‹ Histoire du directoireChapitre 91 sur 241 · Quintidi .... Brebis · texte numérisé non relu

Quintidi .... Brebis

Si Chénier était le poëte de la révolution, David en était le peintre ; et son pinceau en suivit successivement toutes les périodes et en retraça tous les héros. Il commença par Louis XVI , poursuivit par le Serment du Jeu de Paume, et finit par Le Pelletier et par Marat.

Peu d'hommes subirent, au même degré que David, la fièvre démagogique, et firent aux excès et

1 Fabre d'Ëglantine fit son rapport à la GoQve&ticm sur le calendrier, le 24 octobre 4793^ et lut guillolioé le 5 avril 4794.

LITRE I>OUUÈMB. tH

aux hontes réTolutioiïiiaires un plus complet sacri^ fice de leur dignité. Les autres hommes ne laissèrent dans la tourmente que teurs opinions ; David y laissa ses études , son talent et sa ^oire.

Il avait été membre de TAcadémie de peinture , logé au Louvre et pensionné par Louis XYI. II fit abolir toutes les Académies , et vota^ sons sursis, la mort de ce roi, qui lui avait fait eitécuter ses plus beaux tableaux , te Serment des Horaces, le Brutus apris la mort de ses enfants, et la Mort de Sacrale. Quand il fut membre du comité de sûreté générale, il y dépassa tous ses collègues jmr sa férocité. lî n'avait qu'une phrase^ avec laquelle il répondait à tout : Broyons ^ broyons du rouge ' /

Sa frénésie ne trouva pas que ce fût assez, et cet indigne artiste applaudit , comme Teèt pu faire un sauvage, à la destruction des statues qui ornaient le portail de Notre-Dame. « Les rois, dit-il à la Cionvention, ne pouvant usurper dans les temples la place de la divinité, s'étaient emparés de leurs portiques... Vous avez renversé ces insolents usurpa* teurs; ils gisent étendus sur la terre, qu'ils ont souillée de leurs crimes^ objet de la risée du peuple. Citoyens, perpétuons ce triomphe. .. Que les débris tronqués de leurs statues ferment un monument durable du peuple et de leur avilissement. Que le voyageur qui parcourt cette terre nouvelle, reportant dans sa patrie des leçons utiles aux peuples, dise: J'avais vu des rois

* Sénart, Mémoires^ p. U3.

<tn HISTOIRE DU DIRECTOIRE.

dans Paris; j'y ai repassé, ils n'y étaient plus\ »

Et ces statues, que David voulait faire servir à un monument ridicule, n'étaient' même pas des rois , c'étaient des prophètes , des patriarches et des saints !

Plus tard, David revint à des idées plus sages; mais, il est triste de le dire, Thistorien doit moins attribuer ce retour à la raison qu'à la peur. Le 9 thermidor, lorsque Robespierre dut descendre de la tribune devant les cris de la Ck)nvention révoltée, David s'approcha du dictateur vaincu et lui cria : « Si tu bois la ciguë, je la boirai avec toi. » Le lendemain , r héroïsme de David s'en était allé en fumée, et pendant que Robespierre mourait, il s'était caché. Il avait abandonné Robespierre le 1 0 thermidor ; il fit plus le 13, il le renia. « On ne peut concevoir, s'écriait-il en demandant grâce à la Convention , jusqu'à quel point ce malheureux m'a trompé. C'est par ses sentiments hypocrites qu'il m'a abusé ; et , citoyens, il n'aurait pas pu y parvenir autrement. J'ai quelquefois mérité votre estime par ma franchise ; eh bien I citoyens, je vous supplie de croire que la mort est préférable à ce que j'éprouve dans ce moment-ci. Dorénavant, j'en fais le serment^ je ne m'attacherai plus aux hommes, mais seulement aux principes^. »

De telles paroles sont le plus grand châtiment qu'aient pu recevoir les erreurs de cet artiste; et l'historien n'y saurait rien ajouter qui le rendît plus poignant ou plus solennel.

* Moniteur du 9 novembre 1793.

« Moniteur du 2 août 4794.

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