LIVRE ONZIÈME. H
se prendre parmi les conventionnels qui n'avaient pas été réélus.
Le reste de la journée du 26 octobre , toute la journée du 27, jusqu'à neuf heures du soir, et trois scrutins, furent employés à cette opération. Elle ne put porter, comme on le pense, que sur des hommes ou trop peu connus par leurs actes , ou trop connus par leurs violences, pour avoir été réélus. On ne remarque, en effet, que trois noms illuminés de quelque éclat révolutionnaire , dans ce résidu incolore de la Convention : Bourdon (de TOise), Isabeau et Cavaignac \
Ainsi, le 27 octobre, à neuf heures du soir, toutes les opérations réservées à la Convention se trouvant terminées, les cinq cents membres prorogés et les deux cent cinquante nouveaux élus se réunirent sous la présidence de Rudel , doyen d'âge. Alors commença le travail qui avait pour objet de classer les membres dans les deux Conseils.
L'archiviste appela successivement, d'abord les cinq cents noms des conventionnels conservés , ensuite les deux cent cinquante noms des nouveaux élus. Chaque député appelé déclarait, premièrement, son âge; deuxièmement, s'il était marié ou veuf : et
^ a La majorité du corps électoral , dit Thibaudeau , nomma ce qu'il y avait de meilleur, ou de moins mauvais, parmi les éligibles, entre lesquels la réélection faite par les assemblées électorales avait laissé peu de choix. » — Thibaudeau, Mémoires, t. ÎI, p. 4.
enfin il déposait dam une urne un bulletin oontanant cette double déclaration.
Cette opération terminée, les secrétaires classèrent à part les bulletins des députés âgés de plus de qua** rante ans et qui étaient mariés ou veufs. On en tira au sort cent soixante-sept parmi les anciens conven* tionnels, quatre-vingt-trms parmi les nouveaux élus, et ces membres formèrent le Conseil des Anciens, Les membres restants formèrent le Conseil des Cinq** Cents.
Il était quatre heures du matin , le S8 octobre , lorsque les deux Conseils se trouvèrent ainsi organi* ses. Ils se réunirent encore à deux heures, dans la journée, pour faire un appel général de tous les membres; et, Tappel terminé, les deux Conseils se séparèrent. Le Conseil des Cinq4!lents alla siéger tlans la salle du Man^, qui était l'ancienne salle de YAs^ semblée constituante; et le Ccmseit des Anciens resta aux Tuileries, dans la salle de la Convention, qui avait été, avant la révolution, et qui est redevenue depuis une salle de spectacle.
Le Conseil des Cinq-Cents, portant Técharpe tricolore en ceinture, se donna pour président Tancien oratorien Daunou; et le Conseil des Anciens, portant réchape tricolore en sautoir, choisit pour président La Révellière-Lépeaux. Les deux conseils se complétèrent par la nomination de messagers d'État, dont ils nommèrent quatre chacun; après quoi, ils se donnèrent mutuellement avis de leur constitution.
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La Convention avait fait sans brait , avant de se retirer, un acte considérable, et qui, résolu et appliqué six ans plus tôt, aurait exercé une influence immense sur la révolution. C'était un règlement sur la tenue des séances des Conseils, sauvegardant d'une manière sérieuse Tindépendance législative, et maintenant les refM-ésentants du pays à l'abri du despotisme insolent des tribunes et des pétitionnaires.
C'était l'Assemblée constituante , lorsqu'elle appelait l'appui des passions extérieures à son secours, pour s'imposer violemment à l'autorité royale , qui avait fondé le despotisme des tribunes. Il était déjà si puissant au mois d'août <789, qu'il suffit pour faire voter la Déclaration des droits de V homme y qui avait été rejetée par les bureaux *. Depuis lors, il devint si impérieux et si irrésistible, que les tribunes durent être sérieusement considérées comme un élément législatif, et que les partis se les disputèrent, comme on se dispute une majorité. Pendant l'Assemblée législative, les amis de Louis XVI avaient pensé que le concours des tribunes était indispensable ; et Bertrand de MoUeville avait organisé, pour applaudir ou pour huer les orateurs, un service complet, dont il donne le mécanisme dans ses Mémoires, et qui ne laissa pas de coûter des sommes assez considérables
1 Voir les détails donnés à ce sujet par M. de Bouille, Méimires, 1. 1, p. 207.
au roi \ Du reste, ce service était si bien entenda , qu'il dérouta complètement l'Assemblée et les jacobins eux-mêmes.
C'était en effet de la façon la plus directe , la plus violente y la plus scandaleuse, que les tribunes intervenaient dans les débats, malgré le décret que l'Assemblée constituante, opprimée par ses anciens auxiliaires, avait été forcée de voter le 21 juin 1792. Et lorsque ce décret, toujours impuissant, fut invoqué par le député Ducastel, le 24 janvier 1792, les tribunes s'opposèrent insolemment à sa mise en vigueur *• Même à l'époque où cette tyrannie était la plus odieuse, les députés, toujours fort épris des succès populaires , ne la condamnaient pas d'une manière absolue; et Yaublanc ne dissimula pas, dans cette lutte soutenue par l'Assemblée le 24 janvier, qu'il serait possible de tolérer cette intervention des tribunes, si elles voulaient se borner à témoigner leurs impressions avec un peu de réserve et de décence.
La tolérance envers les tribunes en amena naturellement une autre, dont les effets furent, s'il se peut, plus graves encore : c'est la tolérance envers les députations. L'enceinte législative était close, comme aux anciens tribunaux, par une barre, et c'était à cette barre qu'on entendait les députations. Députait à peu près qui voulait. Sous la Constituante, l'abus
< Bertrand de MoUeville, t. II, p. 278.
^ Voir, sur l'intervention des tribunes, dans les débats législatifs, le Moniteur, aux séances du 24 janvier, du 2 avril , du 2Ï juillet et du 5 août 4792.