LIVRE DIX-NEUVIÈME
. Cette faiblesse de caractère j cette obséquieuse collaboration avec le crime , cet abandon de lui-même, de sa dignité et de sa moralité naturelles, que Carnot avait apportés dans les affaires de Tarmée , il les apporta bien plus encore dans les affaires politiques. N'étant soutenu ni par la religion , car c'était un philosophe à la mode de ce temps , ni par des principes arrêtés en matière de gouvernement, car on verra qu'il n'en avait aucun , il flottait et penchait au gré des faiblesses humaines , écoutant et subissant toutes les capitulations honteuses de Tégoïsme et de la peur. Deux circonstances notables de la révolution mirent dans tout son jour le caractère de Carnot, le maintien de la commission populaire d'Ârras, et rétablissement de la commission populaire d'Orange.
On sait généralement ce qu'était la commission populaire d'Arras, dirigée par Joseph Lebon.
Yoici ce qu'étaient les juges : a J'ai vu des membres de ce tribunal ; ils ont plutôt Tair de bourreaux que de juges. Ils se promènent dans les rues, avec une chemise décolletée et un sabre toujours traînant à terre ; enfin , ils montent au tribunal en annonçant que l'affaire de tel ou tel va être expédiée et que bientôt on les verra passer pour aller à l'échafaud ' . » ^ Lettre de Choudieu, représentant du peuple, au Comité de sa-
Voici ce qu'étaient les jurés : « Le jury est composé de soixante bougres à poil. La guillotine ne désempare pas : les dacs^ les marquis, les comtes et barons, mâles et femdles, tombent comme grêle. Lebon n^est occupé qu'à rédiger des actes d'accusaticm, et nous à interroger et faire des visites domiciliaires. Nous ne dormons plus *. »
Un grand nombre de conmiissions pareilles avaient été établies dans les départements, non-seulement par le gouvernement lui-uiême , mais par les représentants en mission. Un décret de la Convention du ^ germinal an II, — 16 avril 1794, — les supprima toutes ; mais un arrêté du Comité de salut public , du 29 avril, maintint celle d'Arras, au mépris du décret de la Convention , et cet arrêté porte la signature de Carnot *.
Ce n*est pas tout. Une lettre horrible avait été écrite à Lebon, le 16 novembre 1793, non point par le Comité de salut public tout entier, mais par Barrère , par Carnot et par Billaud-Varenne , pour exciter ce monstre, qui était trop doux à leur gré.
(( Continuez votre attitude révolutionnaire, disait cette lettre: Tamnistie, prononcée lors de la constitution captieuse et invoquée par tous les scélérats, est un crime qui ne peut en couvrir d'autres; les for-
lut public, dans les Secrets de Joseph Lebon, parGuffroy. Pièces justificatives, n« 33.
* LeUre de Darlhé, Fièces irùmétsthtz hokitpiem, n^ 83.
2 En lire le texte dans les Secrets de Joseph Lebon, par Gufiroy. Pièces justificatives y p. 65.