LIVRE DIX-NEUVIÈME. m
but du gouvernement serait manqué. Meilleret et Fon* rosa sont esclaves des formes; les trois autres neveulent de formes que la conviction de leur conscience^ . »
Nous avons dit que la signature de Carnot se trouvait au bas du décret qui avait institué cette commission d'assassins. Interrogé au sein de la Convention, le 3 germinal an III , — 23 mars \ 795, — sur la part tju'il avait prise à ce décret, savez-vous ce que répondit Carnot? Le voici en toutes lettres : « Je
n'ai jamais eu connaissance de ce décret , et j'ai ignoré très-longtemps l'existence de cette commission^. »
Ainsi, Carnot avait signé, sans le lire, l'arrêt de mort de six à huit mille personnes; et il était d'un gouvernement sous lequel six à huit mille victimes pouvaient être égorgées, sans que ses membres en fussent informés !
Mais ce n'est pas tout encore.
Au nombre des villes soumises à la dictature de Maignet , se trouvait la petite ville de Bédouin , de mille à douze cents habitants , dans le département de Vaucluse. Au commencement du mois d'avril 1 794, l'arbre de la liberté, planté sur la place de Bédouin, fat arraché. Les autorités et les notables habitants,
* Lettre d'Agricol Moureau à Payan, Papiers de Robespierre pièce n*> 1 4 i.
2 Moniteur du 27 mars 1795.
iift HISTOIRB DU DIIE€TOIRE.
arrétéfi iaMuédiaiement, ayant refwé do BOflini^ les coupables, Maignet résolut d'extermii^r la plus gr»de partie de la population et de brûler la ville*
Cependauty n'osant exécuter, à lui seul, une aussi épouvantable idée, il associa le Comité de salut public au crime peut-être le plus grand de la révoluticm, crime froid, atroce, horrible, comme on n'en trouve que dans T histoire de Caligula, de Commode, de Gailien, et de ces empereurs persans qui bâtissaient des tours de chair humaine, avec des hommes maçoDDés vivants dans les murs.
Maignet envoya deux lettres au Comité de salut public.
Dans Tune, adressée à la Convention, il disait : Les habitants de Bédouin sont exterminés, et la ville est brûlée.
Dans r autre , adressée au Comité de salut public, il disait : Les habitants de Bédouin vivent encore, et la ville existe.
Il ajoutait : Si vous voulez que je les extermine, et que la ville disparaisse, lisez à la Convention la lettre que je lui ai adressée. Si vous trouvez la mesure trop rigoureuse, anéantissez ma lettre à la Convention, et prévenez-moi.
Le Comité de salut public délibéra sur ces épouvantables dépêches, et Carnot en était. Il fut résolu que la lettre adressée à la Convention serait lue à la tribune ; et comme cette lettre annonçait le résultat d'une mesure alors consommée, la Convention, trom-