LIVRE DIX-NBUYIÈMB. 4ai
on voit, dans son Adresse au peuple français^ la pensée qui dirigea toujours les guerres de la révolution, une pensée de propagande démagogique. Il inaugu«rait cette politique d'insurrection populaire et de guerre aux rois qui fut plus tard si bruyamment pro«clamée par les terroristes, et qui fit de la France un volcan d'anarchie que toute TEurope menacée eut un intérêt puissant à étouffer.
Mais au club des Jacobins, où Ton avait moins à observer son langage et où les plus exaltés étaient les plus applaudis, les partisans de la guerre furent plus explicites encore. Ils annoncèrent hautement, avee Brissol et Louvet, qu'ils se proposaient de municipa'^ liser l'Europe, et que les armées seraient des mission^ naires chargés d'aller établir au loin les principes de la démocratie. Ces idées étaient alors si audacieuses, que Robespierre lui-même, dans son discours prononcé aux Jacobins le 2 janvier i 792, se crut obligé de les combattre.
« Vous vous chargez vous-mêmes, disait-il aux Jacobins, car il était alors cordelier, de la conquête de l'Allemagne; vous promenez notre armée triomphante chez tous les peuples voisins; vous établissez partout des municipalités, des directoires, des assemblées nationales, et vous vous écriez que cette pensée est sublime, comme si le destin des empires se réglait par des figures de rhétorique. Nos généraux, conduits
par VOUS, ne sont plus que les missionnaires de la constitution; notre camp, qu'une école de droit public; les satellites des monarques étrangers, loin de mettre aucun obstacle à F exécution de ce projet, volent au-devant de nous, non pour nous repousser, mais pour nous écouter.
D II est fâcheux que la vérité et le bon sens démentent ces magnifiques prédictions. Il est dans la nature des choses que la marche de la raison soit lentemeot progressive. Le gouvernement le plus vicieux trouve un puissant appui dans les préjugés , dans les habitudes, dans réducation des peuples.
» La plus extravagante idée qui puisse naitre dans la tête d'un politique, est de croire qu'il suffise à un peuple d'entrer à main armée chez un peuple étrange pour lui faire adopter ses lois et sa constitution. Personne n'aime les missionnaires armés; et le premiar conseil que donnent la nature et la prudence, c'est de les repousser comme des ennemis.
» Les récits des personnes éclairées qui connaissent les nations étrangères démentent tout ce qu'on nous raconte de l'ardeur avec laquelle elles soupirent après notre constitution et nos armées. Avant que les effets de notre révolution se fassent sentir chez les nations étrangères, il faut qu'elle soit consolidée. Vouloir leur donner la liberté avant de l'avoir nous-mêmes conquise, c'est assurer à la fois notre servitude et celle du monde entier. C'est se former des choses une idée exagérée et absurde de penser que, dès le moment