LIVRE V
PHILOSOPHIE POLITIQUE DU XYIlT SIÈCLE.
Fausses idées des philosophes du dSx-huitième siède sar la nature de la aouverainelé et sur la nature du pouvoir. — Stérilité démontrée de «s idées. — Elles sont la négation de tout gouvernement. — * Elles ne peuvent produire que des révolutions.
Il y avait deux écoeils, sur leaqaels 6'était brisé le rationaliBme politique da dix-hnitièiiie siède, et dont il eût été exorbitant de penser que la commission des Onze se serait préserTée : c'était la notion de la sonTcrainelé et la notion du pouvoir.
Sans définir ni Tune ni l'autre la souveraineté, les ' Constitutions de 1791 et de 1793 l'avaient placée, celle de 1791 dan% la nation^, celle de 1793 dans le peuple *, Du reste, quelle était l'essence même de cette souveraineté, et en quoi consistait-elle ? Aucune des deux Constitutions ne le dit. Robespierre lui-même élude cette définition , dans la déclaration des droits qu'il avait proposée pour la Constitution des Girondins^, et se borne à dire que le peuple est le souverain*.
* Art. 3 de la Déclaration des Droits.
2 Art. 25 de la Déclaration des Droits.
3 Moniteur du 5 mai 4793,
* Art. 18.
fcïVRE CINQUIÉMS, * 79
Cependant, quoiqu'ils n'eufleent pas expliqué sa nature , les philosophas de la Constituante et de la Convention avaient compris la souveraineté comme étant le pouvoir de ftiire la loi ; et ils avaient les nns et les autres défini la loi an disant» qu'elle était Veœpresmn de h vohnté ffénérah \ Rousseau » leur mettre à tous, et souvent leur maître incompris^ avait défini la souveraineté : Veœêreiee de la volonté génârah '/ et la loi : mn aete de l^ volmié générale, staiwmt sur un objet d'iniérH commun *.
Cette maniée de oomprendre la souveraineté eut deui: effets immenses sur les esprits en général i et sur la révolution en particulier.
Aucune grande nation de l'antiquité ou des temps modernes n'avait conçu la souveraineté comme émanant de la volonté des individus. Les républiques fondées par les anciens peuples de la Grèce ou de l'Italie, avaient pour fondement Tesclavage ; et cet esclavage était d'autant plus nécessaire, que les États étaient plus démocratiques ; car pour que les citoyens pussent vaquer perpétuellement, dans les assemblées publiques, aux affaires générales, il flallait bien que des esclaves travaillassent leurs terres, exerçassent
1 Conslilution de 4791, art. 6 de la déclaration des Droits; Conslitmion de 4793, art, 4 de la Déclaration des Droits. 8 Rousseau, Contrat social y liv. II, cl), i. 3 Ibid.y cb. Yi.
•un métier ou se livrassent à un trafic pour eux. ^ Les États fondés dans TAmérique du Nord, par les émigrations religieuses de l'Angleterre , tout en plaçant l'exercice de la souveraineté dans les mains du peuple 9 ne la faisaient pas pour cela venir de sa volonté, mais de Dieu, et des principes éternels de la vérité, de la morale et de la justice.
Les philosophes, les écrivains, les orateurs de la Constituante et de la Convention jetèrent donc dans les esprits cette idée fausse et insensée, que tous les gouvernements, que toutes les lois étaient illégitimes , que tous les pouvoirs étaient usurpés, depuis le commencement du monde, par Tunique raison que ces gouvernements, que ces pouvoirs, que ces lois n'avaient pas été Vecopression libre et solennelle de la volonté générale.
C'était une étrange distraction de ne pas considérer que la vérité et la justice existent par ellesmêmes, et que, pourvu qu'elles se trouvent dans les institutions et dans les lois, peu importe la voie par où elles y sont entrées; que cette voie soit un capitulaire de Charlemagne, un arrêt de parlement, ou un décret d'assemblée délibérante. C'était encore une singulière folie d'oublier , comme le dit Rousseau , « que ce qui est bien et conforme à Tordre, est tel par
^ C'est pour cela que, lorsque la Convention couvrit la France de cinquante mille comités populaires, elle fut obligée de donnera leurs membres de quoi vivre sans travailler. Ils eurent cinq francs par jour. — Voir les détails donnés par Barrère, Mémoires, t. II, p. 324, 325, où il déclare avoir tenu les états de payement.