LIVRE DIX-NEUVIÈME. i
OÙ un peuple se donne une constitution, tous les autres répondent au même instant à ce signal \ »
Rien de plus vrai et de plus sage que ces paroles de Robespierre. Elles eussent sauvé la révolution, si on les avait écoutées; mais l'autorité de Robespierre n'était pas encore prépondérante; et les girondins avaient imprimé un tel mouvement à l'opinion des clubs, qu'il eût été impossible de l'arrêter. Robespierre lui-même le sentit; car, dans un nouveau discours prononcé aux Jacobins, le i i janvier, il chanta la palinodie, et demanda aussi la guerre, à la condition que l'armée fût, au préalable, commandée par des officiers démocrates.
55 Domptons nos ennemis du dedans, s'écria-t-il ; guerre aux conspirateurs et au despotisme, et ensuite marchons à Léopold, marchons à tous les tyrans de la terre!... C'est à cette condition que moi-même je demande à grands cris la guerre. Je la demande telle que le génie de la liberté la déclarerait, telle que le peuple français la ferait lui-même... Où sont-ils ces héros qui, au 14 juillet, trompant l'espoir des tyrans, déposèrent leurs armes aux pieds de la patrie alarmée? Soldats de Château-Vieux, approchez; venez guider nos efforts victorieux * ! »
Voilà ce qu'était devenue en huit jours, au milieu
* Prudhomme, Révolutions de Paris ^ t. XI, p. 25, 26. *^ Ibid,, p. 79.
de Tagitation des esprits, propagée par les jacobins, la sagesse de Robespierre : de peur d'être dépassé, il allait plus loin que Brissot lui-même; car, dans sa guerre de propagande incendiaire, il voulait marcher avec les soldats de Chàteau-Vieux , c'est-à-dire avec des révoltés, des meurtriers et des galériens.
C'est que Robespierre était dans le secret de la véritable pensée des jacobins , et il connaissait la troisième et suprême raison qui leur faisait désirer la guerre.
Brissot avait clairement laissé percer cette idée à \^ tribune des jacobins en disant : « L'effet de la guerre doit être tel, qu'il assurera le bonheur de la France, en forçant le pouvoir exécutif à se montrer tel qu*il est^. »
On supposait que Louis XVI ne voulait pas sincèrement la constitution, et qu'obligé de déclarer la guCTre à l'Autriche, il trahirait sa politique secrète en s'y i-efusanté C'est ce que Barbaroux expliquait plus tard en ces termes : « Brissot voulait qu'on profitât de l'énergie de la nation , demandant la guerre à grands cris. Certain qu'on forcerait la cour à déployer les moyens sur lesquels elle nous trompait, on rendrait évidentes ses perfidies *. »
Tendre un piège au roi , l'y attirer et le perdre , voilà quelle était la pensée de Brissot, de Yergniaud,
< Prudhomme , Révolutions de Paris, t. X, p. 531. * Barbaroux , Mémoires , p. 32.