RELATIONS DU DIRECTOIRE AVEC LE GÉN. BO?(APARTE. 4G
assez que ce qu'on avait fait ne lui conviendrait pas entièrement. Aussi parlait-il seulement de la nécessité politique qui avait contraint le Directoire à sauver la Constitution en la violant.
Le général Bernadotte ne se pressa point d'écrire; sa lettre ne contenait aucun blâme sur la détermination que le Directoire avait prise , ni sur les mesures qui en étaient la suite. Il insistait sur la tranquillité de Paris et Tindifférence du peuple qui, ensuite, disait-il, avait même montré de l'enthousiasme. — « Les rues ont retenti du cri de Vive la Républiqiœ! depuis longtemps oublié. » — Toutefois, il reconnaissait que l'esprit public avait besoin d être remonté ; que cette révolution semblait déjà n'avoir eu d'autre mobile que le désir de distribuer des places à une foule d'hommes sans talent ni capacité. — « Si on ne saisit pas cette circonstance pour consolider la République, aux prochaines élections, disait-il avec prévoyance, il faudra faire un nouveau mouvement. »
Le général Bonaparte ne témoigna ofliciellement aucun blâme du coup d'État que le Directoire venait d'exécuter. 11 écrivit à Augereau : — « Toute l'armée a applaudi à la sagesse et à l'énergie que vous avez montrées dans celte circonstance; elle a pris part au succès de la patrie avec l'enthousiasme et l'énergie qui la caractérisent. Il est à souhaiter seulement qu'on ne fasse pas la bascule et qu'on ne se jette point diyis le parti contraire. Ce n'est que par la sagesse et la modération qu'on peut assurer d'une manière stable le bonheur de la patrie. Quant à moi, c'est le vœu le plus ardent de mon cœur. ))
Dans une lettre de la même date, 24 septembre, il disait au nouveau directeur, François de Neufcliâteau : II. 30
'/GO RELATIONS DU DIUKCTOIUK AVKC LE GKN. BONAPARTE.
— (( Le sort de rEiiro])C est désorinais dans runion, la sagesse et la force du i»;ouvernement. Il est une petite partie de la nation qu'il faut vaincre ])ar un bon •gouvernement. Nous avons vaincu l'Europe; nous avons porté la itloire du nom français plus loin qu'elle nv Ta jamais été. C'est à vous, premiers uiafj;istrats de la République, à étouffer toutes les factions et à être aussi res|»ectés au dedans que vous l'êtes au dehors. Un arrêté du Directoire renverse les trônes. Faites que des écrivains sti[)endiés ou d'ambitieux fanatiques, déjj;uisés sous toute espèce de masques, ne nous replon<j;ent plus dans le torrent révolutionnaire. »
Une proclamation qu'il adressa aux soldats et aux citoyens de la division de Marseille rentrée sous son commandement, s'exprimait ainsi : — « Des hommes ennemis de la libej'té ont en vain cherché à vous égarei' — Patriotes répul)licains, rentrez dans vos foyers. .Malheur aux corps constitués (|ui ne vous protégel'aient pas et couvriraient de leur indulgence le crime e( l'assassinat. Administrateurs, numicipaux, juges de paix, descendez dans votre conscience : êtes-vous amis de la lléj)ublique et de la gloire luitionale? faites exécuter les lois avec exactitude et sachez que vous serez responsables du sang versé sous vos yeux. Nous serons vos bras si vous êtes à la (ionslitution et à la bberté ; nous serons vos ennemis, si vous n'êtes que les agents (ie Louis XVIll et de la cruelle réaction que soudoie l'or de l'étranger. »
Dans une autre proclamation, adressée a l'armée d'Jlalic;, il disait : — (c La proclamation du Directoire exécutif vous apprendra ce (pie tramaient les ennemis ])ai'liculiers du soldat et spécialement des divisions de l'armée d'Italie. La haine des ti'aîtres, des tvrans et des
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esclaves sera, dans l'histoire, notre plus beau titre à la gloire et à Timmortalité. »
Pendant que, par des manifestations publiques, le général Bonaparte s'associait [au triomphe des révolutionnaires et à leur passion |haineuse contre le parti modéré , accusé de conspiration et de royalisme , il témoignait dans sa conversation familière son uiécontentement et son affliction des mesures qui avaient été prises dès le lendemain du 18 fructidor. Telle n'était pas, selon lui , la conduite qui aurait dû être adoptée. Il ne se faisait assurément^aucun scrupule de la violation des lois constitutionnelles, ni de l'emploi de la force militaire contre la représentation nationale. — (( Que Pichegru , Willot , Imbert Colomès et deux ou trois autres eussent été mis en accusation et envoyés à Téchafaud pour expier leur trahison ; qu'on eût destitué de leurs fonctions, Carnot, Barthélémy et une cinquantaine de députés, en les tenant en surveillance dans quelques villes de l'intérieur, il n'y avait rien là qu'il ne fût à propos de faire : il fallait en rester là. Mais les magistrats suprêmes de la République, Carnot et Barthélémy; des hommes de grand talent et d'opinion sage , Portails , Tronçon- Ducoudray, Fontanes ; des patriotes, tels que Boissyd'Anglas, Dumolard, Muraire , condamnés sans acte d'accusation, sans jugement, à périr dans les marais de Sinnamari! |niais prodiguer la déportation à une foule de journalistes sans importance réelle, qui ne devraient être punis que par le mépris, ou tout au plus flétris par quelques jugements correctionnels! c'est renouveler les proscriptions des triumvirs de Rome ou le règne de la Terreur ; c'est se montrer plus arbitraire et plus cruel que Fouquier-Tinville,