien député dm tiers état de ScheîestMit aux états généraux, ancim homme d'aAàres des princes allemands, propriétaires en Alsace^ dont la révf^utionle rmditrenneori aûhaméy un hoiMie dtir, grossier^ dissolu et avide. Et une tdle opinion sur Reubell était partagée par des honanes éminents, et jusque par ses propres collègues; car c'était celle de Caruot.

Il Y a^ de^s les contemporains, une telle unanimité d'aversion et de mépris au sujet de Reubell ^ qu'on ne sait ou prendre, à oon sujets de» paroles qui ne soient pas iojurieuses.

L'auteur d'une brochure qui paru>t en 1 798, sous le titre d'E^ai sur la nature et les dwers agents de la conspiraiion présente , dit de Reubell : ^ Il fait la po^ litique avec les principes d'un Bédouin, l'âme d'M corsaire, et la conscience d'un fournisseur V »

B^tin d'Antilly, l'écrivaitt peut-être le plus franc et le plas spirituel du journalisme révolutionnaire, et qui fut, sous le Directoire et contre lui , ce que Ca-

* Essai sur la nature et les divers agents de la conspiration présente, p. 6.

mille Désmoulins avait été sous la Constituante et contre elle^ définirait ainsi Reubdl :

« Qu'est-ce que Reubell ? — Un lourdaud bien épais, bien crasseux^ ruminant six mois la même idée, changeant de yin à chaque service, menant le Directoire comme un cocher de fiacre mène ses chevaux; accrochant à toutes les bornes ; s'arrétant à tous les cabarets; jurant sur tous les tons, et ne négligeant pa^ le pourboire *. »

Ce sont là, il est juste de le reconnaître , des écrivains royalistes; mais il faut le dire aussi, malheureusement pour Reubell, les républicains étaient encore pires.

« Par quelle fatalité, disait Pouitier, en 1799, dans son Ami des lois, par quelle fatalité Jean Reubell, avocat alsacien, avare, lourd, ivrogne et brutal, s'estil entouré de noms formés pour exprimer tout ce qui peint le brigandage? Le trop fameux nom de son beau-frère est Bapinat; celui de son secrétaire , Forfait^ et celui de son adjoint, Grngeon. On peut donc désormais définir le crime par un mot synonyme. Forfait sera ]e positif; Rapinat et Grugeon, le comparatifs et Reubell, le superlatif^. »

Sieyès disait, au rapport dePrudhomme, que Rapinat était Tadjectif de Reubell * ; et Carnet, après avoir

i Berlin d'Anlilly, le Thé, p. 422.

2 Pouitier, VAmi des loiSj — cité par Prudhomme, Histoire impartiale des révolutions , t. XI, p. 45. ^Ibid,

Page 1