LIVRE DIX-NEUVIÈME
Ce n'est pas que Carnot eût des objections fondamentales contre la monarchie, plus que contre tout autre gouvernement; mais il partageait alors la frayeur qu'inspirait aux terroristes et aux régicides le retour des frères de Louis XVI et de la noblesse émigrée; et il ne croyait pas au pardon de princes et de familles qu'il avait si effroyablement frappés.
Cest la réponse finale qu'après quelques tergiversations, il eut la naïveté de faire à Tun des conjurés du 1 8 fructidor.
a Un de nous, dit le chevalier de Larue , qui avait eu des relations particulières et assez intimes avec Carnot, se chargea d'une nouvelle tentative. Après lui avoir démontré que toutes les circonstances de la conspiration nous étaient connues, il lui prouva que le sort de lÉtat était entre ses mains; que jamais homme n'avait été appelé à jouer un rôle politique plus important , et le pressa vivement de saisir une aussi belle occasion de rendre à sa patrie le plus grand service qu'elle pût recevoir.
« — Votre tableau, répondit Carnot, est très-sédui- » sant, mais je vois derrière la toile des royalistes; ja- )) mais je ne me rallierai à leur bannière.
» — Comment nous jugez-vous? répliqua le député. » Celui qui penserait, dans ce moment, à rétablir la » royauté, mériterait les Petites-Maisons. Notre unique » but est de vous donner des collègues aussi dignes
» de gouverner la France que capables et jaloux d'as- » surer son bonheur. Sans doute, il est des dépotés » qui pensent que le pouvoir exécutif serait infiniment )) mieux placé dans les mains d'un seul gouvernant, » que réparti entre cinq qui se (i^hireront sans cesse : » n'en offrez-vous pas déjà la preuve, puisque les hai- » nés, les jalousies vous animent les uns contre les » autres?,..
» — Nous y voilà, répond Carnot, la Républiqi^e )) doit se résoudre en monarchie, et la monarchie ra- » mènera les Bourbons ; c'est ce que j'empêcherai de » tous mes moyens.
» — Votre imagination, citoyen directeur, fait )> marcher les événements avec une grande rapidité. » Je crois que nous sommes fort loin de la monar- » chie, et plus loin encore du rappel des Bourbons; » mais enfin, je suppose que l'un et l'autre arrivas- » sent, et que la France, entraînée par le cours des » événements , vît ses vicissitudes politiques se ter- » miner comme celles de l'Angleterre; qu'en con- » dure?
» Que votre plus puissant intérêt vous co&seîHe » ce que vous commandent la gloire et Tamour de » la patrie. Je connais la cause de votre éloignement » pour les Bourbons : mais quel moy^i plus sûr d'ef- » facer vos torts politiques? Quelle plus noble justi- » fication? Qui doutera que vos erreurs n'apparthi- » rent qu'aux circonstances , et non à votre coear? >^ Quel prince pourrait se rappeler les écwris de