LeUre du 30 avril
rectorial; déjà Qairini avait eu à traiter avec Barras, cette fois encore il le trouva accessible.
Des instructions telles qu'il les sollicitait furent donc envoyées en Italie ; le orénéral Bonaparte fit saisir à Milan toute cette correspondance, et même la liste des sommes distribuées ; il regarda les ordres comme nuls, et continua à suivre ses desseins sur Venise; seulement il écrivit au Directoire : — « M. Quirini cberche à intriguer à Paris ; mais les faits et la trahison infâme des Vénitiens, qui voulaient assassiner nos soldats pendant que nous étions en Allemagne, sont notoires. »
Dès lors aucune objection ne lui fut opposée; son indignation contre les Vénitiens fut partagée. — a Prenez , lui écrivait le Directoire , toutes les mesures qu'autorise Tinsurrection qui vient de se manifester; allez, s'il le faut, jusqu'à Venise, et rendez-nous compte de vos dispositions, afin d'instruire le Corps législatif de la nécessité où vous avez été d'agir hostilement à l'égard de cette puissance perfide. »
Cette précaution était, en effet, nécessaire. Malgré l'autorité que le nom de Bonaparte avait prise sur l'opinion, malgré la reconnaissance publique pour la victoire et la paix, la pensée d'abolir la république de Venise et de la livrer à l'Autriche commençait à soulever un blâme universel; mais tous les détails des massacres des soldats , mais la connivence du gouvernement vénitien, mais son manque de foi ne furent pas mis en doute, et Ton entendit Dumolard, un des orateurs du parti modéré, dire au conseil des Cinq- Cents : — « Le Directoire s'empressera sans doute de faire une déclaration de guerre au gouvernement vénitien et de nous la transmettre. »
Ainsi le général Bonaparte, après avoir conquis l'Italie entière, avoir vaincu les armées de l'empereur, s'être avancé jusqu'aux portes de Vienne, allait traiter souverainement des conditions définitives de la paix, de l'existence et de la distribution des États; nulle puissance sur le continent européen n'égalait la sienne; partout on attendait en silence l'usage qu'il allait en faire.