fructidor. — 30 août
3G8 PAMPHLET DE lUlLLEUL.
— (( Je n'irai point, disait-il, à une tribune dont toute liberté est bannie, au milieu de délibérations qui ne sont plus qu'un jeu cruel et une atroce dérision, recueillir Toutrage, et oiïrir à des interrupteurs, à des conjurés sans boute et sans remords, des discours (jui, (juoique ménagés, élagués, adoucis, offrent encore trop de vérités pour qu'ils puissent les entendre, w
On y lisait encore les passages suivants : — « Le Corps législatif et notamment le conseil des Cinq-Cents sont en exécration à tout ce qu'il y a de sensé en France et en Europe — Partout des royalistes déboutés, des cbefs de cbouar.s , des protecteurs de l'assassinat : voilà ([uels sont les cboix qui ont été faits sous les auspices des agents royaux — Les tribunaux, sans ()arler de celui de cassation qui s'est rendu leur vil instrument, souffrent le crime par leur inaction et aulorisent l'assassinat en l'absolvant Si de tels magistrats sont coupables , quel nom donner aux représentants qui excusent à la tribune nationale la révolte et l'assassinat, et qui donnent le signal du bouleversement et du carnage Parcourez les pi'ocès-verbaux
de leurs séances; y a-t-il un seul mot qui ne soit un encouragement pour les royalistes? »
ilvi écrit que des colporteurs annonçaient aux portes même de la salle, ce bonteux libelle, cette dénonciation digne d'Amar ou de Saint-Just, fut déféré au conseil des Cinq-Cents j)ar Duprat, des Boucbes-du-Rbone. La C-onstitution donnait aux Conseils législatifs le droit de |)olice sur cbacun de leurs membres. 1/orateur demanda qu'une connuission fût cbargée de présenter les mesures convenables.
Hardy, de la Seine-Inférieure, qui dans les discussions était Tacolyte ordinaire de Hailleul , prit la dé-
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fense de son pamphlet qu'il compara à la dénonciation de Louvet contre Robespierre. La séance devint ora- G;euse; des injures étaient bruyamment échangées entre les deux partis. Les tribunes publiques s'en mêlèrent en auxiliaire du parti qu'accusaient et insultaient les révolutionnaires.
Hardy continua : — «Oui, je pense, comme Bailleul, qu'il existe dans cette enceinte une conspiration qui veut renverser le gouvernement. » — Puis il accusa spécialement d'anciens membres de la Convention. Chacun savait qu'il voulait désigner Boissy-d'Anglas et Henri Larivière.
Dumolard, dans un discours dont l'intention était modérée et qui concluait à ne prendre aucune mesure contre Bailleul, eut l'imprudence d'adresser à Tallien une violente diatribe. Depuis quelque temps les royalistes, et même un grand nombre de modérés, parlaient beaucoup du parti d'Orléans à un moment où il existait moins que jamais, puisc[ue les princes de cette maison étaient en Amérique : c'était traduire en conspiration une opinion ou une prévision qui, depuis les premiers jours de 1789, avait été plus ou moins répandue. Les vainqueurs du 13 vendémiaire, les Thermidoriens redevenus Montagnards, passaient surtout pour Orléanistes. Dumolard prit cette occasion de parler de Tallien dans les termes les plus insultants. Le 2 septembre, les échafauds de Bordeaux, les bruits publics sur sa fortune et le luxe qu'il étalait trouvèrent place dans le discours de Dumolard.
Thibaudeau avait été attaqué par la brochure de Bailleul et par Hardy; il parla dédaigneusement de leurs dénonciation^ et eno'a^ea le Conseil à ne les flétrir que par le mépris.