LIVRE SEPTIEME
Proclamation de La Réveillère. — Discours de Boiilay. — Projet de bannir les nobles. — Situation du Directoire. — Moreau révèle les intrigues de Pichegru. — Relations du Directoire avec le général Bonaparte. — Négociations avec l'Autriche. — Délivrance du général Lafayette. — Difficultés pour conclure la paix. — Conférences d'Udine. — Paix de Campo-Formio. —Constitution de la république cisalpine. — Congrès de Rastadt. — Le général Bonaparte quitte Rastadt.
Une proclamation dn Directoire annonça au peu])le français les éAénements du 18 fructidor. Elle était l'œuvre de La Réveillère. Il profita de Toccasion pour épancher longuement les lieux communs de sa religion théophilanthropique et de sa morale républicaine. 11 parla peu des motifs politiques qu i avaient déterminé de si grandes mesures : — '< le complot royaliste ; la Constitution menacée; le vote empressé du Corps législatif; le sentiment d'humanité qui avait épargné le sang. » — Telles étaient les phrases qui devaient nécessairement trouver place dans cette pièce. Mais ce qui appartenait en propre au philosophe La Réveillère, c'était d*expliquer comment l'influence morale du royalisme avait rendu le coup d'État nécessaire. A ce sujet, il réprimandait paternellement le peuple français, les administrateurs, les juges, les pères de famille, les épouses, les jeunes citoyens, de ne pas avoir ouvert
4JÏ PROCLAMATION DE LA REVÏJLLERE.
les yeux sur les pie'ges qu'on leur avait tendus et d'avoir oublié que leur premier devoir était de conserver la Constitution. — « Pour ramener la France aux formes monastiques et au despotisme, les royalistes avaient rappelé les institutions, les fêtes, les mœurs, les usages du temps passé; ils voulaient repétrir royalement la masse de la nation. Mais la République a triomphé : ainsi, Tesprit républicain, la morale républicaine, les usages républicains doivent prévaloir.
<( Pour les embrasser, il faut les mieux connaître, et commencer par s'en former de plus justes idées. »
Alors commençait un cours de morale :
— « L'esprit républicain, rassemblant tous les intérêts dans le foyer sacré de l'intérêt public, se com- . pose de tout ce qu'il y a de juste, d'équitable, de bon et d'aimable chez les hommes.
(( Ainsi, un peuple animé de cet esprit divin devra présenter le touchant spectacle de toutes les vertus, de tous les sentiments d'amour et de bonheur. »
La conséquence de l'invasion du Corps législatif par des soldats , de l'annulation des élections poj)ulaires , de la déportation des représentants sur un sol homicide, devait être, selon La Kéveillère, la plus admirable utopie : — « La justice allait régner; l'amour conjugal , la tendresse paternelle et la piété filiale , honorés en public, feraient le bonheur des familles. Les arts, rélo(|uence, la poésie, la nnisique , apporteraient en hommage le trésor de leurs jouissances et la pompe de leurs chefs-d'œuvre. Leur triomphe consisterait surtout à solenniser les fêtes nationales , ces réunions fraternelles, si augustes et si touchantes, inconnues dans les palais des rois, odieuses aux fauteurs du despotisme. »