LIVRE NEUVIÈME
tenu ses membres, ne voulût maintenir son gouverne* ment, et n ajournât la Constitution de Tan III, comme Saint-Just et Robespierre avaient ajourné la Constitution de 93. En conséquence, la section Lepelleticr convoquait, de sa propre autorité, les électeurs des quarante -huit sections de Paris pour le lendemain 3 octobre. Elle ordonnait que ces électeurs fussent accompagnés par une force armée capable d'assurer leur marche ; et elle faisait précéder sa délibération de considérants dans lesquels la Convention et ses comités étaient qualifiés de brigands, de traîtres et d'égorgeurs \
Le parti des thermidoriens ^ réuni de nouveau aux montagnards, pensait, en effet, comme on le verra, à ajourner rétablissement de la Constitution, et à continuer le gouvernement révolutionnaire ; mais tous les hommes modérés de la Convention, toutes les natures honnêtes et timides, qu'effrayait le souvenir de la Terreur, et les Soixante-Treize, qu'avaient chassés et dispersés les événements d'octobre 1793, aspiraient au retour de la sécurité et de Tordre, et croyaient en trouver un gage dans la fondation des nouveaux pouvoirs. Leurs instances et les difficultés graves du moment présent dictèrent à la Convention , le 20 octobre, un décret qui, répondant au cri d'alarme des sections, hâtait de dix jours la convocation du corps législatif, et la fixait au %*1 octobre. Cette résolution
^ Voir, pour le texte de l'arrêlé , Real , Essai sur les Journées des 4Z et iivendéim'airej p. 21 et suiv.
ôtait à Farrété de la section Lepdleiier son principal argument; et le lendemain , la Convention com[déta sa mesure en ordonnant aux sections qui avaient terminé leurs élections de se dissoudre.
Les lois et les décrets se publiaient, pendant la révolution, avec un appareil assez étrange. Des hommes à cheval, avec des écharpes et des plumets, allaient par les ruas, précédés de trompettes, et faisai^it lectaure des documents dans les carrefours. Le décret de la Convention du 3 octdMre, envoyé au département, ne fut signifié à la réunion du Théâtre-Français que le soir, à la lueur de torches de résine. Ce Théâtre- Français de Tan lY était le théâtre actuel de TOdéon, oo les électeurs étaient réunis sous la présidence du vieux duc de Nivemois, ce représentant des p^ts soupers et des petits v&& du XYIII* siècle.
Les hérauts et leur cortège gravirent donc les de* grés du théâtre, et leur fanfare donna Téveil à la réunion des électeurs. Ceux-ci sortirent en foule de la salle, éteignirent à plusieurs reprises les torches, précipitèrent les hérauts du haut de la ccdonnade, et les foroèrent à se disposer au milieu des sifflets et des huées ^
On entrait ainsi en pleine guerre civile; le feu de la sédition était dans Tair, et tout le monde sentait qu'on touchait à la bataille. Et comme si la Convention avait été condamnée à mêler perpétuellement le terrible et le ridicule, pendant que ces scènes exté-
Réal, Essaisur lesJournéeida^Z etUveiMÊMom^f. 31.