‹ Histoire du directoireChapitre 112 sur 241 · LIVRE QUATORZIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATORZIÈME

écrit que « Reubell était constamment le patron des gens accusés de vol et de dilapidations ^, » ajoutait très-clairement que Merlin (de Thionville) et lui ne lui semblaient pas être sortis les mains très-nettes de Mayence. Cette accusation, faite quoiqu'on termes Retournés, en présence de Reubell lui-même , le décontenança profondément. « Le rouge monta au visage deReubelly ditCarnot, quoiqu'il possède au plus haut degré Tart de se composer ^. »

Trois causes semblent avoir plus particulièrement contribué à fonder, parmi les contemporains de Reubell, une si déplorable renommée : ses principes, sa société et sa famille.

Reubell, dit TEmpereur, croyait peu à la vertu ^. Camot, beaucoup plus explicite, ajoute : «Il paraît entièrement convaincu que la probité et le civisme sont deux choses absolument incompatibles. Il ne conçoit pas comment un homme sans reproches aurait pu se jeter dans la révolution *. » Cette opinion sur la moralité des révolutionnaires n'était, d'ailleurs, ni trèsnouvelle ni exclusivement propre à Reubell. On sait le mot de Dubois de Crancé', répondant à un solliciteur qui demandait un emploi où il pût servir la révolution : « Qu'as-tu fait pour être pendu? »

* Carnôt, Réponse au Mémoire de Bailîeulj p. 187. 2 /6id., p. 190.

^Montbolon, Mémoires écrits à Sainte-Hélène, p. 423. ^ Carnot, Réponse au Mémoire de Bailîeuî, p. 189.

266 HISTOIKE DU DIRECTOIRE.

Un livre trèa-cmieax sar les Cames du 18 fructi^ dor caractérise ainsi cette singulière époque, où la bassesse et les crimes étaient une recommandation' : «Pour toutes les places on demande aujourd'hui , quels gages €is4u domés à là révolution? o'eeihirdire : as-tu voté la naorl du roi? As-tu dénoncé ton père (m ton ami? As-tu égorgé quelque noble ou quelque prêtre ^ As-tu volé des biens nationaux, bràlé des châteaux, démoli des églises, vonri quelque blasphtoe contre la divinité ? A ces titres seuls, tu es digne de marcher sur nos traces, et de partager avec nous l'honneur et les profits de la tyrannie *. »

A la distance où nous sommes de ces temps calamiteux, il faut faire une sorte de violence à son esprit pour croire à l'existence d'un gouvernement fondé sur de tels principes et sur de tels hommes ; mais il n'y a pas de scepticisme qui résiste à l'amoncellement des preuves irrécusables qui s'offrent partout d'elles-mêmes, jusque dans les paroles et dans les actes du gouvernement.

^ A cette demande du président du tribunal qui jugeait Carrier :

« — Avez-vous eu connaissance des noyades? » — Carrier répondit :

« — Point d'autre que celle des préiresy dont j'ai rendu conif»te4k) la Convention, comme d'un événement que j'ai toujours cru fort. NATUREL ; sans cela , je n*eusse pas eu la maladresse d'en faire mention, » — - Bûchez et Roux, Histoire pariementuire de la rétolntùm^ t. XXXIV, Procès de Carrier, p. 460.

Il faut d'ailleurs ne pas oublier que ces prêtres, qui n'avaient été ni jugés, ni accusés, se trouvaient tout simplement réunis à Nantes pour être déportés.

2 Dix-huit fructidor, ses causes et ses effets, 1. 1*', p. 471.

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