LIVRE DIX-HEUVIÈME
» celui qui lui aurait frayé le chemin du trône?... )) — Jamais vos raisonnements, dit Garnot, quelque )) captieux qu'ils soient, ne me convaincront de cette » indulgence : J'aurais dans ma poche ma grâce bien » cimentée de la parole royale^ que je n'y aurais pas de » confiance : le lendemain de son élévation au trône ^ le » roi serait peut-être obligé de la révoquer * . »
Carnot fut emporté par le coup d'État du 18 fructidor, qu'il ne prévoyait pas quelques heures avant son accomplissement , et il tint à peu qu'il ne fût assassiné par ordre de ses collègues , desquels il avait déclaré la veille qu'il ne se séparerait jamais.
Nous avons dit comment il fut rappelé de l'exil par le premier consul, et nommé au ministère de la guerre après le 18 brumaire. Chose singulière! cet homme, qui avait servi Robespierre, eut des scrupules à l'endroit de Napoléon. Il quitta successivement le ministère et le tribunat, après s'être déclaré contre l'établissement de l'Empire, ei il vécut dans la retraite jusqu'en 1814. Il avait pourtant accepté de l'Empereur une pension de 10,000 fr., le 23 août 1809^
Après les revers de 1813, Carnot offrit ses services à l'Empereur, le 24 janvier 1814, et il fut nommé
* De Larue , Histoire du ^9 fructidor, p. 280. 2 Mémoires hist&riqws et militaires sur Carnot, rédigés d'après ses manoscrits, p. 430.
m HISTOIRE DU DIRECTOIRE.
gouverneur d'Anvers. Cette démarche envers le malheur serait touchante, si elle n'avait pas été suivie, à moins de trois mois d'intervalle , de l'ordre du jour suivant, adressé à la garnison d'Anvers, le 17 avril, et proclamant les droits de Louis XVIII.
- Soldats !
H Nous sommes restés fidèles à Tempereur Napoléon, •» jusqu'à ce qu il nous ait lui-même abandonnés. Il vient •» enfin de renoncer à un pouvoir dont il avait si longtemps n abusé. Il vient d abdiquer un empire dont il ne pouvait H plus tenir les rênes; nous sommes, à son égard, déliés - du serment de fidélité.
»• Quant au nouveau souverain , qui doit être bientôt H j)Tocla7né , on ne peut raisonnablement douter que ce ne n soil Louis XV m. L'ancienne dynastie va reprendre ses
» droits ; LES DESCENDANTS DE HeNRI IV VONT REMONTER SUR H LE TRONE DE LEURS PERES.
» Dans ces circonstances importantes, la garnison ne n doit point perdre de vue qu'elle n'a aucun vœu à émettre. »» La force armée ne délibère pas , elle obéit aux lois , elle » les fait exécuter. Elle serait coupable , si elle se pronon- »» çait spontanément ou individuellement , parce que c'est ♦» l'unité qui fait toute sa force , et qu'elle ne doit jamais ♦» s'exposer à une divergence d'opinions.
»» Le moment approche sans doute où nous devrons p'è- " ter un nouveau serment à celui qu'aura désigné pour son »» roi r assentiment général de la nation ; mais nous devons »» prévenir tout désordre , éviter toute secousse , obéir una- « nimement. V instant précis sera donc fixé par nous ; il n sera consacré par une solennité : jusqu'alors nous ne nous »» permettrons aucun changement , aucun acte partiel , nous »» serons fermes à notre poste, nous garderons religieuse -