LIVRE DIXIÈME
d'asile, les femmes d'émigrés, même divorcées, loars m^es, belles-mères, filles et belles-filles ^
Une disposition frange fut jointe à ce décret, imaginée par Lakanal ^, un de ces prêtres apostats comme Maignet, Beaudot, Isabeaa, Monestier et tant d'antres, qui donnèrent pins qae personne l'exemple de la violence et du cynisme. Tons cenx qui ne vou* draient pas vivre sous les lois de la BépuUiqae, et s'y coi^ormer, étaient autorisés à sortir de France» à la condition de n'y jamais r^itrer, sona peine (fe mort. On leur permettait de réaliser leur fortune ou de toocher leurs revenus à l'étrai^r, pourvu toutefois que ce ne fût ni en numéraire^ ni en métaux, ni en marchandises , et sauf une indemnité au profit de la République. Un tel décret laissait bien loin la révocati(m de l'édit de Nantes, et venait pourtant des hommes et du parti qui , d^MÛs près d'un siècle, n'avaient cessé d'accabler du souvenir de c^ édit la mémoire de Louis XIV-
Le r^ablissement du maximum, avec des combinaisons nouvelles qui fissent disparaître ses anciens abus, semblait à la partie violente de la Convention de nature à lui gagner l'attachement de la populace des faubourgs. La disette était à son comble, et Ton
< M&tUtmr du 3 Borvembre 1795, séance ée la CoBveotion du 25 octobre.
> Moniteur du 42 oclobre 4795, séance de la Gonvention.di 7.
s'atteodait à voir le pain s'élever à cent écus la livre ' . Mais quelles combinaisons auraient pu remplacer la loi essentielle et fondamentale du commerce, c'est-àdire la libre fixation des prix entre Tacheteur et le vendeur ? Quelle mesure au monde aurait pu empêcher le vendeur de discuter la valeur du papier-monnaie, à Taide duquel on prétendait payer ses marchandises, lorsqu'il voyait la valeur du louis d'or en assignats varier, d'une bourse à une autre , de 3,600 francs à 3,500 francs *? Quelle puissance aurait pu obliger le marchand à vendre à perte, lorsque la terreur et la guillotine avaient échoué dans cette entreprise ^? L'expérience avait été trop concluante, pour qu'on pût la recommencer de nouveau. Après deux jours de discussion, le rétablissement du maanmum fut rejeté le 25 octobre, sous le coup de cette parole de Giraud, de la Charente-Inférieure : Sans le maximum j on paye tout fort cher, mais avec le macoimum , on meurt de faim !
Restait la mesure capitale, celle par laquelle la Convention espérait, sinon effacer le souvenir des violences de son règne , au moins attacher à sa fortune tous ceux qui en avaient partagé avec elle la
* Moniteur du I novembre 4795, s<^ance de la Convention du 25 octobre, discours de Hardy.
2 Moniteur du 5 et du 6 novembre 4795, bourse du 4 et do 5.
^ Moniteur du 5 novembre 4795, séance de la Convention du 26 octobre.
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complicité. De nombreux accusés, de nombreux con** damnés, encombraient les prisons, poursuivis depuis le 9 thermidor, pour des excès et des crimes odieux, commis pendant la longue et sanglante orgie des démagogues. Une large et complète amnistie annula les procédures commencées et les arrêts rendus contre ces clubistes, ces terroristes et ces assassins; mais elle excepta deux catégories de coupables, pour lesquels la (invention ne pouvait pas avoir d'entrailles, les prêtres et les émigrés !
Une légion de révolutionnaires féroces et immondes, formée des anciens collaborateurs de Robespierre, de (buthon, de Saint-Just, de Joseph Lebon et de Carrier, envahit alors la France; hommes incorrigibles, natures pliées au vice et au crime, habituées, depuis letx)mmencement de la révolution, à vivre de conspirations et de coups de main, et qui vont former dans quelques mois la phalange de Babeuf \
YIII.
Ainsi, la Convention, sans pitié pour les malheurs qu'elle avait faits, pour les ruines qu'elle avait entassées, prétendait qu'on oubliât ses fureurs, ses crimes et les crimes des siens. Son dernier décret, du 26 octobre— 4 brumaire an IV — , donna le nom de place de la Concorde à cette place de Louis XV, que ne put
*■ L'amnistie du 4 brumaire rendit la liberté à Babeuf, ainsi qu*à tous les terroristes qui s'étaient concertés avec lui dans les prisons. — Voyez Babeuf et le Socialisme en 1796, par Ed. Fleury , pages 49 à 63.
point protéger le chef-d'œuvre de Pigale, et dont die avait fait un abattoir de chair humaine ^ pendant qu'elle s'appelait place de la Révolution.
Et c'était une singulière idée , que de donner un tel nom à une telle place. Un an auparavant , le ai janvier <794, la Convention célébrait le premier anniversaire de la mort de Louis XYI, dont elle venait de faire une fête *. Elle se rendit, précédée du club des jacobins, par la grande allée des Tuileries , au pied de la statue de la liberté, qui avait remplacé la statue de Louis XV, à l'endroit où s'élève l'obélisque de Louqsor. La guillotine n'avait pas travaillé la veille, et la place avait été lavée et épongée. Un char portant une déesse et trainé par douze bœufs tenait la tête du cortège, lorsque les bœufs, saisis par l'odeur de sang et de charnier qui s'élevait des pavés , s'arrêtèrent tout à coup et refusèrent de passer outre ^. Ce qui arrêtait les animaux n'arrêta
* Le décret fut rendu à la demande des jacobins. Voici le début de la harangue :
« Reprééettlânts d*an peuple libre , c'est aujourd'hui l'anniversaire de la mort légale du tyran. Un $i beau jour, qui retrace aux âmes républicaines un acte ordonné par la raison et par la nature^ comme le premier pas du bonheur pour Thumanité tout entière , doit être célébré par tout homme qui sait apprécier $a dignité, » — Moniteur du 22 janvier 4 794.
2 Voir les détails de cet événement et les réflexions qu'il inspira à la foule, dans V. Artiault, Souvenirs (f un sexagénaire, t. ÏI. p. 90.
Il paraît d'ailleurs que les jacobins avaient organisé la fête, sans prévenir la Convention du détail relatif aux quatre guillotinés. C'est du moins ce qui semble résulter des plaintes qu'éleva le lendemain Bourdon (de l'Oise), et des mesures qui furent ordonnées pour rechercher et punir les auteurs du fait.