LIVRE DIX-HUITIÈME. 39Ï
pas opéré seul un pareil prodige; mais il avait, le premier, interrompu le discours par lequel Saint-Just commença la séance du 9 thermidor, fait décider que le Comité de salut public, attaqué la veille par Robe&^ pierre, sermt appelé et entendu, et fourni à Blllaud- Varennœ Foccasion d'une attaque désespérée qui entraîna la Convention.
Ce fut peu de temps après être sortie de la Force que madame de Fontenay épousa Tallien. Elle dut à ce mariage de conserver sa grande fortune ; et l'opinion publique, reconnaissante du service immense qu'elle avait rendu à la France, lui donna le surnom de Notre-Dame de Thermidor. Les passions politiques, si ardentes et si aveugles, voulurent balancer ce glorieux surnom par celui de Noire-Dame de Septembre; mais elles oubliaient que les massacres de septembre sont de Tannée 1792, et que madame de Fontenay ne connut Tallien à Bordeaux que tneize mois plus tard, au mois d'octobm 1793.
Tous les contemporMBS s'accordent à donner de la beauté de madame Tallien une idée merveilleuse. Elle avait alors vingt ans-, étant née vers 1775, en Espagne. Sa beauté néunissait au plus éminent degré ces deux qualités si diSicikment associées, l'extrême pureté des traits et l'exquise bonne grâce, la majesté qui impose et l'élégance qui séduit.
L'idée précise que le lecteur doit se faire de la personne et de la beauté de madame Tallien, à vingt ans, nous ne l'avons trouvé que dans un document
étrange , c'est le mandat d'arrêt en vertu duquel elle fnt conduite en prison. Ce mandat contient le signalement de madame Tallien , transcrit en ces termes, dans le registre d'écrou de la Petite Force :
« Thérèse Cabarrus, femme Fontenay, âgée de 20 ans, native de Madrid, en Espagne, sans élat, demeurant à Versailles.
» Taille 4 pieds H pouces, cheveux et sourcils bruns, front ordinaire, yeux bruns, nez moyen, bouche petite, menton rond ^ »
Tallien ne sut pas garder ce trésor, que l'esprit le plus charmant et la plus délicate bonté rehaussaient encore : ils divorcèrent, après de longs déchirements domestiques; et Thérèse Cabarus devint, en 1805, comtesse de Garaman et princesse de Chimay.
Joséphine Tascher de la Pagerie, née à la Martinique le 24 juin 1 763, avait perdu son mari, le brave et illustre Alexandre de Beauharnais, ancien général en chef de l'armée du Rhin, le 5 thermidor an III, quatre jours avant la chute de Robespierre. Il avait été condamné avec cinquante*quatre autres victimes, dans ce qu'on appelait au tribunal révolutionnaire une grande fournée, pêle-mêle avec des chanoines, des curés, des banquiers, des magistrats, des matelots, des greffiers, des domestiques, ramassés au ha-
* Registre d'écrou de la Petite Force, /archives de la préfecture de police.