LIVRE DIX-HUITIÈME
lions qui devaient être distribués à ses coopérateurs» sans compter la somme nécessaire aux frais du mouvement à efifectuer dans Paris.
)) Telle était la substance desdites lettres, datées du 8 mai 1799, revêtues de la signature du roi, contre-signées par M. le comte de Saint-Priest et scellées du sceau de TÉtat. Ce même jour, 8 mai, elles me furent remises. Je pris aussitôt des chevaux de poste, afin de me rendre de suite à Wesel, pour y attendre David Monnier \ »
Les bases de cette négociation furent soumises à M. Wickham, commissaire du gouvernement anglais, et à Paul P% empereur de Russie , qui les approuvèrent , et s'engagèrent à payer les sommes stipulées*.
Le mouvement du 30 prairial an VII, — 18 juin 1799, — ajourna les effets de cette négociation.
Elle fut reprise le mois de septembre suivant. Sieyès, instruit du fond de cette affaire pendant son ambassade à Berlin, venait d'entrer au Directoire. Barras dut lui en confier le côté politique , en lui laissant deviner Fautre. David Monnier avait été arrêté et désavoué, afin de rompre, dans les mains subalternes, les fils de Tintrigue; et ce fut un ancien officier de marine, M. Tropez de Guérin, qui partit chargé de tout renouer , mais avec des pouvoirs os-
• Fauche-Borel, Mémoires ^ t. II, p. 264.
2 Le mémoire adressé à Paul I«% par M. de La Maisonfort, et approuvé, avec corrections , par Tempereur, est du mors de juin. — Voir le texte dans les Mémoires de Fauche-Borel , t. II, p. 2*73;
401 HISTOIRE DU DIRECTOIIE.
tensiUes et des passe-ports (jfêUvrés pnr Fo&dxé, à la date du 28 fraelidor m VU, — 44 septembre 479»'.
Cette fois-ci , tout semblait conspirer an succès de la négociation : les armées françaises étaieirt battues pmlout ; le Directoire , débordé par Topinion publique, se sentait perdu. Sieyès, allié public, rival secret de Barras, concertait avec Joubert, alors à la tête de Tarmée d'Italie, rapplication de sa fameuse Constitution de Fan VIII ; mais Joubert fut tué à la bataille de Novi, le 15 août. Privé de cette épée, Sieyès se rejeta sur Moreau , qui refusa , et enfin sur Barras, qui fit répondre par Chazal : « Tous les maux sont dus à ton grand-prêtre ; il entrave toutes nos délibérations, il conspire. Sa tête, très-sûrement et peut-être les nôtres , rouleront dans tes rues de Paris, qu'il agite et qu'il trompe*. »
Barras étsât donc le maître de la situation et de la France , lorsqu'on apprit à Paris que Bonaparte, que Ton croyait au Caire, venait de débarquer à Fréjus, le 9 octobre.
Barras ne comprit pas la portée de cet événement. Il eut sur les yeux ce voile que la Providence étend devant les esprits les plus clairvoyants, au moment où leur perte est résolue; et le 5 vendémiaire, treize jours avant la chute du Directoire, Barras foîsait dé-
1 Fauche-Borel, Mémoim, t II, p. 34 i. 2/6«l.,p.3a6.
LIYRB MX-HUITIËME. M»
livrer à M. Tropez de Guérin^ par M> Reinhart^ mî-nistre desh relations estériewreB, un paBW-port en qwth lité d'dgent du gouvorMmeat, avec la mmioa d'aller s'aboucher, à FraBcTort, avec Faœfae-Borel^ ^^0Mt de Louis XVIIP.
Tout était donc préi, et Pidiegru venait de partir pour la Suisse, afin d'envahir la Fraodie*Coailé| lorsque le coup de foudre du 48 brumaire rompit bi trame de cette conspiration, et ajourna de quinze ans les destinées de la monarchie.
Seul, Sieyès avait compris la portée de l'arrivée de Bonaparte; et il s'était écrié, dans un transport involontaire , en apprenant cette nouvelle : La patrie est «at/v^e/ Toutefois, en s' exprimant ainsi , Sieyès ne croyait pas si bien dire; car, dans sa pensée, la patrie se réduisait à son projet de constitution.
Dans la complication du premier moment, Bonaparte s'était contenté d'envoyer Barras à sa terre de Grosbois. Il paraît que la première pensée de Bonaparte, maître de la situation, avait été d'y rattacher Tancien directeur. Soit désir du repos, soit défiance du succès. Barras déclina les offres qui lui furent faites. Le 26 brumaire, — 16 novembre, — Botot se présenta chez le premier consul de la part de Barras.
« Que venez- vous faire ici? lui demanda Bonaparte avec colère. M'espionner, sans doute, pour votre Barras; il sait que je n'aime pas le sang; mais dites-lui bien qu'il se rende, sans plus de délais, à
« Fauche-Borel , Mémoires, t. II, p. 329.
Broxelles ; car si j'eusse conna, huit jours plus tôt, les circonstances de l'affaire des lettres patentes, je les lui aurais fait placer sur la poitrine, et je l'aDraîs fait fusiller sur-le-champ, ainsi que vous ^ »
Ici finit la carrière politique de Barras. Successivement retiré à Bruxelles, à Marseille , à Rome, il ne rentra en France qu'avec Louis XVIII; mais il resta, depuis lors, complètement retiré du monde et des affaires, et il est mort, en 1829, àChaillot, près Paris, dans la plus profonde obscurité^.
* Fauche-Borel , Mémoires , t. II, p. 333. 2 Barras est mort rue de Ghaillot , no 79.