CARNOT
Portrait de ce directeur feit par lui-même. — Poésie de Camot. *- Ses talents militaires. — II demande la démolition de toutes les citadelles. — Honneur qui lui roTient dans la formation des armées de la République. — Motifs de la guerre européenne. — Légende des quatorze armées créées par lui.
Camot a donné lai-méme, dans sa Réponse au rapport de Bailleul sar le 18 fractidor, l'idée la plus exacte de son caractère et de ses habitudes.
(( Mon extérieur, dit-il , n'annonce pas un ultrarévolutionnaire. J'ai vu des personnes qui, d'après la peinture que des journaux leur avaient faite de moi, ne revenaient pas de leur surprise en me voyant, et ne pouvaient comprendre que ce fût là ce terrible membre du Comité de salut public, cet associé de Robespierre.
D II s'en trouverait bien moins encore , de celles qui m'ont connu antérieurement à la Révolution, né* gligé, solitaire, distrait, préoccupé, ce qu'on appelait une espèce de philosophe, c'est-à-dire une espèce d'original, qui voulussent se persuader aujourd'hui que je suis devenu un courtisan, un ami des rois; et que, partageant la gloire d'avoir fondé la plus
majestueuse des républiques^ j'aie voulu m'amuser ensuite à la démolir \ »
Ce portrait de Carnot, tracé par lui-même, est en effet très-exact.
Garnot était réellement ce qu'il dit, un homme distrait, rêveur, négligé, pastoral , avec un extérieur empreint de bonhomie; mais ce rêveur servait et vantait, Tun aprèsrautre, la monarchie de Louis XVI, U République, TEinpire et la Restauration ; cet bcMnme distrait portait successivement la croix de Saint- Louis , la carmagnole , la croix de la Légion d'honneur, récusson de comte et le manteau de pair; et 66 berger d'Ârcddie signait de la même main , et avec le même flegme, des vers adressés à Cupidon et des arrêtés adressés à Carrier.
Barrère était, dai» un autre genre, un homme assez semblable à Caraot. On le voyait léger, riant, badin, troubadour ; mais, tout en brodant (tes madrigaux snr le canevas de ses rapports , il prenait sa part des plus gra&des abominatioiis qui aient jamais souillé l'espèce humaine.
Lui aussi s'est peint dans ses Mémoires , comme Caraot s'était peint dans sa réponse à Bailleul; et il eomprenait enccnre bien Booins qu'un homme si gai, si galant, si sensil^, qui avait obtenu des couronnes à TAcadémie de Toulouse» comme Garnot à TAcadé* mie de Dijon, pour des compositions iafinim^it roya- Intes, infiniment religievses, infioimeBt tanches , pèt
* Carnot, Réponse au rapport de Bailleul, p. 178, 479.
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être donné pour un uUra-réTolutionnaîre; mais Fouquier-Thinville etSamson savaient à quois'en tenir. S'il ne poussait pas précisément à l'échafaud, il n'empêchait pas non plus d'y aller; et, pour ceux qu'on y envoyait, cela revenait à peu près au même.
Lazare-Nicolas-Marguerite Camot, mé à Nolay, dans l'ancien duché de Bourgogne, le 13 mai 1753, était déjà capitaine au corps royal du génie, chevalier de Saint-Louis et membre de l'Académie de Dijon, lorsque la Révolution éclata '.
Ses goûts, ses travaux, la faiblesse de son caractère ne semblaimit pas l'appeler à la carrière violente qui lui était réservée. Il faisait des vers et les envoyait à VAlmanach des Musesj qui fut, de 1787 à 1792, le théâtre de sa modeste renommée. C'étaient des idées pastorales, galantes, mythologiques, des vers sans couleur et sans relief.
Voici la meilleure des quatre pièces par lesquelles il se révéla, en 1787 :
FAKIIT
OU CB QUB c'est QUE D*AIMER.
Fanny chantait au bord d'une onde claire : Pour être heureuse on dit qu'il faut charmer; Qui me dira ce que c'est que de plaire? Qui me dira ce que c'est que d'aimer?
* Il fut lieutenant en second, en 4T74 ; lieutenant en premier, en 4773; et capitaine, en 4783.
m HISTOIRE DU DIReCTOIRB
Tircis accourt d'une marche légère, Car les échos Teaaieat de riaformer Que tout auprès il est une bergère Qui yeut savoir ce que c'est que d'aimer.
Fanny, dit-il, beauté touchante et pure, Toi que le ciel prit plaisir à former, Seras-tu donc, dans toute la nature.
Seule à savoir ce que c'est que d*aimer ?
Yois les oiseaux qui peuplent ce bocage , Dans leurs ardeurs entends-les s'exprimer : Du tendre amour c'est là le doux langage, C'est là, Fanny, ce qu'on appelle aimer.
Sur ces rameaux , vois-tu ces tourterelles Dans leurs ébats au plaisir s'animer; S'unir cent fois en agitant leurs ailes; C'est là, Fanny, ce qu'on appelle aimer ^
En 1791, au milieu des clubs et des émeutes, le futur collègue de Robespierre s'essaya dans le genre jovial par une pièce intitulée :