RELATIONS AVEC VENISE
le moment favorable que je saisirai selon les circonstances; car il ne faut pas avoir affaire à tout le monde à la fois. — La vérité sur l'affaire de Peschiera est que Beaulieu les a trompés. 11 leur a demandé passage pour cinquante hommes et s'est emparé de la ville. »
Il continua à feindre une grande irritation sur rbospitalité accordée à Louis XVIIL
« J'arrive dans cette ville , écrivait-il de Vérone le 3 juin , pour en partir demain matin ; elle est trèsgrande et très-belle ; j'y laisse une bonne garnison pour me tenir maître des trois ponts qui sont ici sur î'Adige. Je n'ai pas caché aux habitants que si le prétendu roi de France n'eût évacué leur ville avant mon passage du Pô , j'aurais mis le feu à une ville assez audacieuse pour se croire la capitale de l'empire français. »
Or, c'était deux mois auparavant, le 13 avril, que le sénat de Venise avait fait signifier à Louis XVIII qu'il eût à sortir dans le plus bref délai des États de la république.
— « Je partirai , avait répondu le roi , mais je demande qu'on me présente le livre d'or où est inscrit le nom de ma famille ; je veux le rayer de ma main. Je demande aussi qu'on me rende l'armure de mon aïeul Henri IV, dont en gage d'amitié il avait fait présent à la république. »
Le sénat de Venise avait donc donné d'avance une preuve de sa timide déférence pour le gouvernement français ; l'indignation du général Bonaparte n'était pas réelle, d'autant qu'il n'ignorait point que si le prétendant avait pris séjour à Vérone , c'était après une communication faite au comité de salut public
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du temps de Robespierre , qui avait répondu que cet asile ne serait pas considéré comme une violation de la neutralité. Mais , outre le projet de se réserver des motifs de rupture et de rigueur, il convenait au général de se montrer républicain et grand ennemi des royalistes dans les lettres ou bulletins destinés à être publiés en France. Ainsi il terminait cette dépèche par le paragraphe suivant : — <c Les émigrés fuient de l'Italie; plus de quinze cents sont partis cinq jours avant notre arrivée. Ils courent en Allemagne porter leurs remords et leur misère. »
La ligne de TAdige était forcée. Beaulieu était contraint à se retirer sur le Tyrol italien et laissait Mantoue sans autre défense que la forte garnison qu'il y avait enfermée. Prendre Mantoue était maintenant l'indispensable tâche de l'armée française. Cette ville est située au milieu de trois lacs formés par les eaux du Mincio, devenues stagnantes et marécageuses dans la plaine. Elle communique avec la terre ferme par cinq chaussées qui traversent de vastes marais ; une seule de ces chaussées était alors fortifiée par une citadelle à son débouché dans la plaine.
Grâce à l'activité des mouvements de l'armée française f il lui fut possible de s'emparer de l'entrée des quatre chaussées non défendues à leur extrémité; mais c'était seulement un moyen de bloquer la ville , car y arriver par des chaussées étroites , en s'y avançant à force ouverte, était une entreprise impraticable. .
Ainsi le siège de Mantoue ne fut d'abord qu'un investissement. Un corps de huit mille hommes fut placé devant la forteresse qui gardait l'issue de la
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digue du côté de Vérone ; tes autres digues étaient occupées.
Aucune opération rapide , aucun grand résultat à atteindre soudainement n'occupait plus le général Bonaparte* 11 eut d'abord à réprimer, sinon des insurrections, du moins les iucursions de bandes qui s'étaient formées en arrière de larmée ; elles arrêtaient les convois , interceptaient les routes j tuaient les soldats isolés , compromettaient les communications de l'armée. C'était à Gênes qu'était le centre de tout ce mouvement; le .ministre d'Autriche et une partie de l'aristocratie génoise s'employaient à enrôler des prisonniers autrichiens échappés pendant qu'on les conduisait en France y des déserteurs piémontais , des contrebandiers. Ils en formaient des compagnies franches et les envoyaient sur les routes dans le Mont* ferrât et les fiefs autrichiens ; ce désordre avait pris la consistance d'une petite guerre. Le colonne! Lannes y fut envoyé avec douze cents hommes ; il brûla les maisons des rebelles , fit prisonniers* les principaux qui furent fusillés. Une exécution pareille eut lieu aux environs de Tortone. Le village d'Arquata fut rasé , ainsi que le château du marquis Augustin Spinoia y qui passait pour le principal auteur de cette rébellion ; quinze prisonniers furent fusillés comme chefs de bandes. Le général Bonaparte écrivit au doge de Gènes pour se plaindre de la conduite de son gouvernement, « qui ne prenait aucune mesure, accordait asile aux assassins et semblait leur sourire par son silence. » — « Je vous demande, disait-il , une explication catégorique. Pouvez-vous ou non purger votre territoire des assassins qui le rempUssent? Si vous ne prenez pas des mesures, j'en prendrai; je ferai brûler
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les villes et villages sur lesquels sera commis l'assassinat d'un seul Français. ^ — Il exigeait en même temps que Girola , ministre d'Autriche , fût chassé de la ville de Gênes \
Pendant que le général Bonaparte s'occupait ainsi à remettre le bon ordre dans les territoires conquis, et à presser le siège de la citadelle de Milan , le prince Belmonte Pignatelli fut envoyé par la cour de Naples pour demander un armistice ; elle avait appris les progrès rapides de l'armée française, le passage du Mincio et le combat de Borghetto , où la cavalerie napolitaine avait été défaite et son commandant le prince Culto fait prisonnier; elle sut aussi qu'une colonne de l'armée française se mettait en marche pour Bologne et les États pontificaux ; dès lors elle fut saisie d'épouvante et ne songea plus qu'à obtenir la paix.
Le prince Belmonte était un homme aimable et spirituel; il fit de son mieux pour plaire au général Bonaparte et y réussit; il lui parla des bonnes dispositions de sa cour et spécialement de la reine Caroline, qui avait, disait-il, beaucoup d'influence à Vienne. La négociation n'était pas difficile , puisque le général Bonaparte pensait qu'un armistice avec Naples aurait un avantage réel. Si le grand seigneur napolitain chercha à exercer quelque séduction sur le général de la République par de flatteuses paroles , le vainqueur de l'Italie ne fut pas en reste dans ce genre de conversation : c'était une de ses habiletés. Il savait mieux que personne avoir, avec quiconque lui plaisait ou