LIVRE DIX-HUITIÈME
Fils d'un maître d'hôtel du marquis de Bercy, successivement clerc de procureur et de notaire , compositeur à l'imprimerie du Moniteur, Tallien créa, au mois de janvier 1 792 , une société fraternelle dans laquelle il prononçait, chaque dimanche, ce qu'il nommait lui-même un prône civique '•
Tallien était alors, comme Danton, comme Robespierre, comme Marat, partisan de la monarchie constitutionnelle; et un journal-affiche, qu'il ajouta à ses prôneSy et dont la société des Jacobins faisait les frais, avait pour but « de prévenir les mouvements séditieux y toujours funestes au bonheur du peuple et à l'intérêt de la liberté*. »
Il publiait encore son journal, dirigé contre les émeutes, lorsqu'il prit à celle du 10 août une part assez grande pour mériter d'être nommé greffier de la Commune insurrectionnelle. Ce poste fut fatal à l'honneur de Tallien, car il y fut taché du sang de septembre. Sa signature se trouve au bas des bons horribles délivrés aux massacreurs d'Orléans et aux charretiers qui emportèrent les cadavres des prisons *.
C'est à un tel homme que madame de Fontenay se voua en 1793; mais elle ne porta son nom, que lorsque la révolution de thermidor l'eut absous des excès de sa vie passée.
* Moniteur du 7 janvier 1792.
^Moniteur du 1 janvier 1792; notice sur Y Ami des citoyens. journal de Tallien.
3 État de sommes payées far le trésorier de la Commune pour dépenses occasionnées par la révolution du 10 août , p. 310 , 321 .
Quoique la révolution du 9 thermidor soit un événement fort complexe, auquel bien des personnes intéressées mirent la main, la Providence y donna à madame de Fontenay un rôle considérable, que l'histoire n'oubliera jamais. Elle était à la Petite Force, attendant son tour de guillotine, ainsi que les huit mille victimes entassées dans les prisons, lorsqu'elle écrivit te billet suivant à Tallien :
« De la Force , le 7 thennidor, » MADAME DE FONTENAY A MONSIEUR TALLIEN.
» L*adminiîïlraleur de police sort d'ici : il est venu m'annoncer qoe demain je monterai au tribunal, c'est-à-dire sur Téchafaiid. Gela ressemble bien peu au rêve que j*ai fait cette Doit :
Robespierre n'existait plus, et les prisons étaient ouvertes;
mais , grâce à votre insigne lâcheté , il ne se trouvera bientôt plus personne en France capable de le réaliser. »