PIÈCES JUSTIFICATIVES
Mon cher Monsieur,
Pour répondre aux diverses questions que vous m'adressez, relativement au fait de l'existence de tanneries de peaux humaines , que vous avancez dans votre Histoire de la Révolution , j'ai dû m'en référer à mon père, fort jeune à cette époque. Voici les renseignements que sa mémoire a pu Jui fournir; je vous les transmets tels qu'il me les a donnés.
Mon grand-père était , au moment de la révolution , à la tête d'une des tanneries les plus importantes de Paris ; il avait même été l'un des syndics de sa corporation. Mon père avait alors quinze ou seize ans , et s'est trouvé , par 0mte des relations de son père, en rapport avec un tanneurmégissier , qui préparait des peaux humaines pour en faire un des accessoires de son commerce. Cet homme se nommait Simonnot ou Simonneau ; sa fabrique était à Étampes, et il avait un dépôt ou une maison de détail à Paris.
C'est dans cette maison que mon père a eu l'occasion de voir des peaux humaines; il ne se rappelle pas précisément la date de ce fait , et il n'a jamais su d'une manière positive d'où elles pouvaient provenir; mais ce qu'il y a de certain , c'est que , parmi les tanneurs du temps , ce commerce , bien que n'étant pas exercé ostensiblement, n'était un mystère pour personne.
Ces peaux, préparées par des procédés connus encore aujourd'hui , servaient en général à fabriquer des culottes pour les officiers de l'armée. Il paraît même que les peaux de femme étaient plus recherchées que les peaux d'homme, ce qui peut s'expliquer facilement , quand on sait que, chez les animaux, la peau de femelle est toujours préférable