‹ Histoire du directoire de la République française (volume 2)Chapitre 106 sur 152 · II · texte numérisé non relu

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370 PAMPHLET DE liAlLLELL.

Tallicii demanda la pennission de répondre à Dumoidai'd. Il parla avec, calme et convenance, et fut éconté avec d'autant plus de bienveillance, que l'attaque , toute ])ers()iuu;lle , dirigée contre lui avait été iïénéralement blâmée. 11 raconta toute sa vie révolutionnaire en assui'ant ({ue s'il avait été mêlé à de tristes circonstances, s'il avait eu des relations oiïicielles avec des boinmes exécrables, il avait toujours essayé d'enq)eclier le crime et de sauver les victimes. On aurait pu discuter sur celle apologie, hormis sur le dernier point, car Tallien avait, en effet, protégé et servi des proscrits. Un député de Paris, Bonnières, (pii ]^assait pour royaliste, se leva ])our attester qu'au 2 seplembre il ^vait dû la vie à ïallien. Le Conseil |)assa à Tordre du jour, et ne renvoya ])as 1 écrit de 1>ailleul à une commission.

Ainsi , ce dernier jour de la liberté constitutionnelle montra le parti ((ui la défendait faible, irrésolu, divisé en face d'une minorité que le triomphe prochain de la violence et de la force rendait audacieuse et insolente. M. Royer-Collard qu'humiliait la modération tant jecommandée ])ar les chefs j)rudenls de son parti, disait en sorlanl de la séance : — « On doil être content (le nous, nous avons été assez ])lals aujouiMrhui. »

Ce même jour\ pendant {[uv Bailleul el ses amis bravaient et insnllaient la représentation nationale, •me autre scène se ])assait au Lu\end)Ourg, (*t le Dij'ectoire déclarait hautemiMit rintenlLon où il était de ne plus endurer le contrôle et la contradiction d'une assemblée libre.

Le général Bernadotte présentait en audience so-

r 43 fnictidor.

lennelle les drapeaux qu'il avait été chargé d'apporter. Soit qu'il Youlût gagner la faveur du Directoire , qui ne lui accordait aucune confiance, soit que, conformément aux instructions qu'il avait reçues, il se proposât seulement d'intimider l'opinion royaliste et la majorité du conseil des Cinq-Cents, il prononça un discours que l'accent déclamatoire, l'expression théâtrale de ses regards, sa gesticulation violente, rendirent plus menaçant que les paroles qu'il proférait. En effet, elles se rapportaient au^ armées étrangères et aux ennemis du dehors plus qu'au parti en hostilité avec le Directoire, — (( Dépositaires suprêmes des lois, disait-il , soyez certains du respect et de Tohéissance constitutionnelle des soldats de la patrie; continuez à exciter l'admiration de l'Europe; comprimez les factions et les factieux. Si, comptant sur nos divisions domestiques et plus encore sur leurs intelligences avec les déserteurs de la cause de la liberté, nos ennemis formaient des prétentions exagérées, nous reprendrions les armes et nous marcherions au combat, assurés de la justice de notre cause, auaure de la victoire. ))

L'impression que produisit ce discours se confondit avec l'effet bien plus grand de la réponse de Reveillère- Lépaux, qui venait de s'installer dans la présidence du Directoire; elle eut un grand retentissement, et ne laissa plus aucun doute sur ce qui allait arriver. — u De lâches déserteurs de la cause républicaine ont , disait-il, par un pacte honteux vendu à l'étranger et à la race des Bourbons leur honneur et leur patrie. Chaque jour leurs mains criminelles sapent l'édifice de nos lois ; ils énervent l'action executive et déversent l'infamie sur ceux qui la dirigent; ils rappellent, au

sein (le la France, les suppôts du fanatisme et de l'aristocratie; ils se refusent à voir que le temps n'a pas encore donné au gouvernement cette stabilité, et aux lois cette vigueur qui ne s'acquièrent que par la pratique et riiabitude ; ils afiaiblisseut et défigurent la constitution au point d'en faire un simulacre sans consistance et sans couleur. Ils ont dégradé une jeunesse naturellement ardente et généreuse, auparavant sensible aux premiers accents de la liberté, jusqu'à bii faire (la postérité le croira-t-elle? ) appeler un maître et demander des fers. »

f( Non , généreux soldats, le fruit de vos triomphes ne sera point perdu. T/œuvre de ténèl)res de ces hommes qui invoquent sans cesse la Constitution en la violant impudemment ne sera point consommée; elle retombera sur ses auteurs.

(( Oui , le Directoire jure par la volonté nationale et par la valeur de nos guerriers, que la République sera sauvée î «

La salle avait été remplie de spectateurs choisis dans les hommes des ûiubourgs, recrues habituelles des séditions. Ils firent retentir leurs applaudissements et leurs bruyantes approbations.

Ainsi, La Réveillère et Rewbell, qui avaient eu quelque [)eine à en venir à une décision définitive et actuelle, étaient maintenant en plein accord avec Barras, qui , depuis quelques jours, pressait et préparait Texéculion. Les deux hommes qui devaient jouer le rôle le plus impoi'tant, Augereau et Sotin, redoublaient d'activité. Le général s'inquiétait peu des embarras ou des conséquences politiques, et n'avait aucun doute sur la [)uissance du sabre; Sotin, que le Directoire avait pris pour ministre de la police, en remplacement de Lenoir-

détl:r;\zination du directoire. 373

Laroche, était un jacobin subalterne; quoiqu'il eût été envoyé au tribunal révolutionnaire par le comité de Nantes et sauvé par le 9 thermidor, il n'en était pas moins zélé pour le service des opinions et des intérêts que le Corps législatif attaquait par ses réformes.

Le Directoire agissait par son propre mouvement et pour s'assurer un pouvoir absolu , mais le prix de sa victoire ne devait pas être un despotisme exercé par lui seul; il représentait un parti, et s'il n'avait pas été assuré de son appui, il ne se serait pas risqué à une si grande entreprise. Ainsi, le Directoire ne dépendait pas uniquement du triumvirat; il avait à se concerter avec des hommes importants , avec des conseillers politiques qui lui répondaient des diverses fractions do la minorité du Corps législatif.

Siéyès était d'autant plus décidé, qu'il prévoyait (juo la victoire remportée sur le royalisme rendrait possibles et même nécessaires de fortes et vastes mesures , que toujours il avait regardées comme essentielles à un étabhssement issu de la Révolution. Ses ])rojets lui semblaient, en toute circonstance, une déduction nécessaire de ridée générale qu'il se faisait de la situation; il avait la prétention d'être le ])rophète d'uno fatalité logique.

MM. Treilhard et Boulay ne regardaient pas les questions de si haut, mais ils craignaient une contre-révolution, lors même qu'elle n'aurait pas eu le caractère royaliste ; ils étaient les défenseurs fidèles de la législation révolutionnaire.

Trois des ministres faisaient partie de ce comité intime, ainsi composé de neuf personnes. M. Merhn , depuis rinstallation du gouvernement directorial , avait toujours eu plus d'action dans la conduite des

afTaires do rintérieur qu'aucun des directeurs ; Sotiii avait été appelé au ministère pour être l'agent du coup d'Etat; M. de Talleyrand , en devenant ministre au moment même oii le Directoire se constituait en inimitié ouverte avec le Corps législatif, savait d'avance quel gouvernement il allait servir; ainsi, il n'avait plus à en délil)érer. L'opposition au Directoire, où persistait la majorité, lui semblait vaine et impuissante. — (( Le Corps législatif n'a plus, disait-il, d'autre ressource que de se rendre à discrétion au Directoire. ))

— « Enfin , ce mouvement tant de fois annoncé va avoir lieu, écrivait Lavalette le 31 août; le Directoire fera arrêter, la nuit prochaine , quinze ou vingt députés. » — La résolution qui venait d'être prise était peu cachée ; le secret était d'autant moins gardé que le succès était certain. Les représentants les plus menacés étaient ftiscinés ; ils n'avaient nul moyen d'action ni de résistance , mais ils niaient le danger. La commission des inspecteurs était devenue une espèce de club où les représentants arrivaient en foule pour apprendj'e ou pour apj)orter des nouvelles. Le Directoire savait tout ce ([ui s'y disait, et ce devait être pour lui un motif de sécurité. La circonstance était j)ourlant si grave ([ue l'on s'inquiétait encore au Luxembourg, et Ton conseillait au\ fennnes de quitter Paris ou de se cacher liors de leur maison.

Le 1G fructidor au soir', le bruit se répandit que, dans la journée du lendemain, soixante-quinze représentants sei'aient arrêtés. Vers minuit, quelques-uns arrivèrent tout elTarés à la commission des inspecteurs,

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