LIVRE DIX-NEUVIÈME
Il souffrit, ou plutôt il ordonna que Bouchotte, ministre de la guerre, démoralisât P armée par renvoi des journaux d'Hébert et de Marat *.
Il souffrit qu'une foule de généraux qui avaient remporté des victoires fussent sacrifiés aux clubs ; et, pour ne parler que de ceux qui avaient commandé en chef les armées de la République , — il laissa guillotiner le vieux maréchal Luckner, il lafôsa guillotiner Castine, Biron, Dillon, Brunet, Beauhamais, Bouchard; et il laissa emprisonner Hoche , auquel le 9 thermidor sauva la vie*.
Que faisait Carnot pendant que tant d'horribles excès livraient au juste mépris de l'avenir le gouvernement dont il faisait partie , pendant que la France pleurait, saignait et attendait? — Il courbait la tête, il se taisait, il rédigeait des rapports, il signait des lettres, il détournait les yeux pour ne pas voir le crime devant lui et aut<mr de lui ; il faisait des vers bucoliques, et il écrivait, entre deux dépêches du genre de celles qu'on a lues , la romance que voici adressée à sa chaumière :
* D'après les ordres de Carnot , le ministre de la guerre envoyait un journal par cent soldats. — Il y eut ainsi 4 ,488,000 numéros du Père Duchesne envoyés aux armées, aux frais du gouvernement. — Voyez dans V Histoire parlementaire de Bûchez et Roux, t. XXXI, p. 235 et 236, une communication de Bouchotte.
2 Carnot était d'autant plus certain de l'innocence de Hoche, que c'est lui qui rinlerrogea. Il le fit écrouer au Luxembourg , afin qu'il y fût oublié, — Barrère, Mémoires, t. li, p. 171.
BETOUK A MA CHAUMIÈRE.
Vieille chaumière , à ton aspect , Mes yeux se remplissent de larmes.
Non, tu ne mWres rien d*abject ; Je te retrouve tous les charmes.
Vers tes foyers je vois encor L*amitié , les vertus antiques; L'innocence de Tâge d*or, Habiter sous ces toits rustiques.
Fuyez, tumultueux désirs!
Calme mes sens, tendre verdure !
Je ne veux plus d'autres plaisirs Que ceux de ta simple naltire.
Entourez-moi, jeunes hergers:
Venez, venez, jeums her gères; Suivons , dans de riants vergers , Les mœurs agrestes de nos pères. ,
La paix reviendra dans mon cœur Avec vos chansons pastorales; Je retrouverai Je bonheur Autour de vos tables frugales.
G simplicité , plaisir pur, Douce image de l'innocence !
Vous me rendez, à Tâge mûr, Les jours fortunés de l'enfance!
U^ Mémoires de Carnot n'ont pas dédaigné de nous apprendre que M. Romagnési avait composé depuis, sur ces paroles , une musique délicieuse.