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LIVRE DOUZIÈME

Le programme de la fête de YÊtre-Suprême , décrétée pour le 8 juin 1794, — 20 floréal an II — , est un monument qui en dit beaucoup plus sur l'égarement des esprits, sur la chute du bon sens, sur la prostration complète des intelligences pendant la Terreur , que ne le sauraient faire de longs discours. Rien ne peindrait avec autant d'exactitude cette déclamation emphatique y cette solennité ridicule , cette majesté drapée d'oripeaux ; et si quelqu'un en pouvait offrir une image fidèle, on ne le croirait pas. Les générations actuelles, plus calmes, plus sensées et plus pratiques , ne comprendraient pas qu'un gouvernement ait pu offrir prétentieusement à la France et à l'Europe, comme d'augustes cérémonies religieuses, des parades à compromettre les plus grossiers tréteaux.

Voici quelques détails de la cérémonie , réglés à l'avance par David , et dans laquelle il disposait de r aurore et du soleil, des rires et des pleurs, des as* très et des hommes, comme des machinistes placés sous ses ordres par le Comité de salut public.

« L'aurore annonce à peine le jour , et déjà les sons d'une musique guerrière retentissent de toutes parts, et font succéder au calme du sommeil un réveil enchanteur.

» A l'aspect de l'astre bienfaisant qui vivifie et

colore la nature, amis, frères, époux, enfants , vieillards et mères s'embrassent , et s'empressent à l'envi d'orner et de célébrer la fête de la Divinité.

» L*on voit aussitôt les banderoles tricolores flotter à l'extérieur des maisons; les portiques se décorent de festons de verdure ; la chaste ^)Ouse tresse de fleurs la chevelure flottante de sa fille chérie j, tandis que Tenfant à la mamelle presse le sein de sa mère, dont il est la plus belle parure. Le fils, an bras vigoureux, se saisit de ses armes; il ne veut recevoir de baudrier que des mains de son p^e. Le vieillard , souriant de plaisir , les yeux mouillés des larmes de la joie ^ sent rajeunir son âme et son courage en présentant Vépée aux défenseurs de la liberté. »

Quel délire avait donc égaré ces imaginations malades, pour supposer que le 8 juin 1794, au milieu de la famine et de la tireur géniales , lorsque le bourreau égorgeait jusqu'à soixante-neuf personnes par jour, toutes les villes de France allaient offrir ce spectacle romanesque d'amis et d'époux s' embrassant au lever de l'aurore, d'épouses tressant de fleurs les cheveux flottants de leurs filles , et de vieillards versant des larmes de joie en présentant une épée à leurs enfants? Mais poursuivons.

ik Cependant l'airain tonne ; à l'instant , les habitations sont désertes; dles restent sous la sauvegarde des lois et des vertus républicaines. Le peuple remplit les rues et les places publiques ; la joie et la

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